vendredi 17 mai 2013

Printemps meurtrier - La victime au cœur du polar


Je l’avoue, je ne connaissais pas Karine Giébel avant de voir son nom dans la programmation des Printemps meurtriers. Je me suis plongée dans son dernier roman, Purgatoire des innocents, avec curiosité après qu’une amie m’ait dit « Accroche-toi! » J’étais déjà presque conquise.

Raphaël et son jeune frère, William, dévalisent une bijouterie de luxe place Vendôme, avec l’aide de deux complices. Raphaël n’en est pas à ses premières armes. Il a fait 14 ans de prison auparavant. Il est confiant. Tout est prévu. Sauf ce qui advint. Des policiers en véhicule banalisé arrivent sur les lieux. Il y a un échange de tirs. Une passante, un policier… et William sont atteints. En voulant se rendre à leur planque, ils constatent que l’endroit n’est pas sûrs. Des voitures de police se trouvent à proximité pour une tout autre raison. Ils doivent continuer leur chemin et chercher un plan B. Ils roulent jusqu’à ce qu’ils tombent sur le cabinet d’une vétérinaire dans un village isolé à des centaines de kilomètres de Paris. La forçant à les amener chez elle, ils pensent avoir déniché la cachette parfaite. Mais, ce n’est vraiment pas leur jour de chance.

L’une des très grandes forces de Karine Giébel est la construction de ses personnages. Ils sont tout en rondeurs et en complexité. Si tangible que le lecteur se croirait devenu la victime. À tel point que plusieurs passages sont très troublants. « Je me place plutôt à la place de la victime que du bourreau. C’est ce qui m’intéresse, c’est ce qui fait que c’est dur. Le lecteur se retrouve dans les personnages. » D’où puise-t-elle cette connaissance de l’âme humaine? « C’est marrant parce que les gens croient que je suis psychologue ou psychiatre. Mais non, j’ai fait des études de droit. J’y vais à l’instinct. Je pense qu’il faut avoir de l’empathie : regarder les autres, les écouter et comprendre ce qui peut se passer dans leur tête. »

Au centre des histoires, implacablement, on retrouve la vengeance et la perte de liberté. Dans les faits, l’enferment revient souvent. Les personnages sont soit en prison, séquestrés ou enfermés dans leur folie. Après s’être questionnée à savoir pourquoi ce thème la poursuivait, elle à pris conscience qu’en fait c’est la liberté qui l’obsède. « Cette liberté qu’on cherche tous,  un peu comme Le Graal. Mais c’est impossible à atteindre. »

Certains diront que ses écrits sont violents. Elle nuance : « La violence est suggérée plutôt que racontée dans le détail. Mes livres ne sont pas gores. Mais je crois que ma façon d’écrire ébranle plus que si c’était sanguinolent. Dans la violence décrite, on arrive à prendre du recul. En plaçant le lecteur dans la tête de la victime, il n’arrive pas à prendre du recul, il s’y reconnaît. » Là est pour Karine Giébel, tout l’intérêt de l’écriture.

C’est d’ailleurs ce qui explique son point de vue quant à la recherche. Pour elle, l’importance de celle-ci est variable selon les romans. Comme son travail se situe plus au niveau de la construction de l’intrigue et de la psychologie des personnages, elle a rarement à faire des recherches. Dans Purgatoire des innocents, la seule recherche qu’elle a dû effectuer portait sur le braquage de bijouterie de luxe. Surtout comment les écouler. Encore là, elle ne fût pas trop longue : « C’est le fait de rencontrer des braqueurs qui m’a donné l’idée de ce livre. Lors du Festival du Polar de Cognac j’ai gagné le Prix intramuros, dont le jury de lecteurs était composé de détenus. Je me suis donc rendue dans une centrale, donc pour les longues peines. J’ai rencontré des braqueurs, dont un membre du jury qui est sorti de prison. Je suis allée vers lui pour lui poser des questions. Il m’a expliqué comment ça se passait et comment on écoulait des bijoux. Sinon j’aurais trouvé une autre façon, mais comme j’avais un braqueur sous la main… Dans Meurtre pour rédemption, il y avait plus d’enquêtes. Comme je n’écris pas sur des thèmes scientifiques ou des procédures légales, que je ne suis pas pointue là-dessus – parce que je n’en ai pas envie – alors, je n’ai pas de recherches exhaustives à faire. » Elle exposera, notamment, ces éléments de discussion à la table ronde Recherche et fiction.

Également invitée à prendre part à la table ronde Mourir ici ou ailleurs, elle apportera un autre point de vue sur la question. Dans ses histoires, le lieu n’a pas une très grosse importance. Dans certains de ses romans, le lecteur ne sait pas où ça se passe. Cependant, il arrive que le lieu lui serve de personnage. Sinon, ses histoires peuvent se passer n’importe où. Au Japon comme aux États-Unis. L’époque aussi importe que très peu dans ses récits. « Le voyage se fait plutôt dans les émotions et dans la tête des personnages. Pour écrire sur un pays, il faut y avoir passé un bon moment, y avoir vécu avec les gens du cru. On ne peut pas passer une semaine et croire qu’on va écrire un livre qui s’y situe. »

Bien qu’elle ne sache pas exactement quelle sera sa prochaine histoire, Karine Giébel sait qu’elle ne sera jamais à court de matière. « Je vais continuer à pousser les personnages dans les situations les plus extrêmes pour extraire le meilleur et le pire d’eux. L’humain est assez vaste, mais je ne serai jamais à court. » Ce qu’elle vise pour le futur? C’est très simple, faire en sorte qu’écrire demeure une passion. Que celle-ci ne soit pas entachée par le succès. « S’il est au rendez-vous, tant mieux. Mais ça doit toujours continuer à être une passion. » On le souhaite, une belle découverte!

Karine Giébel participera au Rendez-vous COUPABLE N° 3 une table ronde s’intitulant Recherche et fiction, qui aura lieu le samedi 18 mai à 14 h 30 et à la table ronde internationale Mourir ici ou ailleurs, le dimanche 19 mai à 14 h 30 dans le cadre des Printemps meurtriers de Knowlton.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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