mercredi 3 avril 2013

mãn : les liens qui libèrent


Lancement
Kim Thùy lançait mercredi soir son troisième livre, au Sésame, dans le Vieux-Montréal. L'auteure a pu prendre la mesure de l'affection de ses lecteurs, puisqu'il y avait une telle foule qu'il était difficile de circuler dans le sympathique, mais petit restaurant.

Avec la chaleur la spontanéité et l'humour qu'on lui connait, elle a adressé quelques mots à ses convives. Avant de s'installer à la table de dédicaces pour signer des livres et discuter avec tout un chacun.

Un livre frais et doux

mãn a un trou dans le cœur. Au sens figuré, s’entend. Né au Vietnam, elle est passée d’une mère à l’autre, puis à l’autre, puis à un homme qui deviendra son mari et qui l’emmènera vivre à Montréal. Tout au long du récit de ses souvenirs et du quotidien de sa nouvelle vie, où elle est en quelque sorte emprisonnée entre la cuisine du restaurant de son époux et l’appartement qu’ils habitent juste au-dessus, on décèle qu’on est devant une femme qui ne s’appartient pas. Qui n’a aucune existence propre. C’est d’ailleurs la leçon que lui a apprise sa mère adoptive. Elle l’incite à mener une vie de dénuement. De cette façon, elle ne risquera pas d’être déçue, d’être malheureuse. Malgré sa douce abnégation, on sent chez cette femme une envie d’exister qui gronde sous la carcasse.

mãn vit dans un monde hermétique, jusqu’à sa rencontre avec Julie, qui sera providentielle pour elle. La sympathique cliente nous fait un peu penser à l’auteur elle-même. Elle croque dans la vie, est optimiste. Tout en l’apprivoisant tranquillement, elle enjoint Mãn à  à saisir les occasions, à ressentir… à vivre, quoi! Elle la guide dans ce processus d’émancipation, de libération progressive.

Et au travers de tout ça, il y a l’amour et l’histoire des liens entre ses femmes qui s’entraident, jouent un rôle significatif les unes pour les autres.

La fraîcheur et la délicatesse de l’écriture de Kim Thuy sont toujours aussi savoureuses. Chaque mot est méticuleusement choisi, pesé pour former un ensemble harmonieux. Il se dégage du texte une douce lenteur qui a l’effet d’un baume après la rudesse de l’hiver. On y voit naître l’espoir d’un printemps…


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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