mardi 23 avril 2013

Appels entrants illimités au Théâtre de la Manufacture



Le Théâtre Le Clou présentait en codiffusion avec le Théâtre La Manufacture la pièce Appels entrants illimités, de David Paquêt, mise en scène par Daniel Vermeulen du 16 au 20 avril 2013.


Sur une scène dénudée où juste quatre portes, une chaise, une table et un frigo se trouvent, l’attention est entièrement tournée vers les comédiens. L’intimité avec ceux-ci se crée même avant le début du spectacle. L’entrée des spectateurs fait partie de la mise en scène. En effet, pendant que le public s’installe, un premier comédien prend place, tranquillement attablé, d’abord à lire quelques journaux, puis commence à s’agiter. Quelques 10 ou 15 minutes plus tard, une comédienne entre en faisant ses exercices. Aucune interaction n’a lieu entre les deux interprètes, chacun occupant son espace sur la scène. Puis la troisième personne entre, marquant le début de la pièce.

Le texte de David Paquet est troublant de justesse. Il pose de nombreuses questions que l’on pourrait regroupés en deux grandes interrogations. Comment survivre dans une société où l’on ne trouve pas sa place et que l’on sent hostile? Et quelle place fait la société aux gens qui vivent dans la marge? L’auteur allie avec une rare efficacité la réflexion et l’humour permettant ainsi d’interagir au mieux avec le public. Les questions ne sont pas qu’existentielles, mais également très d’actualités. Chacun des trois personnages est un exergue d’une personnalité, et il est impossible de ne pas se retrouver dans les trois interprétations. Le public assiste à la confrontation de ces comportements tantôt idéalistes, tantôt égoïstes ainsi qu’altruistes avec la réalité. Cette rencontre ne se fait jamais sans blessures desquelles il faut émerger et grandir.

Le décor minimaliste de Julie Vallée-Léger laisse toute la place au jeu des acteurs, souligné par l’éclairage d’Alexandre Pilon-Guay et la trame sonore de Larsen Lupin. Les comédiens électrisent la place et leur énergie s’écoule de façon très fluide entre eux.
C’est une pièce qui ne laisse pas indifférent et qui fait réfléchir sur la confrontation entre l’idéal et la « vraie » vie. Tout comme l’indique le titre, les idées, tels des appels entrants illimités, foisonnent de toute part, jusqu’à saturer la personne qui les reçoit. Le spectateur doit toujours être en alerte et c’est à cet endroit que le mariage de la réflexion et de l’humour prend toute sa valeur. Il permet de donner une bouffée d’air avant de repartir sur le terrain avec ces trois personnages.

La mise en scène de Benoît Vermeulen s’appuie sur la surenchère de mouvements pour traduire la détresse des personnages. Joints à des slogans apocalyptiques, ils explosent en plein visage du spectateur, parfois étourdi par leurs enchaînements, entraîné dans le besoin de mouvement des personnages pour tenter de remédier à leur anxiété. D’autre part, la somme d’information bombardée est énorme et il est impossible de tout saisir. L’objectif de l’auteur et du metteur en scène est atteint. Ils ont projeté le sentiment d’agression vécu par les trois colocataires aux spectateurs.

Malgré la densité de la pièce, on y passe un agréable moment. Il n’y a pas de temps mort de sorte que la soirée file très vite. Des rires et de la réflexion à profusion.

D.D.L. et Y.O.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire