mercredi 27 mars 2013

Une femme aimée : Makine confirme son statut de grand écrivain


D’entrée de jeu, je dois dire qu’Andreï Makine est un auteur que j’aime bien. Il possède une plume si sensible, si profonde que ses textes nous transportent littéralement au cœur de l’histoire.

Cette fois-ci, il nous plonge en Russie de 1980 ainsi qu’en Russie du 18e siècle lors du règne de Catherine II, aussi appelée La Grande Catherine. Oleg Erdmann, le protagoniste nourrit le rêve de devenir cinéaste. Il a un projet auquel il tient particulièrement, rendre l’image la plus juste de cette héroïne au sujet de laquelle subsiste beaucoup de rumeurs, de préjugés, de zones grises. Cette femme audacieuse qui a collectionné les amants et pris des décisions souvent mal vues. Il est convaincu que l’on se méprend sur cette reine impopulaire, malgré son surnom.

Malheureusement, mener à terme ce projet ne sera pas une mince tâche. Il doit travailler dans un abattoir la nuit pour gagner modestement sa vie. Le reste du temps, il écrit et doit soumettre son scénario pour autorisation. Or, le comité responsable de lui octroyer l’approbation tant attendue ne voit pas les choses de la même façon qu’Oleg. Les membres de l’assemblée préfèrent dépeindre une femme calculatrice, froide, stratégique, ne pensant qu’à garder son pouvoir et amener des hommes dans son lit. Oleg pour sa part est obsédé par l’idée de réformer la souveraine au point où il en devient carrément amoureux. Peut-être bien plus que tous les amants qu’elle a pu avoir dans sa vie. On discerne bien la censure de la Russie de cette époque et les déchirements qu’elle cause chez l’artiste. Réussira-t-il à mener à bien son projet ?

Dans Une femme aimée, Makine, toujours armée de sa plume poétique, aborde les thèmes qu’on lui connaît : l’amour, la liberté, la réparation. Ses personnages sont tourmentés, pris dans un piège à la fois intérieur et environnemental. Il dépeint de brillante façon l’atmosphère de la Russie de 1980 où l’on ne sent jamais vraiment libre, où toute expression doit être mûrement réfléchie.

On en apprend beaucoup sur la vie de la Grande Catherine dont on soupçonne en effet que la vie n’était pas si simple. Elle semble avoir eu une soif d’amour intarissable qui a influencé de nombreuses de ses décisions. Elle semble également avoir été une pionnière à plusieurs égards. Une chose est sûre, c’était une femme d’une incroyable force.

Un autre excellent roman de ce grand auteur.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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