vendredi 29 mars 2013

De la vertu du dialogue ouvert pour une meilleur compréhension


L’idée de ce livre est tout à fait intéressante. Un échange de courriels entre un militaire et une femme qui se dit antimilitariste. C’était assez pour piquer ma curiosité. Que se racontent-ils? Le font-ils ouvertement? Comment chacun d’eux a-t-il pu tirer parti de cette longue correspondance?

Je ne suis pas proguerre. Je ne me suis jamais particulièrement considérée comme antimilitariste. Je ne suis pas nécessairement une personne qui juge les autres facilement. Déformation professionnelle de sexologue, façon d’être tout court. Cependant, j’étais bien au courant que là où j’avais plus de mal, c’était justement envers le milieu militaire. J’ai toutefois fait l’effort de me lancer dans cette lecture en mettant mes à priori de côté… autant que possible.

Je dois vous dire que j’ai pris mon temps pour lire ce livre. En premier, parce que son contenu porte à la réflexion, à l’ouverture. Il pose des questions sérieuses, voire graves.

On veut un monde meilleur où chaque humain est important. Mais à quel prix? Celui de la vie des nôtres? Y a-t-il des alternatives à la guerre? Est-ce qu’aller prêter main-forte à d’autres peuples constitue de l’ingérence? Doit-on le faire? Deuxièmement, ce que rapporte Patrick Kègle est parfois troublant. Il est témoin et quelques fois victime d’événements qui sont inconcevables pour nous qui sommes bien en sécurité chez nous. C’est un monde totalement différent.

Au fil des pages, on se rend compte que si l’on veut un monde meilleur, il faut passer à l’action et que cela signifie dire d’intervenir dans d’autres pays. Que les missions pacifiques deviennent parfois plus musclées, qu’on n’a pas vraiment le choix pour atteindre nos objectifs. Patrick Kègle nous fait clairement comprendre que l’on ne fait pas une guerre à la religion elle-même, mais à l’oppression, à la torture et toutes formes de sévices infligés aux innocents. Ceux qui leur réservent ces traitements ne veulent pas lâcher le pouvoir qu’ils exercent et désirent le garder à tout prix. Il faut parfois prendre les armes pour le bien de tous.

Cette correspondance nous confronte à nos valeurs, quelle que soit notre position idéologique. L’expression des points de vue diamétralement opposés des auteurs nous permet de nous forger notre propre opinion, avec plus d’information. J’ai été impressionnée par la façon dont le caporal répondait à certains commentaires plutôt piquants, mais toujours respectueux, de Roxanne Bouchard. Je la suspecte presque d’avoir fait exprès pour susciter une réaction chez son interlocuteur et ainsi valider sa thèse de départ qui voulait que les soldats soient des agressifs. Hé! bien elle a fait chou blanc! Dès ce moment, on sent ce lien tangible qui s’est créé entre les deux. Au-delà du sujet même de leurs discussions, En terrain miné aborde l’amitié improbable entre ces deux personnes. On y cerne clairement l’importance d’avoir une relation significative avec quelqu’un qui ne fait pas partie de l’environnement direct des militaires afin de pouvoir parler, du pays qu’ils représentent, de tout, de rien et de ce qu’ils vivent, sans avoir peur d’inquiéter leurs proches. On constate le besoin de soutien avant, pendant et après les missions.

Un livre que chaque citoyen devrait lire afin de se sensibiliser à l’horrible réalité de ces hommes et femmes que l’on reconnaît trop peu pour les risques qu’ils prennent.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


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