jeudi 29 mars 2012

Quel est le moyen que vous privilégiez pour vous procurer vos lectures ?

Les libraires ont toujours la cote !





Dernièrement, je discutais avec des auteurs au sujet des ventes de livres. Plusieurs me disaient que leurs ouvrages se vendaient plus ou moins bien. J’en étais plus ou moins étonnée, en fait. Ce n’est pas que leur livre est mauvais. Plusieurs facteurs influencent les ventes de livres. Certains sont relatifs au livre lui-même, oui, mais d’autres lui sont totalement extérieurs. Un d’entre eux est la question du prêt de livre. Que ce soit en bibliothèque ou auprès de connaissances. Honnêtement, qui n’a pas prêté ou emprunté un livre à un ami ? En soi, ce n’est pas un problème, si l’on estime que la pratique de la lecture a préséance sur des considérations financières. Bref, ces discussions m’ont donné envie de vérifier auprès de vous quelles étaient vos pratiques.

Eh bien! Vous m’avez étonnée! La moitié des répondants ont affirmé se procurer leurs lectures chez le libraire. Un autre 41 % des répondants privilégie la bibliothèque. Viennent ensuite les emprunts entre proches (23 %), suivis par l’achat de livres numériques sur les sites internet dédiés.

Bien sûr, dans un monde idéal, chacun d’entre nous achèterait son propre exemplaire, en version électronique ou papier, des œuvres qu'il veut lire. Toutefois, ce n’est malheureusement pas toujours possible. Comme on n’en a pas toujours les moyens, la bibliothèque est une solution de rechange intéressante, des redevances sont versées aux auteurs dans ce cadre. Cela permettrait aux auteurs de gagner leur vie et de continuer à écrire. La littérature est, à mon sens, essentielle pour la culture d’un individu et donc d’une société. Une culture littéraire riche passe inévitablement par l’appui, notamment financier, des auteurs qui passent des mois, voire des années à façonner les univers dans lesquels on aime se plonger. Cela dit, je crois que l’important est de lire et je préfère de loin que quelqu’un emprunte un livre à un ami, plutôt que de s’abstenir de lire.


Le libraire
17 (50%)

La bibliothèque
14 (41%)

Les sites de téléchargement
6(17%)

Les amis / collègues / famille (emprunt)
8(23%)











Nombre de votes: 34


mercredi 28 mars 2012

Les Printemps meurtriers de Knowlton 2012 dévoilent leur programmation

Les Printemps meurtriers de Knowlton 2012 - Accueil


Les Printemps meurtriers de Knowlton ont dévoilé la programmation de la première édition de Festival international de la littérature policière qui sera tenue du 18 au 20 mai prochain.

Comme souligné par Johanne Seymour, directrice générale et artistique, Les Printemps meurtriers de Knowlton se veulent un lieu d'échange pour les amateurs, auteurs et éditeurs de littérature policière. L'événement présentera des activités variées comme des classes de maîtres, des causeries, des conférences, des ateliers d’écriture, des projections de films, et j’en passe. Puisque le festival est international, il y a des animations en français ainsi qu'en anglais. Ça vous intéresse, mais vous êtes un peu plus serrés côté financier ? Ne vous en faites pas, les organisateurs ont pensé à tous les budgets.

Ça promet d’être des plus intéressant ! Pour plus de renseignements ou pour vous inscrire, voici le lien vers le site internet officiel : www.printempsmeurtriers.com


dimanche 25 mars 2012

Elle et nous de Michel Jean : une oeuvre touchante et achevée ****


«Michel, l’Indien, tu l’as en toi». Une phrase comme déclencheur de cet ouvrage à la fois récit et fiction. Le croisement de ces deux vies, plus profondément liées qu’elles ne le paraissent de prime abord. Celles de Michel Jean et de sa grand-mère qu’il a connu sous le nom de Jeannette Gagnon, mais qui s’est aussi appelée Shashuan Pileshish. La mort de celle-ci et ces quelques mots prononcés par sa cousine plonge Michel dans la quête de réponse à ses questionnements quant à ses origines, en partie innues.

Avec un réalisme, une précision, il reconstitue la vie de son aïeule de façon charnelle. Le texte est empreint d’émotions, de sensations si tangibles. On croirait y être. On sent les odeurs, le vent, le bruit de la rivière.

L’enfance de Shashuan Pileshish n’a pas toujours été facile.  Il n’y a pas beaucoup de place pour le jeu, le temps étant occupé à répéter les tâches quotidiennes qui assuraient la survie du groupe. Elle ne s’en est jamais plainte, comprenant l’importance de son rôle dont elle s’acquitte avec un engagement total. C’est avec le même engagement qu’elle quitte sa famille, son clan, sa terre,  pour se constituer sa propre vie avec François-Xavier Gagnon, avec qui elle vivra une belle histoire d’amour. L’apprentissage du quotidien hors du groupe n’est pas facile. Si bien qu’elle décide de se recréer un clan. Malgré cela, la douleur d’avoir été exclue persiste, même si elle saisi intellectuellement les raisons de ce rejet.

Parallèlement à la vie de Shashuan,on suit le processus de l’auteur pour retracer et comprendre qui il est. Il y a de ces passages qui sont très symboliques, notamment la description du long voyage pour se rendre aux funérailles de sa grand-mère, qui est le miroir du périple qu’il fera pour connaître ses origines, ses racines. Le chemin que Michel Jean a fait pour intégrer pleinement cette partie de son identité. Le questionnement identitaire trouve écho chez tous les gens issus de métissages.

« Il est en effet difficile de se reconnaître chez les autres et de savoir sa vraie place quand on n’arrive pas à définir sa propre identité. Il y a trop de chemins, trop d’intersections pour s’orienter, se situer. J’ai parfois l’impression de tourner en rond, de me perdre dans un labyrinthe où je suis le seul à marcher. »


Plus qu’une simple histoire de famille, Elle et nous soulève de nombreux questionnements. Le sens du clan et le sentiment d’être un membre de ce monde nous fait défaut et on se demande si on n’aurait pas intérêt à adopter certaines valeurs indiennes dont le respect de la terre ainsi que de la conscience que nous en faisons partie au même titre que les autres, ni plus, ni moins. On réalise en lisant et en fouillant dans notre mémoire que nous en connaissons peu sur la culture et l’histoire amérindienne. Au sujet de l’absence de l’étude de ces éléments dans les écoles et universités, l’auteur fait un triste constat :

« Ce n’est qu’aujourd’hui que je m’en rends compte, maintenant que la mort de ma grand-mère me place face à moi-même. Avant, comme tout le monde je trouvais ça normal. Pourquoi a-t-il fallu la mort de Jeannette pour que j’en prenne conscience ? 
Je ne blâme personne d’autre que moi. La vérité est cruelle, c’est que j’avais la meilleure professeure devant moi et que je n’ai pas su en profiter. Je n’ai posé aucune question. Ou si peu. Je me suis contenté de suivre les autres et je le regrette amèrement maintenant. Encore une fois, je réalise mon erreur trop tard. On pense toujours qu’on a le temps. Et le temps finit toujours par nous manquer. »

Pourquoi y accordons-nous si peu d’importance alors que cela fait partie de notre histoire ? Pourquoi tolère-t-on plus facilement le racisme envers les Indiens qu’à l’endroit des autres populations et cultures ? Quelle place faisons-nous aux aînés aujourd’hui à une époque où la transmission de connaissances et de savoir-faire de génération en génération  s’est perdue ? Autant d’interrogations qui méritent que l’on s’y arrête.

Elle et nous est très bien construit. Chaque fois qu’une question émerge chez le lecteur, la réponse arrive quelques lignes plus loin. Le métier de Michel Jean l’a sûrement aidé à rédiger, mais on ne perçoit aucune de trace d’écriture journalistique. La plume de Michel Jean s’est romancée de façon remarquable. De plus, elle s’est resserrée. On ne retrouve pas de longueurs. Le personnage de Shashuan Pileshish est incarné, les lieux bien plantés. On le sent bien campé dans son statut d’écrivain.

Michel Jean profite parfois de ses ouvrages de fiction pour témoigner de sa considération pour les femmes qui ont été significatives pour lui, comme dans Une vie à aimer. Elle et nous, c’est le plus bel hommage qu’il aurait pu faire à sa grand-mère.



Je ne pourrais conclure sans mentionner la couverture du livre. Je vous l’ai souvent dit. Pour moi,  lire est une expérience complète. Elle commence par l’aspect visuel. L’harmonie, l’ambiance créée par la pochette. Ici, je me dois de noter qu’elle est sublime! Bravo à Marike Paradis!

Une lecture qui m’a comblée.

Mon appréciation : ****

Surveillez le blogue cette semaine, vous pourrez y lire mon entrevue avec Michel Jean!

Elle et nous 
Michel Jean
Libre Expression
EN LIBRAIRIE LE 28 MARS 2012
Autre publications de Michel Jean:

vendredi 23 mars 2012

Chaque automne j'ai envie de mourir ****


En 2009, le Carrefour international de théâtre présentait la pièce Où tu vas quand tu dors en marchant… ? Afin de récolter la matière à mettre en scène, question de se rapprocher des réalités collectives et d’alimenter son inspiration, Véronique Côté a fait un appel à tous sur Internet. De nombreuses personnes ont répondu à leur requête et ont généreusement livré leurs secrets, matériaux bruts que Véronique Côté et Steve Gagnon ont retravaillés. Les voici dans ce merveilleux recueil publié par les Éditions Septentrion, dans la collection Hamac.

C’est avec ravissement que j’ai lu Chaque automne j’ai envie de mourir. De prime abord, on croirait qu’on sera plongé dans un lent et lancinant désespoir. On est rapidement détrompé. Bien sûr, quelques-uns des 37 secrets confiés aux auteurs nous font visiter cet état d’être, mais ce n’est pas le cas de toutes.
En toile de fond, la tristesse profonde du deuil, l’impermanence, la perte, la peur du manque, la peur de se connaître, la peur de tout, quoi! Le désir de bien-être, de bonheur ininterrompu, le fameux « Pour toujours » sont omniprésents. Mais il y a aussi l’espoir, de revoir l’autre, d’aller mieux, de s’adapter aux divers changements inhérents à la vie. Certains secrets sont inquiétants, voire terrifiants. D’autres inspirants, néanmoins, elles sont toutes résolument vibrantes. On passe littéralement par toute une gamme d’émotions.

Le titre du livre provient d’une phrase issue de Vinyle. On l’aura deviné, il aborde la dépression saisonnière. Cauchemars est l’extrait qui m’a le plus touchée. Toutefois, il y en a de très nombreuses qui m’ont beaucoup plu. Comme Panda, Riz, Lutte, pour ne nommer que ceux-là. Je ne pourrais trop en parler au risque de révéler le contenu de ces courts textes. Ceci étant dit, j’ai envie de partager avec vous un bref passage qui m’a réjouie :


« Les choses finissent. C’est ce qui les rend belles.Les histoires finissent. C’est ce qui fait que leur commencement a du sens.Les pays, les chansons, les espoirs, les jardins. Les fourmis. Les gens. Un jour, tout meurt.Maintenant j’aime et je déteste la mort et c’est la même chose, un seul respir. J’y pense tous les jours. Et ça me rend pleine de vie. »
 
Quant à la rédaction, le langage est uniforme dans les 37 secrets. Cela assure une constance, par ailleurs, cela occasionne de temps à autre l’impression que c’est le même narrateur. D’autre part, j’ai aimé que les textes soient présentés en ordre alphabétique. Les auteurs ont donné une voix à tout ce qui reste bien gardé au fond de nous, verrouillé à double tour. C’est un recueil d’une humanité qui saute aux yeux et qui prend parfois à la gorge, où l’émotion est tangible. Un petit bijou à lire et à offrir.


Mon appréciation : ****

Chaque automne j'ai envie de mourir
Véronique Côté
Steve Gagnon
Septentrion Éditeur
Collection Hamac





jeudi 22 mars 2012

Lancement de «Volte-face et malaises» le dernier roman de chick lit de Rafaële Germain

Les Louise Forestier, Georges-Hébert Germain, Luc Plamondon, Pierre Brassard et autres étaient réunis le mercredi 21 mars au Candi Bar, rue Mont-Royal, pour le lancement de Volte-face et malaises, le dernier roman de Rafaële Germain. Pas que le dernier publié, mais également le dernier du genre qu'elle écrira, ayant signifié son envie de changer de genre littéraire.

Le bar hyper girly (lire éclairage rose, bonbons, etc.) était bondé pour la présentation du roman qui met en scène Geneviève Creighan, trentenaire éplorée par une peine d'amour. Pour soigner son coeur en miette, elle a recourt à l'alcool, les sorties entre amis, la psy et les hommes. Un livre résolument chick lit, quoi ! Je vous dirai ce que j'en pense dans quelques jours, j'en entreprends tout juste la lecture.

Bref, un lancement réussi pour un livre qui, si l'on en juge par les deux précédents titres de l'auteure (Soutien-gorge rose et veston noir et Gin tonic et concombre), promet d'agréables moments de lecture aux amatrices et amateurs du genre.


Les photos du lancement par le Groupe Librex (très belles) c'est ici !


mercredi 21 mars 2012

Tous égaux ?

Elena Botchorichvili, elle-même immigrante, dépeint une saisissante image de l'immigration dans ce septième livre. 

Le roman a pour théâtre le sommet du Mont-Royal. Même la glace de Montréal y figure, et ce dès la deuxième page. La demeure du professeur Dubé n’est ni plus ni moins qu’une maison d’hébergement pour immigrés. On y retrouve Natasha l’Africaine, un ancien colonel, Vanetchka, Lilka-Zut, le vieux Parmen, ainsi que de nombreux autres personnages hauts en couleur, tous des rescapés de régimes ex-postcommunistes.

Andro, le frère du professeur, se promène nu à l’exception d’une chaussette au pied droit — il prétendait que celui-ci comportait l’âme – et grimpe aux arbres. Une fois sur son perchoir, il se mettait à chanter un hymne au printemps bien à lui. Éperdu d’amour qu’il est pour Ekatarina, qui ne savait comment lui rendre. Dubé restant cloitré dans son sous-sol, à jouer du piano — sans grand talent, semble-t-il — c’est Vanetchka qui essayait de faire descendre Andro.

Puis, il y a femme du professeur Dubé, grabataire autour de laquelle toute la maisonnée se retrouve, en groupe ou individuellement, pour lui faire des confidences. Cette femme aux seins parfaits est plongée dans un coma depuis son intervention d’augmentation mammaire. C’est la seule oreille que trouvent tous ces gens, l’unique personne qui n’interrompe pas leurs litanies, qui ne le juge pas.

En toile de fond de ce mélancolique roman, l’immigration, l’amour, le désabusement, la solitude et la douleur d’être différent et incompris. Que de tristesse! Pour passer le temps, ils se rassemblent devant la télévision ou la radio, mais ne saisissent rien. L’isolement vécu par ces nouveaux arrivants est profond, bien qu’ils ne soient pas physiquement seuls. Un phénomène malheureusement trop fréquent, qui est habilement cerné par l’auteure.

La vie d’ici leur semble ennuyeuse, loin des choses importantes. Ils espèrent le printemps, le changement. Que celui-ci vienne à eux. Ils ont du mal à faire le deuil de leur pays, l’idéalise, ce qui nuit à leur intégration à leur nouveau pays. Ils ne font rien. Seulement attendre et regarder, comme l’exprime si bien le titre. Il réfère aussi au comportement des voisins, qui restent éloignés, n’osant les approcher.

L’auteure fait état de l’accueil inadéquat du Canada, ne leur apprenant pas les us et coutumes en vigueur, les laissant à eux-mêmes pour s’intégrer. N’arrivant pas à le faire, il n’est donc pas étonnant qu’ils recherchent des gens qui proviennent de leur pays, se retrouvant ghettoïsés. On déplore également un système lent, de longues procédures riches en paperasse compliquées, même pour ceux qui comprennent la langue.

Quant au style, Elena Botchorichvili fait énormément usage de la répétition. Un miroir au discours des immigrés qui racontent inlassablement les souvenirs de leur ailleurs à eux. C’est tout ce qu’ils ont. Ici, ils n’ont rien, ne sont rien. Elle écrit de courtes phrases, non moins chargées de sens. Elle dit en peu de mot ce qui doit être nommé. 

Voici un passage qui décrit bien le propos de l’auteure :

« La demeure de l’ethnolinguiste Richard Dubé s’était très vite remplie de gens venus de toutes sortes de pays ex-postcommunistes. Les émigrés sont les débris de bateaux qui ont sombré. Ils ont été emportés par une vague sur le rivage, parfois ce sont des hommes, parfois ce sont des restes de madriers. Telles des pièces d’échecs qui tombent dans la boîte après une partie. Un roi incline la tête vers les pieds d’un pion de son adversaire, un fou furieux cajole une reine. Tous sont égaux. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! »

Il y a aussi quelque chose de fort en cet ethnolinguiste qui maîtrise plusieurs langues, mais qui ne parle à personne. Il a toutes les possibilités de communiquer avec ses protégés, mais il ne le fait pas, se retirant volontairement. On comprend plus tard une des raisons pour lesquelles il est si mélancolique.

À travers un style éclaté et un certain humour noir, Elena Botchorichvili passe des messages avec une remarquable subtilité. Il y a là de quoi méditer sur la société que l’on désire et les moyens à prendre pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants. Un bel exercice de style et une réflexion digne d’intérêt. Une œuvre à digérer.

Mon appréciation : ***

Seulement attendre et regarder
Elena Botchorichvili
Les Éditions du Boréal


lundi 19 mars 2012

Il ne faut pas parler dans l'ascenseur


« La ligne est mince entre une bonne et une mauvaise décision ». 

Dans ce roman à trois voix, Martin Michaud capte notre attention du début à la fin. D’abord il y a le tueur, qui traque méthodiquement les personnes qu’il a planifié d’assassiner. Le premier meurtre est accompli comme prévu. Toutefois, en chemin vers le lieu du deuxième meurtre, il commet une bourde qui sera lourde de conséquences. Laissant sans surveillance le véhicule dans lequel il transporte le cadavre, il se le fait voler. Ne se laissant pas décourager, il redouble d’ardeur pour mener à bien la mission qu’il s’est donnée, et perpètre le second meurtre seulement 24 heures après le premier. Il lui reste encore d’autres noms sur la liste, mais la bourde commise plus tôt lui rend les choses plus compliquées.

Puis, le sergent-détective Victor Lessard. Personnage un peu typé, ou classique, si vous voulez. C’est un flic torturé, récemment divorcé, alcoolique. Il a des relations tendues avec ses adolescents. Il est sombre, désabusé et un brin rebelle. Il est dévoué, bien intentionné. Ces éléments nous le rendent sympathique. Mais il l’est également parce que, en raison de sa personnalité typique aux enquêteurs dans les polars, on a l’impression de le connaître. 

Ensuite, il y a Simone Fortin qui, après avoir été heurtée par une voiture qui a pris la fuite, est plongée dans un coma de quelques heures. Durant ce temps, elle « rencontre » des gens, dont Miles Green. Dès qu’elle émerge du coma, elle se met à la recherche de cet homme, une espèce de fantôme, si vous voulez. Au départ, cette intrigue m’a un peu agacée. Je ne m’attendais pas à trouver ce genre d’histoire dans un polar. D’autant plus que j’ai trouvé plus ou moins crédible qu’elle puisse courir après avoir été renversée par une voiture, s’être fait une entorse à la cheville lors de cet accident et être tout juste sortie du coma (de quelques heures d’accord, mais quand même !). En plus, elle n’a même pas mal à la tête alors qu’elle a subi un léger traumatisme crânien. Puis, je me suis demandé pour quelle raison Simone Fortin cherchait à retrouver ce fameux Miles. Lentement, cette histoire vient rejoindre l’intrigue principale et on ne sait pas du tout à quoi s’attendre. Elle est obsédée par Miles et on se demande pourquoi elle tient à ce point à le trouver.

L’auteur entrecroise habilement les intrigues. Le rythme est rapide, les chapitres sont courts, et nous laissent en suspens, curieux d’en savoir plus. C’est alors que l’on passe à une autre intrigue, nous poussant à tourner les pages avidement, complètement accros que nous sommes. Martin Michaud maîtrise totalement le mystère et le sens du suspense. Un polar québécois fort bien ficelé qui saura régaler les amateurs du genre.


Martin Michaud est avocat en droit des technologies de l’information et du divertissemnt. Il ne faut pas parler dans l’ascenseur est son premier roman dont il travaille activement à la scénarisation pour télévision. La chorale du diable, la deuxième enquête de Victor Lessard, a été publiée en février 2011. Ah oui ! Il est aussi musicien à ses heures.

Mon appréciation : ****

Il ne faut pas  parler dans l’ascenseur
Martin Michaud
Les Éditions Goélette
Janvier 2010

samedi 17 mars 2012

Dans ma boîte aux lettres et acquisitions de la semaine !

 Voici ce qu'il y a de nouveau dans ma bibliothèque cette semaine !


Planche d'enfer 1 - Annabelle 180
Planche d'enfer 2- Samuel 360 
Tous deux de Chloé Varin chez Les intouchables

Du ventre de la baleine de Michael Crummey ches les Éditions du Boréal

La Romance des ogres de Stéphane Choquette 
chez Québec Amérique



Elle et nous de Michel Jean chez Libre Expression

Le Christ obèse de Larry Tremblay chez Alto

Les truites à main nues de Charles Bolduc chez Leméac



Le cycle de Manawaka de Margaret Laurence chez Alto
Tome 1 : L'ange de pierre - Une divine plaisanterie
Tome 2 : La maison est en feu - Un oiseau dans la maison
Tome 3 : Les devins



La série Élise Tome 1 à 7 dont :

Zone 5 de Michel Vézina

Le prisonnier de Laurent Chabin
Tous deux chez Coups de tête



Et mes achats : 

Journal d'un corps de Daniel Pennac chez Gallimard

Un roman américain de Stephen Carter chez Robert Laffont

De bons voisins de Ryan David Jahn 
chez Actes Sud / Actes Noirs



J'espère que cela vous inspirera!

Bon weekend chaud et ensoleillé!


vendredi 16 mars 2012

Claustria : un drame immonde

Régis Jauffret raconte l’horrible affaire Fritzl. Cet Autrichien qui a séquestré sa fille dans une cave pendant 24 ans avec qui il a eu sept enfants. Cette brique de plus de 500 pages relate des faits inspirés de la réelle histoire, mais il n’en est pas moins un ouvrage de fiction intelligemment rédigé.

Dans ce roman où il y a en toile de fond le mythe de l’inceste et le complexe d’Œdipe, heureusement, l’auteur s’est bien gardé de verser dans le sensationnalisme et les descriptions trop graphiques des sévices. C’est plutôt l’aspect psychologique qui est présenté. Il y a beaucoup de détails sur les états d’âme, les délires, le quotidien du « peuple de la cave », comme il les appelle. Un quotidien amplement exploré, démontrant avec insistance les moments « agréables », comme si Jauffret cherchait à prouver que la vie n’était pas si exécrable dans la cave, allant jusqu’à dire que le bonheur est un réflexe de survie.

Au début du livre, on est outré de lire ce que nous dévoilent les rencontres Josef Fritzl avec son avocat, qui invoque d’ignobles arguments pour disculper, ou à tout le moins réduire la peine de son client, qui ne comprend absolument pas la gravité de ses gestes.

Puis vient le récit des jours qui ont succédé à l’extraction de Angelika et les trois enfants toujours enfermés dans cette grotte. Extraction, un terme très juste, car ils ont été arrachés à la réalité qu’ils vivaient dans cette cave. Sortis d’un monde qu’ils ont habité de trop nombreuses années, le seul qu’ils connaissaient, leur normalité. Leurs vies n’ont pas été que malheureuses, nous dit-on. Les petits ont passé plusieurs bons moments dans ce sous-sol. Bien qu’ils aient vu ce qui se produisait ailleurs, par la télévision. Cet extérieur était pour eux un autre univers auquel ils rêvaient d’avoir accès, mais doutaient qu’ils aient la chance d’y être. Maintenant qu’ils y sont, ils n’arrivent pas à s’y adapter, marchant encore à quatre pattes et se comportant presque comme des animaux.

Tout au long du livre, on se promène plus ou moins aléatoirement au gré du narrateur. Longtemps, on se pose la question « mais comment Fritzl justifiait à sa femme les enfants qu’il montait au premier étage? » Enfin, à la page 189, on en apprend plus là-dessus. On se demande également ce qu’il en était des frères et sœurs d’Angelika. On n’en parle pas, hormis pour dire qu’ils sont partis à leur majorité. Mais avant? On ne sait rien. Fritzl avait-il des comportements semblables avec eux? Quels étaient les liens qu’ils entretenaient avec Angelika?

Les personnages sont bien cernés, crédibles, appuyés de descriptions étayées.
Fritzl a un long historique de brutalité et de misogynie. La violence était devenue banale pour lui ce qui explique en partie que lorsqu’il a été arrêté, il croyait qu’il pourrait sortir rapidement. Il ne saisissait tout simplement pas que ce qu’il avait fait était mal. Pour lui, Angelika était sa conjointe.

On constate que Fritzl ne se privait pas de grand-chose pour améliorer ou entretenir son apparence. Greffes de cheveux, manucures, crèmes antiâges, etc. Visiblement, il avait peur de sa détérioration et de son trépas. Il voulait un peu être immortel au point de désirer faire des rejetons à sa fille/petite-fille (l’enfant qu’il a eue avec Angelika) pour créer un spécimen humain contenant un maximum de ses gènes.

Mais il n’était pas qu’égocentrique. Non! Dans un élan de générosité, il a offert à sa deuxième famille une télévision pour les divertir. Néanmoins, il y a aussi un aspect sadique dans ce geste. Ils pouvaient donc voir ce qu’ils manquaient. La télévision est d’ailleurs en quelque sorte un personnage autour de laquelle s’est construite la vie des habitants de la cave. Avant son arrivée, dans la pénombre, le temps n’existait plus tel qu’on le connaît à la surface. Les minutes, des heures, les heures des jours, et vice versa. Il n’y avait plus de jours, seulement la noirceur. Afin de se reconstituer une certaine notion du temps, Angelika écrivait dans un cahier. Elle tentait de rendre les événements réels, sinon elle aurait pu croire qu’ils étaient le fruit de son imagination, des hallucinations ou des rêves. Elle cherchait désespérément à s’accrocher au reste du monde pour ne pas être trop isolée. Cette activité lui permettait aussi de s’occuper. Elle consignait donc son chemin vers cette folie intermittente qui la gagnait par moments. On sent très bien l’aliénation qui s’installe lentement, mais solidement.

Jauffret a une plume très agréable. À partir de la page 261, le style d’écriture change. Depuis la fugue, c’est comme une projection d’images, comme un diaporama. Il n’hésite pas à utiliser les figures de style pour illustrer ses propos. Le texte n’est malheureusement pas sans certaines longueurs, notamment lors de la cavale d’Angelika, avant sa séquestration. On comprend qu’il veut mettre en lumière l’impression de liberté qu’elle a éprouvée, mais il y a trop de détails. Il y a aussi, plus loin, alors que la folie étreint Angelika, où l’on sent des longueurs, malgré que ces passages démontrent la vie dans la cave, telle que vécue de l’intérieur, et ses conséquences. Cependant, ç’aurait pu être très bien rendu en moins de mots, voire moins de pages.

Lors de son entretien à La grande librairie, l’auteur enjoignait le lecteur à ne pas juger Angelika en ce qui a trait à son désir pour son père. Friztl est le seul homme qu’elle connaît, l’unique façon qu’elle a d’assouvir ses pulsions. En effet, il ne faut pas confondre, elle ne l’aime pas, mais elle satisfait des besoins physiologiques. Il est également essentiel de considérer qu’il y a eu une disparition progressive de la réalité et des frontières entre le bien et le mal et que ce qui se passe dans la cave est devenu la norme. Malgré cet avertissement, Jauffret dépeint une image peu reluisante d’Angelika. On sent un jugement  dans l’écriture. En début de lecture, j’ai été dérangée par le regard plutôt négatif que l’auteur posait sur elle et sa progéniture. Heureusement, plus on avance dans le livre, plus ceux-ci s’estompent. Pour démontrer ces diatribes, je vous cite un extrait où il parle de la sortie de Roman, Petra et Martin, les enfants de la cave :

« L’hôpital avait servi de sas, et des escouades d’instituteurs, de professeurs de toutes sortes s’étaient relayées chaque jour pour leur infuser les rudiments d’un savoir que l’aîné transpirait à grosses gouttes à chaque leçon pendant que Roman assimilait peu à peu cette soupe. Au fur et à mesure, il devenait moins ignorant, et s’éloignait de la crétinerie dont sa fratrie souterraine demeurerait  affectée jusqu’à la mort. »

Par ailleurs, durant toute la lecture, on s’indigne que personne ne réagisse. Il y a tous ces gens qui entendent et qui se taisent et fuient. Les locataires du rez-de-chaussée et à la mère, qui font semblant d’ignorer les bruits, les cris. Qui les rationnalisent, pour ne pas faire face à cette réalité immonde. Ils portent également une culpabilité dans ce drame. Celle de n’avoir rien dit, de n’avoir rien fait, condamnant Angelika et ses enfants à de longues années de séquestration et de mauvais traitements.

Un livre touchant, révoltant, mais qui, malgré l’horrible sujet, se lit très bien. Un exercice peu aisé que l’auteur a habilement réussi.

Mon appréciation : *** 1/2

Claustria
Régis Jauffret
Éditions du Seuil


jeudi 15 mars 2012

Brève : Culloden disponible en Europe dès aujourd'hui!




Le roman historique de Valérie Langlois est disponible en Europe à compter d'aujourd'hui. 
Culloden relate le retour à la maison d’un groupe de guerriers Jacobites, en Écosse, à la suite de la bataille du même nom.

Je vous enjoins à vous le procurer! C'est une lecture très agréable. Pour preuve, voici mon appréciation :

http://www.livresquementboulimique.com/2011/08/culloden-une-histoire-savamment-ficelee.html


mercredi 14 mars 2012

Comme le temps file !




Il y a presque une semaine que je n'ai pas publié de billet. Mais ne vous en faites pas, je n'ai pas chômé! J'ai lu plus de 1000 pages durant cette période et j'ai trois appréciations à rédiger. J'ai profité du beau temps pour lire au soleil le plus possible, reléguant la rédaction à plus tard. La pluie qui tombe depuis hier me permet de vous préparer un billet sur Claustria de Régis Jauffret, un autre sur Il ne faut pas parler dans l'ascenseur de Martin Michaud et, finalement un sur Seulement attendre et regarder d'Elena Botchorichvili. 

Je reviens bientôt avec tout cela!

Bon mercredi!




jeudi 8 mars 2012

Dans ma boîte aux lettres



En ce milieu de semaine, j'ai eu quelques demandes de suggestions de lecture. Mis à part ce qu'il y a sur mon blogue, je peux vous proposer des titres, pour la plupart des nouveautés que je viens tout juste de recevoir depuis lundi. Les voici:


  • À la trace de Deon Meyer, chez Seuil Policier;
  • La Phalange des avalanches (La Série Élise 3e tome) de Benoît Bouthillette chez Coups de tête
  • Zone 5 (Série Élise 4e tome) de Michel Vézina, chez Coups de tête
  • Noir Kassad (tome 7) de Alain Ulysse Tremblay, chez Coups de tête
  • Chaque automne j'ai envie de mourir de Véronique Côté et Steve Gagnon, chez hamac
  • Un léger désir de rouge d'Hélène Lépine, chez hamac
Il est possible que d'autres titres s'ajoutent d'ici la fin de la semaine, donc restez aux aguets!

Bonnes lectures!


mercredi 7 mars 2012

Coma : l'art du flou

Un roman enveloppant de mystère qui, en finale, transporte le lecteur jusqu’au cœur de lui-même.

Kikuchi Satô fuit le Japon après avoir été agressé par sa copine Ayako, qui a tenté de se suicider après s’en être pris à lui. Résolu à ne plus retourner au Japon, il se résigne cependant à quitter la Chine, où il s’est réfugié, après avoir reçu un appel étrange de la mère d’Ayako qui souhaite lui confier la mission de la réveiller du coma dans lequel elle est depuis son geste désespéré. Une fois sur place, il est plongé dans un univers où les identités sont floues. Il y trouvera peut-être réponse à ses propres questionnements existentiels.   

C’est une intrigante histoire que celle présentée par François Gilbert dans son premier roman. On évolue dans un inconfort constant, un certain malaise.  Que ce soit face aux relations, à la quête identitaire, aux deuils à faire. Dès les premières lignes, on est entraîné dans ce monde étrange ou tout est flottement… Les liens qu’entretiennent les personnages entre eux sont toutes ambigües. Il n’y en a pas une qui y échappe. D’ailleurs chacun d’entre eux a un sens de soi assez vacillant. Plusieurs d’entre eux jouent à entrer dans la peau d’un autre qu’ils créent de toutes pièces ou qu’ils copient. Ils portent des masques pour répondre à ce que les autres attendent de nous, pour ne pas être blessés ou pour se donner un courage que l’on est convaincu ne pas posséder. Cette quête identitaire peut avoir lieu quel que soit l’âge, selon le cheminement et les circonstances de la vie.

On pourrait croire qu’il est étrange que Satô ait décidé de s’exiler en Chine alors qu’il a si soif d’être accepté, de faire partie d’un groupe, d’être comme les autres. Mais son malaise était si grand qu’il ne pouvait vivre où que ce soit au Japon, sans que cela lui rappelle constamment ce qu’il lui est arrivé là-bas. De plus, victime du sentiment d’être à part depuis tout jeune, cherchant à être accepté, Sakô reportait sur eux la responsabilité de lui dire qui il est réellement. Croyant qu’en quittant son entourage, son ancienne vie, il pourrait recommencer sur de nouvelles bases et ainsi dissiper son mal-être. Il s’intègre tranquillement à l’équipe de l’hôtel où il vit. Au départ, il ne réussit pas facilement à s’insérer à une bande, mais suite à l’application de certaines observations faites auparavant, il arrive à se tailler une place où il est accueilli tel qu’il le souhaitait. Cependant, un malaise renaît au contact de la mère d’Ayako.

Tout au long de la lecture, on se questionne sur ce qui aurait bien pu pousser Ayako à vouloir attaquer Satô et ensuite s’enlever la vie? Certes, leur relation était particulière et la jeune femme était passablement troublée. On en aperçoit quelques bribes par-ci par-là, mais rien ne permet de se faire une idée hors de tout doute. Jusqu’à la toute fin, mené à cette information au gré des réflexions de Satô.

Un texte court au rythme est lent, presque langoureux, qui nous maintient dans un constant flottement. Témoin de la valse-hésitation entre l’intérieur et l’extérieur, cette recherche d’harmonisation entre les deux. La voie vers celle-ci est simplement de faire la lumière sur qui l’on est réellement, de pouvoir répondre à la question qu’a posée Ayako avant qu’elle agresse Satô. Ensuite, cela pourra se refléter à l’entourage. Mais la crainte de ce que l’on trouvera en fait rebrousser de chemin plus d’un. L’écriture est d’une grande efficacité et fait ressortir la beauté crue des personnages. On est absolument charmé par la prose de François Gilbert et l’on en redemande!

Coma
François Gilbert
Leméac

Mon appréciation : ****