vendredi 7 décembre 2012

Les monologues voilés : à voir absolument


Crédit photo : Les monologues voilés

La pièce Les monologues voilés est présentée à la Cinquième salle de la Place des Arts du 6 au 15 décembre 2012. Créée en 2003 et présentée la première fois à Amsterdam, la pièce a également été produite à Berlin, New York, Ankara, Boston, Bruxelles et Paris, avant de nous rendre visite. L’auteure, Adelheid Roosen, qui signe également la mise en scène, a effectué des entrevues avec 74 femmes musulmanes de première et deuxième génération, âgées de 17 à 85 ans, qui vivent aux Pays-Bas. Leurs confidences émouvantes viennent  nuancer la perception occidentale des femmes musulmanes.

S’inscrivant dans la lignée des Monologues du vagin, sauf que cette fois, il s’agit du vagin musulman, la pièce dévoile les mystères de la sexualité des femmes musulmanes. Elle s’attaque à des tabous, dont la défloration, le viol, l’excision, la jouissance, le désir, le mariage arrangé. Elle déconstruit les mythes entourant l’hymen et la virginité dans un monologue particulièrement drôle, mais aussi très instructif. Car, ne nous leurrons pas, très peu d’entre nous savent ce qu’est réellement un hymen, ce à quoi ça peut ressembler. L’exercice s’avère donc très efficace.

Les femmes dépeignent une image de l’homme occidental pour qui la sexualité se résume à la génitalité. D’autre part, elles donnent en comparaison certains hommes musulmans pour qui la sexualité s’étend à tout le corps, dans laquelle le rôle du regard est particulièrement important. C’est par là que tout commence. On se regarde, on se désire, pour ensuite se caresser, laissant le désir s’emparer de tout son être. Ensuite vient la pénétration. Par soucis de transparences, on y parle aussi d’autres femmes qui n’ont pas vécu ce niveau d’épanouissement et ont eu affaire à des hommes qui cherchaient, pris dans les traditions et les attentes de la communauté, à simplement pénétrer pour constater que le sang coule et préserver leur honneur.

À la fois drôles et touchants, les textes font la lumière sur certains phénomènes et permettent de réaliser que tout n’est pas tout blanc ou tout noir. La différence des conceptions est frappante. Ce qui choque l’Occidental est tout à fait normal, voire logique, pour les musulmans. En ce sens, le monologue des douze clochettes est particulièrement troublant et éclairant. Le spectateur occidental sera ébranlé par moments, notamment quant à la contradiction entre la pudeur et l’impudeur des femmes musulmanes. Si plusieurs d’entre elles sont voilées, on réalise rapidement que lorsqu’elles se retrouvent entre amies, la pudeur n’a pas sa place.

Le portrait des femmes musulmanes qui est dressé en est un de femmes très sensuelles, charnelles. Des êtres d’une beauté et d’une vivacité dont la vulnérabilité est bouleversante. Certaines sont entretenues dans des croyances ou des traditions qui en font des proies faciles pour les hommes dominants. D’ailleurs, un mot revient, tel un leitmotiv : liberté. La liberté de disposer de sa vie, de son corps, d’en jouir.

Outre la richesse des textes, le spectacle est appuyé sur de puissantes interprétations, une musique et des chants sublimes. La sobriété du décor et de la mise en scène laisse toute la place à ces voix, à ces corps, à ces femmes. Elles sont vibrantes, touchantes, entières. 

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