vendredi 14 décembre 2012

Le poids du secret

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Chanda est une adolescente vivant en Afrique. Comme c’est le cas de plusieurs familles, ils tirent le diable par la queue. Son beau-père est alcoolique, violent et trompe sa femme allégrement. Presque inévitablement, il meurt du sida. Sa mère étant également atteinte, décide de retourner dans son village natal, lorsque son état de santé se dégrade. Chanda, promise à de belles études, doit quitter l’école pour s’occuper de son frère et de sa sœur. Elle tente tant bien que mal de mener une vie « normale », mais c’est très difficile. Des rumeurs courent au sujet de la maladie de sa mère. Il faut comprendre qu’avoir le sida vaut aux gens d’être ostracisés ou bien pire, puisque pour les habitants, elle est la manifestation d’une malédiction quelconque sur toute la famille. Il est donc nécessaire de cacher la maladie aussi longtemps que possible et, quand cela ne l’est plus, faire croire que l’on est atteint d’une autre maladie plus respectable, selon les symptômes.

Garder un tel secret est étouffant, surtout dans un contexte où l’ignorance et la combinaison des croyances servent d’appui à la persistance de ce tabou. Où l’entourage croit à un mauvais sort que porteraient les personnes atteintes ainsi que leurs familles. Pour cette jeune fille vieillissant trop vite, c’est lourd à porter, mais elle s’en sort avec dignité. Heureusement qu’il y a des gens dans son entourage qui la stimulent.

Tant de jeunes filles et de jeunes garçons doivent garder le secret et s’occuper de leur fratrie parce que leurs parents sont malades. Ils se retrouvent isolés, car ils ne peuvent en parler à personne, s’ils ne veulent pas être ostracisés ou pire.

C’est une histoire troublante, mais malheureusement pas exceptionnelle. Bien que le pays dont il est question dans ce livre soit fictif, tout comme les personnages, on sait et sent très bien que ce qu’Allan Stratton nous rapporte n’est que trop vrai. Il aborde ce grave sujet avec sobriété. Sa plume est sensible, dénuée d’artifice. Son récit, fruit d’importantes recherches, est d’une précision quasi perçante. Les personnages sont solides, complexes, riches. Leur conjugaison avec la sérieuse recherche effectuée par l’auteur, ils confèrent la crédibilité au récit. L’écriture est fluide, cependant, on peut prendre un certain temps à la lire, puisqu’elle touche au plus profond de qui nous sommes. Tous les jeunes et les adultes peuvent se retrouver dans Chanda, à des degrés divers. Nous avons tous nos petits secrets que nous portons, tel un fardeau. En faisant cette lecture, non seulement on se rend compte que l’on n’est pas seul, mais aussi qu’il y a bien pire que nous. Cela permet de relativiser ce qui se passe dans nos vies, ainsi que de sensibiliser à cette importante cause qui ne touche pas que l’Afrique.

Note : L’éditeur mentionne que le livre peut être lu dès l’âge de 12 ans. À vous de juger de la maturité de votre enfant, mais à mon avis avant 14 ans, c’est peut-être un peu tôt.

Le secret de Chanda
Allan Stratton
Bayard
23,95 $ / 12,50 €

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

3 commentaires:

  1. Est-ce aussi intéressant pour un(e) lecteur(trice) adulte ou si l'écriture est adaptée aux adolescents?

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    1. J'ai beaucoup aimé et je crois que les adultes gagnerait à le lire !

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