vendredi 23 novembre 2012

Parcours de combattantes

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Pour monsieur et madame tout le monde, le fait de vivre dans le corps qui lui est donné n’est pas toujours facile. On est rarement content de celui-ci, cependant on se sent appartenir à notre sexe biologique. Nos insatisfactions s’apprivoisent, se travaillent. La souffrance d’un être qui est convaincu qu’il est né dans le mauvais corps est énorme. Le fait de se sentir en dissonance entre la personne que l’on sent être et son sexe biologique génère une détresse profonde.

Un malaise se profile déjà dans l’enfance et croît jusqu’à la dépression chronique ou au désespoir. La dysphorie d’identité de genre, telle est son nom clinique, est considérée par le monde psychiatrique comme une maladie au même titre que la bipolarité. Certains ne sont pas d’accord avec ce statut, il a cependant le bénéfice d’écarter la notion de choix. La femme qui se sent profondément homme ne le choisit pas. À ce jour, le seul traitement efficace à la dysphorie d’identité de genre est la transition physiologique et endocrinienne pour que le sexe physique et le sexe psychique soient en concordance. C’est un processus qui ne se prend pas à la légère et qui est balisé par de nombreuses conditions, dont la confirmation du diagnostic par un psychiatre ou un sexologue clinicien.

Le cheminement de Michelle Blanc, tel que rapporté par Jacques Lanctôt, fait ressortir tous ces éléments. On accompagne Michelle et sa conjointe, Bibitte électrique, dans ce douloureux changement. Elles ont généreusement accepté de se livrer. On ne peut être qu’admiratif devant tant de courage. Dévoiler sa vie au grand jour n’est pas chose aisée, surtout lorsque ce que l’on partage est si intime, que certains sujets sont encore fragiles. De surcroit, dans un monde où l’on est marginal et que la propension à juger est si virulente.

On plonge dans la tête de Michel Leblanc alors qu’il est encore enfant et qu’il sent que quelque chose ne va pas, qu’il repousse la raison de ce mal-être pour mener une vie normale. Il rencontrera Bibitte électrique, la femme de sa vie. Au fil des ans, son anxiété croît et il ne peut la soulager qu’en se vêtissant en femme. Un jour, il ne peut plus se dérober. Il se sent résolument femme et son corps d’homme ne lui va plus du tout. Il l’annonce à sa douce qui doit encaisser le coup, se trouvant devant le fait accompli. Il entame le processus menant à sa transformation en femme au risque de perdre son amour. C’est ça où sombrer dans un désespoir dont il sait qu’il ne sortira pas. L’aventure est dure pour les deux, tant du point de vue corporel que du point de vue psychologique. Bibitte doit accepter que son homme viril se métamorphose en Michelle Blanc et que les traits physiques qui l’attiraient tant disparaissent petit à petit, dont le dernier et le plus symbolique, son pénis.

Après une séparation, les amoureux se retrouve, ne pouvant se passer l’une de l’autre. Ce n’est pas toujours facile, mais elles sont déterminées à laisser primer l’amour dans leur couple.

C’est sans contredit un récit touchant. Ces deux femmes sont inspirantes dans leur courage, leur persévérance et leur générosité. Il faut dire que la transition fut somme toute rapide, même si Michelle la trouvait parfois longue. Cela a demandé une très grande capacité d’adaptation de toutes les personnes concernées.

Alors que cette lecture m’a plu sur le fond, j'ai quelques réserves quant à la forme. On retrouve des répétitions, sûrement par souci de clarté. Pourtant, lorsque l'auteur mentionne qu'être transsexuelle et être transgenre n'est pas la même chose, il rate l’occasion d’en expliquer tout de suite la différence. Ce qui fait que le lecteur poursuit en se demandant ce qu’elle est.

Il est compréhensible, vu le caractère délicat et récent de l'histoire de vie de Michelle Blanc, qu'on ait choisit d'en faire une biographie et non une autobiographie. En revanche, la narration à la première personne qu'aurait permis l'autobiographie aurait été beaucoup plus touchante. 

C’est une biographie que je recommande toutefois très fortement. Pas à titre de voyeur, mais pour apprendre de leur parcours. Comprendre ce que vivent des personnes que l’on dit marginales. Cela fera, je le souhaite, en sorte que l’on se rende compte qu’il n’y a pas de menace et, que finalement, tout comme nous, elles veulent être aimées, heureuses. Simplement.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Michelle Blanc
Un genre à part
Jacques Lanctôt
Libre Expression
Papier : 24,95 $
Numérique : 17,99 $

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