mercredi 7 novembre 2012

Ne dites pas à ma mère que je suis vivant


Par Yannick Ollassa/La Bouquineuse boulimique

Il y a dix ans, un drame a eu lieu dans la famille de Thomas. Depuis que le drame a éclaté, sa mère, Béatrice, séjourne dans une clinique à l’Île d’Orléans. Pour sa part, Clément, proche de cette dernière, ne s’est jamais remis des événements et de ce qui en a découlé. Il s’est coupé de son père et de sa sœur. Deux fois, il a tenté de concrétiser son désir de mourir. Depuis sa dernière tentative de suicide, il se trouve à la même clinique que Béatrice, qui ne le reconnaît pas. Pour elle, sa fille, son mari et son fils ont tous péri dans l’incendie de leur maison.

Thomas visitera sa mère sans relâche afin de provoquer un déclic qui lui permettrait de se souvenir à nouveau de sa vie, de lui, et de le consoler. Après avoir trouvé une photo que Béatrice avait en sa possession, il essaie de creuser cette piste afin de ramener sa mère à la vie.

Certes, c'est le choc de l’événement qui a plongé la mère dans ce mutisme et dans cet état. Toutefois, on comprend plus tard qu’il est également fort probable qu’elle s’en veuille de ne pas avoir fait le bon choix, à une certaine époque, et que ce soit un facteur qui n’est pas étranger à son état mental.

L’écriture de Lyne Richard est poétique. Il y a une omniprésence de la nature dans son écriture, particulièrement avec les éléments que sont l’eau, le feu, l’air, la terre, les pierres et le soleil. Ce sont eux qui semblent pouvoir rattacher l’humain à la vie, avec la chaleur humaine.

Cette chaleur humaine, Thomas la retrouve auprès de Madame Lemelin, la cuisinière sympathique et maternelle de la clinique, ainsi qu’avec Pierre, un bénévole dont la femme s’est suicidé. Ces deux personnes font figure de mère et de père pour le jeune homme et auront un rôle important quoique subtile dans le combat de Thomas pour rester en vie.

L’auteur évoque les moteurs de la littérature : la vie, la mort, l’absence, l’amour, la maladie mentale. Elle joue aussi de l’analogie et du symbolisme, notamment par le fait qu’à défaut de trouver le réconfort auprès de sa mère, Thomas en trouve également un peu au bord de la mer.

Il y a également Mathilde, infirmière qui prend soin des résidants. C’est une femme malheureuse, malgré ce qu’elle laisse paraître au travail. En mal d’être touchée, elle affamée de caresses. Pour elle, l’aspect physique de l’amour est indissociable du sentiment amoureux. Ce dernier doit s’exprimer par la voie physique. Or, son mari dit l’aimer, mais il ne la touche ni ne la regarde.

Thomas et Mathilde sont des êtres fragmentés. La privation d’amour et de chaleur humaine n’est pas étrangère à ce phénomène. Entre la pulsion de vie et la pulsion de mort, ils tentent de s’accrocher et se prennent d’amitié l’un pour l’autre. Malheureusement, cette lecture, bien que digne d’intérêt, n’émeut que très peu. On comprend intellectuellement la mélancolie de Thomas et le désespoir de Mathilde, mais on s’attache plus ou moins aux personnages. Peut-être est-ce en partie parce que l’auteure donne la voix à plusieurs personnages, et en fait, c’est peut-être trop. Ça crée une certaine confusion, par moments. Ceci étant dit, la beauté des images mises en mots vaut plus que le détour!

Ne dites pas à ma mère que je suis vivant
Lyne Richard
Québec Amérique
Papier : 22,95 $
Numérique : 14,99 $

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