mercredi 17 octobre 2012

Le Saint-Christophe : un de mes coups de coeur de l'automne


Par Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Au départ, ça commence par une citation d’un de mes auteurs fétiches, Boris Vian. Déjà, ça fixe l’ambiance du roman. Les vies de Black, Sarah, Snare, GG, Pélo et Martel à Montréal, au début des années ’90. L’aire du grunge, du triomphe de Nirvana, de Pearl Jam, d’Alice in chains… (Ah! La belle époque!). Snare, GG, Pélo, les copains de Black, habitent un logement sur la rue Saint-Christophe. Cet appart deviendra le point de chute et le repère de la bande. Ils le baptiseront Le Saint-Christophe.

Les vies de ces jeunes gens graviteront autour du Saint-Christophe. On assiste à leur passage de l’adolescence à l’âge adulte, plus particulièrement celui de Black, personnage principal. Black est un bon gars, une bonne pâte. Trop gentil pour son propre bien. Sa copine, Sarah, le sait et elle exploite ce trait de caractère à fond, multipliant les infidélités.

Dans ce roman divisé en quatre parties, délimitées par les années de 1991 à 1994, on réfère aux chapitres comme étant des bouteilles (de bière, bien sûr!). Tout ce que comporte cette période importante est exploré : les inquiétudes financières, les deuils inévitables, les soirées très alcoolisées, les histoires de sexe, d’amour et d’amitié, les emplois, les études, le sentiment d’indépendance. Cette liberté nouvelle des jeunes qui ont quitté leur patelin du Saguenay pour s’installer dans la « grande ville ».

Les relations et l’autodéfinition sont les thèmes centraux du roman. Les rapports avec ses parents, ses frères et sœurs, avec sa copine également, se transforment. Des chemins qui se séparent, d’autres se croisent. Le malaise identitaire propre à cet âge est tangible. Pour Black, il est amplifié par l’exil volontaire. Ayant quitté le domicile familial sur un coup de tête, Black comprend peu à peu que son départ du Saguenay est définitif. Lorsqu’il y retourne brièvement, il ne se sent plus chez lui au Saguenay. D’autre part, il ne s’est jamais vraiment considéré comme un Montréalais, malgré des années dans la ville. Qui est-il donc? Qui suis-je? Suis-je défini par le lieu d’où je viens ou par celui où j’habite? Autant d’interrogations se posent. Ces mêmes questions sont d’ailleurs abordées par plusieurs auteurs québécois et européens cette saison. Chacun à leur façon. On pense notamment au dernier livre d’Amin Maalouf, Les désorientés.

Une histoire qui fait sourire, rire, qui touche et enchante. C’est un roman abouti, bien travaillé, dont l’écriture est soignée. On tourne les pages, une à une, comme on tourne celles d’un album photo. Lire Le Saint-Christophe, c’est aussi faire un pèlerinage intérieur. Du début de notre vingtaine, nous gardons de nombreux souvenirs, certains agréables, d’autres moins. Somme toute, c’était de belles années. Tout comme Black, on ne les revivrait pas, mais on aime bien se rappeler d’où l’on vient. On tire la conclusion qu’on est bel et bien passé à autre chose. On retire une intense satisfaction de constater qu’on est ailleurs.

Ce n’est pas un roman qui frappe comme une tonne de brique, il ne renverse pas non plus comme un tremblement de terre. Il est tout en subtilité, comme un doux et constant bercement qui subsiste. C’est là l’élégance de l’écriture de Dany Leclair. C’est une fois la lecture terminée que l’on réalise l’ampleur de son effet.

Le Saint-Christophe rappelle de bons souvenirs à ceux qui ont vécu cette époque (je me revois avec mon jean rouge, ma chemise à carreaux et un chandail noué à la taille), mais plaira à tous les âges. Un coup de cœur!


Le Saint-Christophe
Dany Leclair
Québec Amérique
22,95 $

2 commentaires:

  1. Ta critique donne vraiment le goût de le découvrir! Je le mets sur ma "wishlist"! Merci!

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