lundi 17 septembre 2012

Rose Brouillard, le film


Par Laila Héloua

Une jeune cinéaste est engagée par l’office du tourisme d’un tout petit village, Sainte-Marée-de-l’Incantation, pour réaliser un court documentaire sur la fille de l’ancien veilleur de l’île. Les touristes aiment connaître la vie des anciens, s’il n’y a rien à raconter, on peut arranger un peu l’histoire. Il faut d’abord qu’elle la retrouve cette Rose Brouillard, vieille femme déracinée de son île, aux mille secrets.

Rose Brouillard le film, apparaît comme une pièce de théâtre ou un scénario qui donne l’impression que tout s’écrit au fur et à mesure qu’on tourne les pages. Nous passons d’un personnage à l’autre, chacun dévoilant son vécu, son ressenti. La caméra n’est jamais loin, précieuse témoin de ce qu’on ne voit pas.

Jean-François Caron dépeint les émotions des protagonistes parfois de façon poétique, souvent en subtilisant au narrateur du moment dévoilant des sentiments enfouis par le temps. La mémoire est le centre de ce roman singulier. Nous retrouvons la mémoire défaillante d’une vieille, qui n’a peut-être pas tant perdu de sa réalité. Celle de ceux qui s’inventent des souvenirs plus intéressants. La mémoire réinventée d’un village, celle qu’on ne veut pas dévoilée.

Les voix nombreuses du roman possèdent leur propre langage, qui nous donne des indices sur leurs connaissances, leurs lectures, leur caractère. L’autre personnage principal du roman, c’est cette nature qui décide de tant de choses. La fragilité de l’homme quant à cette force est sans équivoque. La vie sur une île balayée par les vagues, transpercée par le vent, à la merci des humeurs de la nature. L’auteur nous met sur des pistes que nous avons hâte de suivre. Le rythme soutenu de la virée qu’il nous invite à faire est un véritable road trip collectif, vécu individuellement par les voyageurs.

J’ai eu de la difficulté au début de ma lecture à comprendre l’effet recherché par le style d’écriture. Une fois lancée, j’ai appris à apprécier ses introductions à chaque changement de voix.

On reste habité par les personnages et leurs fragilités bien après la fin de notre lecture. Jean-François Caron est un auteur que je ne connaissais pas, qui me laisse une impression d’une grande humanité.

Pour découvrir un auteur et un poète québécois dont les mots sont plus forts que l’histoire.

Rose Brouillard, le film
Jean-François Caron
La peuplade
Papier : 23,95 $

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