lundi 24 septembre 2012

Les profondeurs abyssales de la dépendance

Par Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


Nicolas Charrette nous fait entrer à pieds joints dans la tête de Victor, un photographe désabusé, alcoolique de surcroit. Son objectif agit comme un obstacle entre le monde et lui. Il observe la vie avec ou sans son appareil photo, mais toujours en restant éloigné. Ces sujets préférés sont les itinérants. Il saisit chaque fois ses clichés à distance, jamais il ne les prend de près.

Pour exorciser ses démons ou, à tout le moins endiguer le trouble qu’il ressent, il écrit cette longue lettre à son amie qui vit à Berlin. Le malaise y est présent dès le début et s’intensifie d’une façon fort émouvante jusqu’à la fin. Dans sa correspondance, il lui confie ses visions, son mal-être, sa soif inépuisable et ses baises. Oui, baises, parce qu’on ne saurait référer aux actes sexuels auxquels il se livre à l’aide de l’expression « faire l’amour ». Ce n’est pas du tout ce qu’il fait. Il la prend violemment et avec mépris, Jade, une compagne avec laquelle il ne partage que cette activité.

Outre Jade, Victor fréquente également Ingrid qui est une amie qu’il rencontre de temps à autre. Une femme mystérieuse qui l’intimide au plus haut point. Il a l’impression qu’elle voit en lui, notamment lorsqu’elle lui dit qu’il n’est pas dans son cœur.

Victor est si emprisonné dans ses réflexions, il est obnubilé par ses pensées, par le besoin de tout comprendre. Cependant, plus il cherche à saisir, moins il réussit. Son emploi de photographe lui donne trop de temps pour se perdre dans ses ruminations. Son arme l’obsède tout autant. En effet, il a des fantasmes de se balader avec celle-ci dans la rue (ce qu’il finit par faire) de tirer, sur les gens, partout.

Petit à petit, tout s’articule autour de la consommation comme moyen d’enrayer son malaise. C’est un phénomène fréquent chez les individus qui souffrent de maladie mentale, pour qui l’alcool et les drogues sont une forme d’automédication. Pourtant, bien qu’il ait constamment peur de devenir fou, Victor ne se rend pas compte où il en est réellement quant à sa santé mentale. Embourbé dans sa détresse, au bord de l’abîme, sa vie est un combat sans fin pour ne pas sombrer. Plus le temps avance, plus il a du mal à ressentir des émotions et même à décoder les intentions des autres.

Un livre profond, poignant sur la dérive d’un individu, qui n’arrive pas à vivre, bien qu’il le souhaite… parfois. Il présente avec justesse et simplicité, les mécanismes internes de la dépendance. Ce vide intérieur que rien ne comble. Cette peur que l’on découvre qui il est vraiment. Un être noir, souillé, fini. La façon dont Victor s’isole progressivement, pour éviter le malaise qui l’étreint quand il est avec des gens.

Une lecture qui ouvre la porte sur les rouages du mal-être profond, un récit lucide et fort.

Chambres noires
Nicolas Charette
Éditions du Boréal
Papier : 19 ,95 $
Numérique : 14,99 $

1 commentaire:

  1. Bonjour,
    Ce livre reflète la vie de certaines malades mentales. Le mal être profond détruit la personne.

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