mercredi 12 septembre 2012

La fille qui n'existait pas


Par Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Aude et son frère Ozzy se sont échappés de leur famille d’accueil avec Emma, parce qu’il y subissait de mauvais traitements de la part de XX et de son fils. Aude a promis de protéger son frère et c’est exactement ce qu’elle fera, mettant de côté sa propre vie et ses propres besoins afin d’être au service d’Ozzy, qui aura bientôt 18 ans.

Après leur fuite, ils habitent dans un bâtiment désaffecté, un squat, avec une bande de personnages tous plus originaux les uns que les autres. C’est ce qu’ils appellent « La Tribu ». Il y a Mollusque, le Bibendum naïf et pas très rapide, qui cherche toujours quelque chose à grignoter. Matsheshu, un Amérindien qui joue du Digeridoo pour tenter d’apaiser la bande, puis Raoul, le nain exhibitionniste pour lequel n’importe quoi devient un prétexte à se dénuder, Emma, l’adolescente qui ne parle pas, un peu en retrait du groupe. Ajoutez à cela Proust, un ancien prof de philosophie dont l’amour de la bouteille l’a rendu alcoolique et, finalement, Frigon, le dur à cuir qui lui, cherche tout prétexte pour en venir aux mains. Expert en combat, il a souvent sauvé la Tribu.

Dans les premières pages, on se demande où Denis Thériault s’en va avec cette histoire, qui de prime abord, semble assez ordinaire. Toutefois, plus on avance, plus on pénètre dans la psyché des personnages. Lorsqu’on lit, on a l’étrange impression qu’il est impossible de dissocier les personnages. Le sentiment est vague, mais omniprésent. Un lien très particulier les unit. D'autre part, les délires d’Ozzy sont si tangibles que même Aude se demande si certains aspects de ceux-ci ne sont pas possibles. Tout comme les personnages, on évolue dans un univers où l’on peine à séparer le vrai du faux. La réalité de l’illusion. Par petites bribes, on défait les fils dans lesquels les personnages sont embourbés.

Une histoire qui évoque l’amour filial, sentimental et amical. La force de l’attachement et la loyauté en sont les principaux aspects abordés. Cette loyauté, que nous avons envers les gens de notre univers, jusqu’où doit-elle aller? Puis il y a la question de la maladie, physique et mentale. Celle qui fait peur, qui nous ostracise. Certes, les membres de la tribu ne sont pas seuls dans le squat, mais à quel point sont-ils réellement là, les uns pour les autres? Leurs différences les ont mis en marge de la société. Ils ont décidé de se regrouper, mais au final, ils sont aussi parfois jugés par leurs colocataires. Comme quoi la solitude, le rejet et la douleur qu’ils engendrent sont partout. Le seul salut est à l’intérieur de nous, voilà la clé. Cependant, qu’arrive-t-il quand on ne réussit pas à trouver cet endroit où l’on a le droit d’être? Si la mémoire nous manque, cela devient tout un défi.

Une lecture troublante sur les conséquences des traumas vécus dans l’enfance, sur la place qu’ont les gens différents dans notre société. Sur l’aspect ténu de la ligne entre la réalité et l'hallucination. Un roman qui reste avec nous bien après avoir tourné la dernière page.

La fille qui n’existait pas
Denis Thériault
XYZ Éditeurs
Collection Romanichels
22$

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