mercredi 8 août 2012

Quelque chose comme une odeur de printemps d'Annie-Claude Thériault : Une agréable découverte, malgré un bémol

Par La Bouquineuse Boulimique / Yannick Ollassa


Je l’ai souvent mentionné, j’aime découvrir de nouveaux auteurs. Je me laisse influencer par les couvertures, par le résumé de l’histoire ainsi que par les thèmes abordés. Le titre aussi. C’est la première chose qui m’a attirée du roman d’Annie-Claude Thériault. Ensuite, j’ai été interpelée par les sujets traités, soit la santé mentale, les relations familiales et amicales. Après ma lecture, je peux affirmer que mon intuition ne m’a pas trompée. J’ai été tout simplement charmée par la plume de l’auteur.

Béate est une adolescente qui vit dans une famille, disons, un peu particulière. Joachim, son frère aîné souffre vraisemblablement de schizophrénie. Elle juge que ses parents sont immatures, semblant fuir leurs responsabilités. Philomène, sa petite sœur très rationnelle, très logique, se dit qu’elle ne peut rien faire, donc elle s’en préoccupe plus ou moins, obnubilée qu’elle est par l’étude des truites. Béate est la seule qui semble voir qu’il y a un problème avec son frère et qui veut faire quelque chose.

Le premier roman d'Annie-Claude Thériault a comme trame de fond les relations. La maladie de Joachim ne tient qu’un rôle secondaire. Il est d’ailleurs dommage qu’elle ait si rapidement mis fin à la vie de Joachim. Cet accident règle la question de la schizophrénie de façon plutôt abrupte. Il y avait là un potentiel qui aurait gagné à être exploité davantage. Cette portion de l’histoire est avortée, comme si l’auteure ne savait pas tout à fait comment aborder la suite ou qu’elle ne voulait tout simplement pas y aller. Il est certain qu’un tel sujet est délicat, cependant, Annie-Claude Thériault en parlait de manière impeccable et il y aurait pu avoir au moins une vingtaine de pages de plus, afin d’explorer le processus diagnostic, l’apprivoisement et la gestion de la maladie.

La famille est un véritable creuset pour développer la psychologie des personnages et bâtir des situations complexes. De ce côté-là, c’est un sans-faute. Le personnage de Béate est très incarné, alors que celui de son frère, comme la majorité des gens vivant des problèmes de santé mentale, est très peu dans son corps et plus dans sa tête. C’est un beau contraste. Les relations qu’elle tisse avec Monsieur Pham, qui tient le dépanneur du coin et Mohamed, l’outre-mangeur sympathique, viennent colmater les failles de ses relations familiales. Toutefois, j’ai plus ou moins accroché à l’amitié qu’elle entretenait avec Wu. On ne la connaît que très peu et l’on se demande son rôle réel dans la vie de Béate. Qu’est-ce qui faisait que cette rapport était si fort que l’héroïne la cherche plusieurs années plus tard? Leur sentiment de solitude? D’être des énergumènes dans une faune étrangère? Oui, mais encore? On ne saisit pas de quelle substance cette amitié est constituée, ce qui contraste avec la description de ses liens avec Monsieur Pham.

Annie-Claude Thériault a une plume très sensuelle. On sent, on voit, on goûte! C’est une écriture travaillée, imagée. Il y a des passages savoureux, dont plusieurs sont doux-amers. J’ai particulièrement apprécié celui-ci :

« Ça sentait les fleurs. Ça embaumait l’iris, un parfum de jacinthe, une touche de rose et un soupçon de marguerite. Il faut me croire, on se serait crus au milieu d’un jardin de géraniums, entre un hibiscus et un petit jonc fleuri, sous un magnolia, à l’ombre d’un vinaigrier caché par des cèdres. J’aurais voulu être ici, encore. Rester ici, encore. Écouter mes parents raconter. Continuer d’aimer Joachim.
Quand je suis retournée à ma chambre, cette nuit-là, je pensais enfin pouvoir m’endormir facilement. Il y avait quelque chose d’apaisé en moi. J’ai pourtant eu l’impression que la mort et son odeur de gros tas de fumier puant rôdait toujours aux alentours. Comme une senteur bien incrustée dans l’épais tapis à poils vert caca d’oie de mes parents. Une odeur indélogeable, inévitable, indécrottable qui ne partira jamais, qui fera éternellement partie du décor. C’est donc avec cette pourriture-là “qu’il faut trouver une façon d’y arriver”?»

Cette lecture délicieuse n’est pas que pur divertissement. Elle soulève également certains questionnements. À quel point connaissons-nous nos proches? Que savons-nous réellement d’eux? On ne peut que se rendre à l’évidence suivante : nous ne saisissons qu’une partie de leur personnalité, il y a toujours des aspects cachés et nous n’avons tout au plus qu’une perception d’eux. Perception imparfaite, puisqu’elle est incomplète et influencée par nos filtres.

Je termine avec deux recommandations. À l’auteure : ne pas hésiter à pousser le sujet plus loin (maladie mentale). À vous, lecteurs, laissez-vous tenter! Je suis sûre que vous aimerez.

Mon appréciation : ***1/2 

Quelque chose comme une odeur de printemps
Annie-Claude Thériault
Les Éditions David
Papier : 21,95 $
Numérique : 16,50 $

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