jeudi 26 juillet 2012

Les champions de l'amour


Dans un petit roman qui ne paie pas de mine, Michèle Bazin explore les rouages de la prostitution.

Jessica a 17 ans et elle est une adolescente comme tant d’autres. Ses relations avec sa sœur, plus âgée, ainsi qu’avec sa mère sont tendues. Elles ne voient pas les choses de la même façon. Elles se chamaillent, se crêpent le chignon. Typique, quoi! Jusque-là, on est témoin de scènes du quotidien de toutes les maisonnées où se trouve une adolescente si proche de l’âge adulte. Les choses se corsent lorsque la mère de Jessica tombe fortuitement sur les factures de cartes de crédit de sa fille. Elle exige que celle-ci se trouve un emploi sur-le-champ. La jeune fille se soumet aux exigences de sa mère et déniche un boulot très lucratif. Celui d’hôtesse. C’est là que ça se gâte. Sa mère étant absente de la maison pour deux semaines, Jessica a toute la latitude pour commencer son travail sans que qui que ce soit soupçonne ce qu’elle fait vraiment.

Jessica s’engouffre dans le monde de la prostitution, emballée par les cadeaux et l’attention, ignorant cette petite voix qui indique que l’on est menacé. Elle rationalise les éléments de dangers pour se convaincre que tout va bien et ainsi se lancer à corps perdu dans cette nouvelle aventure. Terrassée par un violent coup de foudre pour Sam, son souteneur, elle fait ses premières armes un peu naïvement dans un bar à gaffe, lieu qui reçoit les hommes mariés ou en couple, les célibataires. Un bar où la «gaffe» d’être infidèle ou de payer pour des services sexuels est excusée.

Michèle Bazin décrit avec beaucoup de sensibilité et de justesse l’aspect psychologique et rationnel qui mène certaines filles vers la prostitution. Elle trace un portrait clair de ce milieu et des stratégies auxquelles ont recours les souteneurs  pour prendre le pouvoir sur leurs proies. D’autre part,  elle évoque, à travers Jessica, la nécessité d’exister ressentie pour l’être humain de même que le besoin qu’ont les femmes de se voir belle dans le regard de l’autre. Cet appel viscéral à plaire, à être aimée et considérée.

Les champions de l’amour, c’est un récit prenant où l’on fait corps avec le personnage principal. On partage chacune de ses émotions, de son exaltation à son désespoir. On se surprend à trouver Sam absolument séduisant et désirable (au début) bien que l’on sache exactement ce qu’il cache. La langue de Michèle Bazin est fluide. On coule dans l’histoire au même rythme que son héroïne. Cependant, j’ai une infime réserve. Le vocabulaire est parfois un peu trop recherché pour une jeune fille de 17 ans, particulièrement une qui dit que son vocabulaire n’est pas très étoffé et qui se moque de sa sœur qui utilise de grands mots. Puis, à environ 40 pages de la fin, on a l’impression que tout est un peu précipité. Que la prise de conscience est trop rapide, que l’auteur veut absolument nous laisser avec des informations, fort pertinentes, mais qui semblent un peu plaquées. Est-ce que cela nuit à l’appréciation de la lecture de façon globale? Pas du tout. Toutefois, on aurait aimé comprendre comment elle est arrivée à cette analyse sociologique de la problématique de la prostitution.

Un roman fort et dense en émotion écrit avec une simplicité telle que la lecture n’en est pas lourde malgré le sujet abordé. Il laisse le lecteur, le citoyen, devrais-je dire, avec des questionnements qui s’imposent. Plusieurs sociétés cherchent comment gérer la question de la prostitution. On légalise ou pas ? On criminalise l’acte de se procurer du sexe en échange d’argent, ou on continue à ne sévir que contre les travailleuses et travailleurs du sexe et leur proxénètes? 

Mon appréciation : *** 1/2 

Les champions de l’amour
Michèle Bazin
Stanké
Papier : 24,95 $
Epub : 19,99 $

 




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