vendredi 15 juin 2012

Une haine obsessive


J’haïs les bébés c’est une histoire sombre, très sombre. Celle de Vivianne qui fuit ses enfants à Noël, prétextant un voyage dans le sud. Cependant, ce n’est pas la réelle destination de son exil. Elle se retrouve en Gaspésie dans le gîte d’un ancien ami de cœur. C’est qu’elle s’est promis de ne plus jamais prendre l’avion, car il y a toujours, à leur bord, un ou des bébés qui pleurent. Or, il se trouve qu’elle hait les bébés. Elle ne les déteste pas, elle les hait avec une passion effrayante, qui est très bien rendue, dans toute son obsession maladive.

Vivianne a eu une vie très particulière. Son premier mari est mort, tout comme son deuxième. Le mari numéro un est mort naturellement, mais pas le numéro deux. Elle l’a tué. Jugée non criminellement responsable du meurtre, elle est placée « Là-bas » pendant une période de vingt ans. Son fils du premier mariage a été adopté, tout comme sa fille issue du deuxième mariage. Elle garde peu de contacts avec ceux-ci. Leurs relations sont très complexes. Et voilà que sa fille toxicomane de 22 ans doit donner naissance à un enfant durant la période des fêtes. Raison de plus pour fuir! Elle quitte donc Montréal, empruntant la Lada de sa voisine pour se rendre à Percé.

L’auteur à un don indéniable pour nous raconter des histoires macabres. Dans celle-ci, il en dose bien la progression. Dès le départ, c’est une longue descente dans l’enfer de la psychose. Vivianne a versé tous ses médicaments dans le réservoir de la voiture empruntée, prétextant qu’elle va bien et n’en a plus besoin. Un scénario souvent rencontré dans le cas de gens qui ont fait de longs séjours dans les instituts psychiatriques, et qui sont réintégrés dans la société, se trouvant alors plus ou moins (tendance moins) supervisés. Ils sont alors entraînés dans une telle spirale sans fin et sans pitié qui les ramène rapidement à perdre contact avec la réalité. Cette descente constante et progressive est habilement et subtilement décrite par François Barcelo. Au début, on n’est pas trop sûrs que ça ne tourne plus rond, mais plus Vivianne s’enfonce dans son délire et dans sa haine des bébés, on sait tout de suite que ça va très mal se terminer.

Un livre qui aborde de nombreux tabous, qui choque autant qu’il révolte le lecteur, à plusieurs niveaux. Malgré cela, il se lit d’une traite. Cela permet de ressentir toute l’horreur de ce dérapage incontrôlable.

Mon appréciation : *** ½ 


J'haïs les bébés
François Barcelo
Coups de tête
14,95$

2 commentaires:

  1. Oh là là, tu m'as donné le goût, malgré le fait que j'adore les bébés ! Mais remarque qu'un livre traitant d'une dame comme moi qui adore les bébés, ça serai pas mal moins palpitant.

    Tu m'as vraiment, mais vraiment donné le goût, l'auteur te doit un gros "Merci !"

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    1. L'histoire d'une femme qui aime les bébés demanderait beaucoup d'imagination pour créer une intrigue qui tient le lecteur, mais c'est faisable!

      Contente de t'avoir donné le goût!

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