vendredi 29 juin 2012

Portrait d'une Amérique engluée dans l'oisiveté où chacun lutte contre la part d'ombre en lui


La Floride. Mais pas la Floride des vacanciers, des palmiers et de la mer. Une Floride marécageuse à certains endroits, sèche ailleurs, dépouillée, démunie. Grise, sans éclat. Citrus County est loin de l’idée dont Shelby, 14 ans, se faisait, avant d’y déménager avec son père et sa petite sœur de 3 ans et demi. Toby, 14 ans également, vit chez son oncle Neal, éternel suicidaire après le décès de ses parents. Le jeune garçon est marqué par l’absence de contacts humains positifs et se rebelle. Monsieur Hibma, un faux professeur, se rebelle contre toutes les formes de règles qu’on lui impose. Il est résolu à ne pas devenir un vrai enseignant. Leur vie basculera lorsque l’un d’entre eux posera un geste grave.

Les personnages ont certains traits en commun. Ils ont tous été écorchés par la vie, paumés dans ce trou sans avenir. Les deux jeunes ont perdu un ou deux parents et sont plutôt laissés à eux-mêmes dans ce monde ingrat, dans une ville où il n’y a que médiocrité et limitations. Leurs tentatives pour s’en sortir sont freinées par l’enlèvement de la petite sœur de Shelby, Kaley. Par ailleurs, il y a aussi des ressemblances entre M. Hibma et Toby, qui sentent tous deux leurs démons intérieurs et croient ne pas être en mesure de le réprimer. Ils le perdront par moment, et le gagneront à d’autres. Lorsqu’il n’y a rien à faire, que la vie n’est que vide, oisiveté et ennui, on entend beaucoup plus ces élans intérieurs. Ils mèneront un combat quotidien, un jour étant convaincu qu’il est dans leur destinée d’être mauvais, puis un autre jour ils arrivent à croire qu’ils peuvent être simplement comme tout le monde.

C’est une histoire sur la gestion du bien et du mal que nous portons tous à l’intérieur. Gestion plus ou moins couronnée de succès, selon le moment et les circonstances de la vie. Un autre argument en faveur de l’importance de l’environnement de l’enfant dans son développement vers une vie adulte, si ce n’est pas heureuse, au moins normale.

Brandon dépeint une Amérique peu reluisante. On est ici très loin du rêve américain. C’est plutôt le portrait de ces banlieues où l’on a l’impression que le temps s’arrête. Et l’auteur fait très bien ressentir cette stagnation inhérente à cette communauté et le désir des personnages de s’en démarquer en bien ou en mal. Car la dernière option fait également partie des possibles afin de ne pas sombrer dans le marasme commun. Un marasme dans lequel le lecteur a la concrète impression d’être englué, comme les habitants de Citrus County. C’est long, c’est gluant, c’est lancinant. Après cette lecture, on n’a qu’une seule envie. Se mettre en action pour réaliser ses projets, pour surtout, surtout ne pas vivre dans notre propre Citrus County.

Mon appréciation *** ½

Citrus County
John Brandon
Éditions du Masque
29,95 $/20 €


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