lundi 11 juin 2012

Un admirable roman de Russell Banks


Dans un ouvrage audacieux, Russell Banks transporte le lecteur dans un univers en marge de la société par l’entremise de Kid, un jeune homme de 21 ans, qui a été reconnu coupable d’un délit sexuel, et d’un professeur d’université qui effectue des recherches sur les délinquants sexuels.

Ayant pour restriction de ne pas être à moins de 800 mètres de lieux où peuvent être présents des enfants, les délinquants sexuels n’ont que trois endroits où ils peuvent vivre, dans la petite ville de Calusa en Floride. Ces lieux sont : l’aéroport, le Grand Marais de Panzacola et sous le viaduc Claybourne. C’est dans ce dernier endroit que le Kid a choisi d’élire domicile. Il s’y trouve une petite société composée de gens « comme lui », du pédophile prédateur à l’exhibitionniste. Il apprend à y vivre de façon très rudimentaire, ne faisant confiance qu’à Iggy, son seul ami, un énorme iguane de 10 ans.

Banks prend le temps d’asseoir son personnage, d’en décrire l’environnement, la psychologie ainsi que son quotidien. Bien que le Kid ne soit pas un criminel crapuleux, l’auteur réussit à nous faire ressentir de la compassion pour ce délinquant sexuel. Le Kid est en effet très attachant. Enfant négligé et maltraité par une mère dépendante affective cherchant le réconfort dans les bras d’hommes – n’importe quels hommes –, il a dû apprendre à se débrouiller très jeune. Fréquemment témoin des ébats sexuels de sa mère, il s’est initié à la pornographie dès l’âge de 11 ans.

L'auteur a eu la délicatesse et le discernement de ne pas tomber dans des détails scabreux d’agressions. Ce n’est pas le point central de l’histoire, mais plutôt l’ostracisme, la solitude extrême, le désœuvrement, la stigmatisation. On constate, dans cette histoire, qu’il y a peu de place à la réhabilitation de la personne. Quoique dans ce cas très délicat, il y a un réel problème difficile à résoudre, puisqu’il est évident qu’il est hors de question que des délinquants sexuels puissent se trouver près d’enfants, mais  Calusa est faite de telle façon qu’il y en ait partout et que les anciens prisonniers rester dans les limites de la ville. De ce fait, ils peuvent difficilement trouver un emploi et se réhabiliter, au moins un petit peu. L’auteur dépeint une société désireuse de cacher les individus marginaux pour se faire croire qu’ils n’existent pas. Pourtant, ce faisant, elle augmente le danger qu’ils peuvent représenter, car ils sont dans une posture où ils risquent la récidive, ou le recours à d’autres types de méfaits.

C’est à une analyse sociologique de la pédophilie que se livre l’auteur. Il amène le lecteur à se questionner sur les notions de morale et de transmission de celle-ci. Pendant deux chapitres, il s’efforce subtilement à faire prendre conscience qu’il y a plusieurs perspectives à une réalité, qu’il ne faut pas se fier aux apparences. On connaît bien peu de la vraie nature des gens, de leur histoire, les composantes d’une situation.

Un admirable roman que nous offre Russell Banks, qui prouve une fois de plus l’exceptionnel romancier qu’il est.

Mon appréciation : ****

Lointain souvenir de la peau
Russell Banks
Actes Sud/Leméac
35,95$

1 commentaire:

  1. Mon mari est en train de le lire jusqu'aux petites heures du matin!! Après ce sera mon tour et j'ai hâte parce que je ne lis que de bons billets à son sujet!

    RépondreSupprimer