mercredi 2 mai 2012

Une femme avec personne dedans : Une lecture déstabilisante, mais qui pose d'excellentes questions

Chloé Delaume est connue pour ses œuvres d’autofiction. L’auteure qui dit appartenir au courant d’écriture expérimentale commet ici son 15e roman ou récit, qui s’intitule Une femme avec personne dedans.

On nous promettait une lecture déroutante. Eh bien! Le mot n’est pas faible. L’univers de Chloé Delaume est, certes, décontenançant. Mais, pour qui poursuit sa lecture au-delà du malaise, s’ouvre l’univers éclaté de l’auteur qui se veut hautement anticonformiste.

Le livre débute avec le suicide d’une fidèle lectrice de la narratrice. Isabelle Bordelin avait soumis un texte à Chloé Delaume — la narratrice. Ce texte s’avérait n’être autre chose qu’un pastiche, une copie d’un des romans de la narratrice. Delaume aborde ici l’identification des lecteurs à la narratrice, à l’auteure dans le cas de romans d’autofiction. Ce phénomène plus courant qu’on ne le croirait provoque ici une réflexion profonde quant aux responsabilités de l’auteure face à ceux qui les lisent, de même que ce besoin d’identification vécu par certaines personnes. Elle dépeint l’héroïne comme une carcasse vide que le lecteur investit. Cette réflexion est poussée plus loin lorsque la narratrice devient amoureuse d’Igor. Elle constate que dans l’amour, on perd une partie de son identité.

Une femme avec personne dedans est une critique de la société et de la culture du bonheur, qui selon l’auteure, rendent inévitablement plus malheureux qu’heureux. Elle remet en question toute norme, tout conformisme, comme l’obligation sociale qu’est le mariage. Elle s’y est pourtant soumise, afin d’entrer dans les normes. Au bout d’un moment, n’y tenant plus, elle a quitté son mari. Le célibat serait-il la seule façon de préserver son intégrité et de garder son identité intacte? Est-il possible de sauvegarder son identité, puisque le lecteur se fond aux personnages? Telles sont les questions que pose Chloé Delaume.

Le roman s’adresse résolument au lecteur averti et à l’aise avec un style d’écriture expérimental, ressemblant un peu comme l’écriture automatique des surréalistes. Il est parfois difficile de suivre le raisonnement de Delaume. Il faut vraiment s’y plonger avec concentration pour saisir tous les jeux de langages et les messages sous-jacents.
De plus, les thématiques sont sombres, à la rigueur macabres.

Autre touche d’originalité, le lecteur choisit sa fin selon les réponses qu’il aura données à un test. Ce test servant à déterminer quel type de personnalité il a et à le diriger ensuite vers la fin qui lui siéra le plus. Cela fait un peu penser aux séries de livres « dont vous êtes le héro ».

Mon appréciation : ***

Une femme avec personne dedans
Chloé Delaume
Les Éditions du Seuil

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