mardi 3 avril 2012

Rencontre avec Michel Jean





Disponible en librairie depuis le 28 mars 2012, le quatrième livre de Michel Jean, Elle et nous, est l’œuvre d’un auteur et d’une personne résolument assumés. Il y retrace la vie de sa grand-mère, d’origines innues et irlandaises, y raconte le quotidien de ce peuple de nomade au début du siècle dernier. Il ponctue son histoire de son processus de questionnement quant à ces racines, questionnement intensifié lorsque, aux funérailles de sa grand-mère, une cousine lui a dit cette toute petite phrase : « Michel, l’Indien tu l’as en toi ! »

Crédit photo : Groupe Librex

Deux jours avant le lancement, j’ai rencontré Michel Jean pour lui en parler. C’est un homme occupé, entre une session de photo et une entrevue télévisée, qui s’est présenté devant moi, paré à répondre à mes questions. Il s’est adonné à l’exercice avec une grande générosité. Pendant plus d’une heure, nous avons discuté de Elle et nous.

Il s’avoue un peu fébrile, presque deux ans après que l’idée du récit ait germé en lui. Deux années de recherche et d’écriture. Jusqu’à maintenant, les commentaires sont très positifs. Malgré tout, il révèle que chaque fois qu’il écrit, il a peur que ça n’intéresse personne. Tout repose sur une question. Est-ce que l’histoire va toucher les gens ? Dans ce cas particulier, une interrogation s’ajoute : comment le livre sera-t-il reçu à Mashteuiatsh, où la communauté innue à laquelle appartenait sa grand-mère organise un événement le 21 avril prochain pour célébrer la sortie d’ Elle et nous ?

Crédit photo : Groupe Librex
À l’origine de Elle et nous, une phrase : « L’Indien, Michel, tu l’as en toi ». Prononcés par sa cousine, lors des funérailles de son aïeule, ces mots ont longtemps mijoté dans la tête de Michel Jean. Il a eu envie de partager le fruit de ses recherches et de raconter la vie des Innus au début du siècle. Ce qui est publié comme un récit était à l’origine un roman, pour l’auteur. « C’est un récit avec de la fiction dedans. Je ne me suis pas senti pris à respecter  absolument les faits. J’ai pris certaines libertés créatives, notamment la vraie date de naissance de ma grand-mère n’est pas identique à celle dans le récit, son ordre dans la famille n’est pas le même, mais l’essentiel est là. D’autre part, la scène de la tente tremblante s’est réellement passée. Elle est consignée dans un livre que je mentionne dans la bibliographie. Je ne voulais pas faire une biographie de ma grand-mère, mais raconter une histoire. J’aurais pu le faire avec d’autres noms, mais j’ai décidé de le faire avec les vrais noms. Je l’assume. Je le fais parce que ça ajoute au récit. Ce qui compte c’est le propos, c’est raconter une histoire qui va toucher le lecteur. Quand j’écris, c’est ce que je vise. » Fier de ses origines, ce périple dans la vie de sa grand-mère et de la communauté innue à laquelle elle appartenait lui a fait découvrir que malgré l’intérêt et la curiosité qu’il a toujours manifestés sur ses ascendances, il en connaissait bien peu. Ses recherches lui ont révélé une part de lui, qu’il reconnaît aujourd’hui comme Indien et qu’il assume encore plus qu’avant. Pour lui, ce sentiment d’appartenance est d’abord culturel et sentimental.


Crédit photo : Groupe Librex
Il note dans le livre qu’on tolère plus facilement le racisme envers les Indiens. Selon lui, c’est en raison du fait que le statut d’Indien est perçu comme étant un privilège, celui de ne pas payer de taxe, etc. « Dans les faits, ils n’en ont pas de privilèges. À l’époque, où ils ont coupé le bois qui longeait la rivière Péribonka, ils l’ont fait sans demander aux Innus ce qu’ils en pensaient, ils leur ont donné de l’argent et leur ont dit d’aller vivre à Pointe-Bleue. Être dépossédé de son mode de vie, de son territoire, ce n’est pas un privilège » dit celui qui précise qu’il paie des taxes, même s’il est Indien. Son prochain livre portera d’ailleurs sur les suites de la déforestation de ces terres à voir la passion avec laquelle il en parle, ça donne envie de le lire. Tout comme le présent ouvrage, ce sera toujours du point de vue de l’histoire de ces gens et non d’un point de vue politique qu’il l’écrira.

Malgré qu’il se considère de prime abord comme un journaliste, profession qui exige de traiter un sujet sous un angle précis, l’auteur lui, se garde toute la latitude pour les aborder  sous la facette qui l’intéresse le plus. « Dans mes livres, je ne fais aucun compromis. Je veux faire des histoires sur lesquelles je pense que j’ai quelque chose à dire, des choses qui vont toucher les gens. Premièrement, il faut que ce soit important pour moi. Je n’écris pas, je ne fais pas de choix en fonction de moi. C’est une démarche personnelle. » Le saut à l’écriture de fiction, il l’a fait après avoir écrit deux premiers livres, un d’intérêt public et l’autre un récit de son parcours comme envoyé spécial. Convaincu depuis un très jeune âge qu’il serait écrivain, il a été heureux de faire une transition entre les deux styles d’écritures. Sans ces deux premiers livres, il ne sait pas s’il aurait pu plonger directement dans la fiction. Ça été un travail d’apprivoisement qui se peaufine d’œuvre en œuvre.  

Au moment de publier cet article, le lancement avait eu lieu dans la salle bondée du restaurant L’Autre Version, dans le Vieux-Montréal. Famille, collègues, amis et contacts Facebook sont venus nombreux pour célébrer la sortie du récit. Sa grand-mère en serait sûrement surprise, mais bien certainement heureuse.


Ma chronique sur Elle et nous.



Crédit photo : Groupe Librex
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