mardi 10 avril 2012

Martine à la plage : loin des livres de mon enfance !

Martine à la plage était à l’origine une pièce de théâtre produite par la compagnie de théâtre de Simon Boulerice, Abat-Jour Théâtre, en 2010. Le roman aujourd’hui publié chez les éditions La Mèche est ponctué des illustrations de Luc Paradis, qui compensent d’une certaine manière l’aspect visuel perdu lors de la transposition de la pièce de théâtre au média papier.


Je ne savais pas à quoi m’attendre en tournant la première page du livre. Je me suis rapidement rendu compte qu’on était à des lieux de la Martine que j’ai connue étant enfant.
On entre dans l’univers fantasmagorique de Martine Racra, quinze ans, qui vit en banlieue avec son père. La jeune fille s’ennuie à mourir alors que de nouveaux voisins emménagent dans la maison juste à côté. Elle devient instantanément amoureuse de Marcel Gilbert, un optométriste albinos.

Martine, qui voit les fantômes de Jane Mansfield et de Karen Carpenter dans l’angle mort de ses lunettes, multiplie les efforts pour charmer Gilbert. Elle passe son temps dans la piscine hors terre des Gilbert. Prête à tout pour séduire l’homme, elle se ruine la vue, juste pour qu’il la reçoive dans son cabinet d’optométriste où ils peuvent enfin être seuls. L’homme alimente la passion de la jeune fille en l’appelant « ma jolie », inconscient des conséquences que cela aura sur leurs vies. La passion obsessive de Martine aura des conséquences tragiques.

Cette œuvre est une variation sur le thème archétypal de la Lolita. Au-delà de la pulsion libidineuse de la jeunette, c’est soif d’attention, de contact humain qu’elle tente de combler auprès de cet homme. Le père de Martine est aussi fantomatique que ses visions de Jane Mansfield et Karen Carpenter. On en vient à se demander s’il existe vraiment.

Dans Martine à la plage, l’expression « ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle » prend tout son sens. L’histoire de Martine semble légère, typique au départ. Mais son obsession devient rapidement maladive. Le propos est beaucoup plus grave que les mots utilisés. C’est un livre qui n’est pas à prendre au premier degré, même si ce premier degré parle déjà beaucoup. Il faut aller plus loin et se questionner sur cette génération d’enfants qui se retrouvent abandonnés. Leurs parents faisant trop souvent figure d’hôteliers et de banquiers. Cette génération qui ne manque de rien, sauf d’affection, de contacts significatifs avec leurs parents.

La progression du délire est constante et soutenue. La spirale entraînant Martine vers la folie est bien définie. On est happé par le récit et on ne peut détacher notre regard de ce qui se passe sous nos yeux, comme hypnotisés, fascinés. On sait que ça terminera mal, mais on ne sait comment.

Simon Boulerice a le talent génial d’écrire le tragique de façon légère, sans minimiser le propos. C’est une étrange sensation, car on joue sur deux niveaux en même temps, dans des registres tout à fait aux antipodes, et c’est réussi avec brio. Quel équilibriste! Je dois avouer que j’ai été agréablement surprise par ce livre, qui, de prime abord, ne me disait pas grand-chose. Comme quoi il ne faut pas toujours se fier qu’à la couverture d’un livre pour le choisir.

Mon appréciation *** ½

Martine à la plage
Simon Boulerice
Illustrations Luc Paradis
Les Éditions La mèche


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