mardi 6 mars 2012

Polisse : un sujet digne d'intérêt, un traitement acceptable et une fin décevante

Il y a longtemps que je vous ai parlé d’un film. Hier, j’ai regardé Polisse. Je l’attendais depuis que j’en ai vu l’affiche publicitaire à Paris, il y a plusieurs semaines.

Écrit et réalisé par Maïwenn, il relate le quotidien de la Brigade de protection des mineurs à Paris, plus spécifiquement dans le 19e arrondissement. Le ministère de l’Intérieur mandate une photographe afin de constituer un livre sur la brigade. Elle intègre tant bien que mal cette équipe hétéroclite, mais serrée, dont certains membres ont du mal à se faire à sa présence.

Pour ces policiers, chaque jour se compose de traque de pédophiles, interrogatoires de parents soupçonnés de maltraitance, d’enfants victimes de violence, d’inceste, ceux qui se prostituent, qui se livrent à des vols et autres larcins.

Certains ont comparé ce film à 19-2, la série diffusée sur les ondes de Radio-Canada. En fait, c’est un peu un amalgame de cette émission et de Law and order – SVU (Special Victim Unit), qui s’occupent des crimes perpétrés sur des mineurs, mais à la sauce française.

On nous décrit les dures réalités de ces policiers qui finissent à un moment ou à un autre par crouler sous la pression. La frustration, le stress, l’attente et l’impuissance font partie de leur lot. Ils tentent néanmoins de former une équipe avec leurs partenaires de travail. La chose n’est pas aisée dans un tel cadre et parfois, les tensions explosent. Que ce soit lors d’engueulades musclées, voire physiques, ou lors de soirées entre collègues où ils sortent en danser pour exorciser les démons qui leur tournent autour pareils à des vautours. Le tout donne lieu à des passages déchirants, émouvants, et à quelques sourires, notamment quand les confrères sont pris d’un fou rire à un très mauvais moment.

La réalisation de Maïwen est en général adéquate, mais sans plus. Des scènes superflues, d’autres trop longues, par exemple lorsque le groupe est en boîte. Cette séquence très pertinente finit par perdre l’intérêt du spectateur par sa durée interminable. En plus, la fin m’a un peu déçue. Pas ce qui survient, mais plutôt que l’on décide de clore là-dessus, de cette façon « spectaculaire » et d’une facilité quasi impardonnable. Bien sûr, on sait que cela arrive. Évidemment. Mais là, comme ça, à ce moment-là, on n’y croit pas.

Toutefois, je salue l’approche qu’elle a choisie. Le point focal du film n’est pas tant les méfaits que les policiers eux-mêmes. On aborde forcément les crimes, cependant ils sont secondaires. On est devant des gens comme nous, qui sont touchés de multiples façons par ce qu’ils voient chaque jour. L’humanisme des personnages est troublant. Ils tentent de mener des vies normales et équilibrées, malgré la dure réalité de leur travail. Les carapaces qu’ils se forgent pour faire face aux agresseurs et pire, aux enfants, sont craquelées de partout. On constate que le mal s’immisce dans leurs vies personnelles, dans leur tête et qu’ils ne seront plus jamais les mêmes. On est bien au-delà du simple cynisme.

J’ai trouvé assez insupportable l’attitude des policiers lorsqu’ils interrogent une mère qui vient dénoncer son mari, ou encore avec les jeunes filles qui troquent leur corps pour des objets ou des services. Ils avaient la même façon d’agir qu’avec les agresseurs et, malgré que cela se puisse parfois, l’individu et l’ancienne intervenante auprès des victimes d’agressions sexuelles que je suis ont été outrés de ce traitement.

Bref, Polisse est un film humain, bouleversant, frustrant, dérangeant.J'en sors néanmoins un peu déçu. Peut-être mes attentes étaient-elles trop élevées

Mon appréciation : ***


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire