mercredi 7 mars 2012

Coma : l'art du flou

Un roman enveloppant de mystère qui, en finale, transporte le lecteur jusqu’au cœur de lui-même.

Kikuchi Satô fuit le Japon après avoir été agressé par sa copine Ayako, qui a tenté de se suicider après s’en être pris à lui. Résolu à ne plus retourner au Japon, il se résigne cependant à quitter la Chine, où il s’est réfugié, après avoir reçu un appel étrange de la mère d’Ayako qui souhaite lui confier la mission de la réveiller du coma dans lequel elle est depuis son geste désespéré. Une fois sur place, il est plongé dans un univers où les identités sont floues. Il y trouvera peut-être réponse à ses propres questionnements existentiels.   

C’est une intrigante histoire que celle présentée par François Gilbert dans son premier roman. On évolue dans un inconfort constant, un certain malaise.  Que ce soit face aux relations, à la quête identitaire, aux deuils à faire. Dès les premières lignes, on est entraîné dans ce monde étrange ou tout est flottement… Les liens qu’entretiennent les personnages entre eux sont toutes ambigües. Il n’y en a pas une qui y échappe. D’ailleurs chacun d’entre eux a un sens de soi assez vacillant. Plusieurs d’entre eux jouent à entrer dans la peau d’un autre qu’ils créent de toutes pièces ou qu’ils copient. Ils portent des masques pour répondre à ce que les autres attendent de nous, pour ne pas être blessés ou pour se donner un courage que l’on est convaincu ne pas posséder. Cette quête identitaire peut avoir lieu quel que soit l’âge, selon le cheminement et les circonstances de la vie.

On pourrait croire qu’il est étrange que Satô ait décidé de s’exiler en Chine alors qu’il a si soif d’être accepté, de faire partie d’un groupe, d’être comme les autres. Mais son malaise était si grand qu’il ne pouvait vivre où que ce soit au Japon, sans que cela lui rappelle constamment ce qu’il lui est arrivé là-bas. De plus, victime du sentiment d’être à part depuis tout jeune, cherchant à être accepté, Sakô reportait sur eux la responsabilité de lui dire qui il est réellement. Croyant qu’en quittant son entourage, son ancienne vie, il pourrait recommencer sur de nouvelles bases et ainsi dissiper son mal-être. Il s’intègre tranquillement à l’équipe de l’hôtel où il vit. Au départ, il ne réussit pas facilement à s’insérer à une bande, mais suite à l’application de certaines observations faites auparavant, il arrive à se tailler une place où il est accueilli tel qu’il le souhaitait. Cependant, un malaise renaît au contact de la mère d’Ayako.

Tout au long de la lecture, on se questionne sur ce qui aurait bien pu pousser Ayako à vouloir attaquer Satô et ensuite s’enlever la vie? Certes, leur relation était particulière et la jeune femme était passablement troublée. On en aperçoit quelques bribes par-ci par-là, mais rien ne permet de se faire une idée hors de tout doute. Jusqu’à la toute fin, mené à cette information au gré des réflexions de Satô.

Un texte court au rythme est lent, presque langoureux, qui nous maintient dans un constant flottement. Témoin de la valse-hésitation entre l’intérieur et l’extérieur, cette recherche d’harmonisation entre les deux. La voie vers celle-ci est simplement de faire la lumière sur qui l’on est réellement, de pouvoir répondre à la question qu’a posée Ayako avant qu’elle agresse Satô. Ensuite, cela pourra se refléter à l’entourage. Mais la crainte de ce que l’on trouvera en fait rebrousser de chemin plus d’un. L’écriture est d’une grande efficacité et fait ressortir la beauté crue des personnages. On est absolument charmé par la prose de François Gilbert et l’on en redemande!

Coma
François Gilbert
Leméac

Mon appréciation : **** 


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