lundi 6 février 2012

Les descendants : un drame sans mélodrame


Cette touchante histoire de Kaui Hart Hemmings a récemment été adaptée pour le cinéma par Alexander Payne. Le film a été récompensé aux Golden Globes, remportant les prix du meilleur film dramatique et du meilleur acteur dramatique. Il est également en nomination aux Oscars pour le meilleur film.



La vie de Matt King et de ses proches se trouve bouleversée lorsque sa femme, victime d’un accident de hors-bord, est plongée dans un profond coma irréversible. Devant respecter les volontés de celle qu’il aime, toute assistance médicale, il décide de contacter la famille et leurs amis intimes pour les informer afin qu’ils puissent venir lui faire leurs adieux. En cours de démarches, il découvre que son épouse lui a été infidèle et part à la recherche de l’homme pour qui elle prévoyait le quitter pour de lui annoncer la nouvelle. Il s’acquitte de cette tâche à la fois avec un trouble compréhensif et un certain détachement. Il tente de mettre de côté ses sentiments pour poser ce qu’il croit être les meilleures actions. Il essaie de faire face à la trahison de sa femme, qui carburait à l’adrénaline et aux sports extrêmes, qui voulait vivre à 100 miles à l’heure et qui se mourait dans cette relation où elle se sentait seule.

Tout au long de ses démarches, Matt s’appuie sur ses filles et sur l’ami de la plus vieille. Il doit prendre les responsabilités parentales qu’il a reportées sur Joanie il y  a de nombreuses années. Il ne s’est jamais posé de question, que ce soit sur leur éducation, leur habillement ou les conflits entre elles. Il a toujours tout relégué à sa conjointe et s’est dévoué à sa carrière d’avocat. Malgré sa bonne volonté, on sent très bien son combat pour se rapprocher de ses filles. Il apprivoise tranquillement les relations, mais pas totalement, ce qui est réaliste, car il est impossible de le faire aussi rapidement. L’auteure a donc évité de tomber dans cette espèce de fin trop hollywoodienne, quoiqu’il y en ait quelques odeurs.


Les personnages sont justement décrits, tout à fait crédibles. L’écriture est empreinte d’une sensibilité, sans être chargée émotivement. Elle qui traduit cependant adéquatement la difficulté du père à reprendre contact avec ses enfants dont il se rend compte qu’il ne connaît rien. Complètement dépourvu devant cette situation, il ne sait que faire, habitué à reléguer la majeure partie de ces responsabilités à son épouse. Toutefois, il se relève et fait preuve de résilience et de détermination devant chaque obstacle.

Kaui Hart Hemmings aborde de sérieux
sujets de façon adroite, voire prudente. Le ton est juste, sans mélodrame, ponctué d’un peu d’humour, notamment lorsque Matt tente d’alléger l’atmosphère ou quand une de ses filles fait une bêtise. 
Il est émouvant de constater la difficulté de chacun à apprivoiser la situation, de voir la petite de dix ans qu’on tient dans le noir et qui sent bien que quelque chose ne va pas et qui affiche des troubles du comportement secondaires à l’accident de Joanie. Cette femme, que l’on apprend à connaître, et qui n’est pas nécessairement aussi sympathique et parfaite que l’on peut le croire au départ. 


C’est l'histoire d'un drame familial, des liens que l’on crée plus difficilement avec les membres de celle-ci, vivant parfois des vies parallèles. Malheureusement, l’humain a trop souvent besoin d’un drame, d’un choc brutal pour réaliser que ce qu’il y a de plus important est la santé et les rapports avec nos proches. Cependant, la réconciliation ne se fait pas de façon magique. L’auteure le traduit d’ailleurs très bien et c’est tout à l’honneur de décrire les efforts de Matt pour rétablir sa relation avec ses enfants. Ses tentatives qui sont parfois rejetées par sa fille de 18 ans, puisqu’elle ne peut tout oublier instantanément l’absence de son père et sa non-intervention lorsque sa mère l’a envoyé vivre en pension.
Un roman qui fait réfléchir, sans tomber dans des recettes toutes faites ni ton moralisateur, ce qui en aurait diminué grandement l’efficacité. Un bon moment de lecture.


Mon appréciation : *** 1/2  
Les descendants
Kaui Hart Hemmings
Éditions Jacqueline Chambon / Acte Sud
304 pages

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