vendredi 24 février 2012

Contempler sa vie


Le sujet est simple. Condamné à mort, un auteur rédige ses dernières réflexions sur la vie. C’est tout. En fait, c’est simple, mais pas tant que ça.

Lire Jean-François Beauchemin, c’est aussi faire un long voyage en soi-même. Il force l’introspection sur certaines questions que l’on n’a pas l’habitude de s’arrêter, trop pris par la frénésie du quotidien. Cette pause est salutaire, même si elle peut être difficile par moment. Mais cela se fait graduellement. D’une part, parce que la mise en place du roman était peut-être un peu lente, qu’il faut persister pour accrocher, et d’autre part, parce que l’auteur a une façon pédagogique d’écrire. J’entends ici qu’il nous présente les éléments les uns après les autres, s’étant auparavant assuré que nous avions bien saisi sa conception du précédent. On apprécie les courts chapitres qui permettent de faire une pause et favorisent la réflexion et l’assimilation.

Comme l’annonce le titre, la vie est le fruit du hasard et de la volonté. Loin d’être adepte de fatalisme, l’auteur croit que l’être humain a un certain pouvoir sur son existence. C’est-à-dire que le hasard présente des évènements sur notre chemin, mais selon notre volonté, nous pouvons en modifier le cours ou les conséquences. Il a également une façon agréable de décrire les choses.

C’est un livre sur la dualité. Tout au long de sa réflexion, il oppose le passé et le futur. Le temps qui court et la patience à développer. Selon lui, l’âme ne porte pas seulement l’empreinte du passé, mais aussi le germe du futur. Elle serait « un fragment d’éternité ». Ensuite, on dénote un contraste entre la spiritualité et cette vision scientifique qu’affiche l’auteur, notamment sur la mort. L’être humain est donc en constant combat. En quête de sens, d’explication à ce qu’il ne comprend pas, ne maîtrise pas. Or, la mort est un de ces sujets qui soulève beaucoup d’interrogation, puisque personne ne peut dire de façon sûre, ce qu’il advient après.

On retrouve également une omniprésence du ciel étoilé, auquel l’auteur se raccroche, tel le lien principal à l’univers. Puis il y a l’amour. Cet amour qui transcende tout. Celui qu’il porte à sa conjointe. Un sentiment que le temps ne fait qu’affermir et qui fait figure de soutènement à son existence.

Malgré la prévisibilité des thèmes abordés, Jean-François Beauchemin s’est gardé de tomber dans le piège des épanchements, dans le sentimentalisme et tous clichés du genre. Le texte n’en est pas pour autant un discours savant. C’est beaucoup plus lumineux que ce  qu’on aurait pu l’anticiper, et c’est une des forces de cet ouvrage. Bien qu’on ait parfois l’impression que tout est trop parfait, que le narrateur est trop « zen », qu’on attend longtemps pour connaître pour quel crime on l’a condamné et que lorsqu’on l’apprend, on est un peu incrédule, cette exploration de l’amour, de la mort, du deuil et de la maladie, que l’auteur appelle son « autobiographie intérieure », est intéressante. Un roman allégorique qui nous plonge dans une profonde réflexion. Juste pour ça, ça vaut le coût. Une pause que l’on s’offre comme un cadeau.

Mon appréciation : *** 1/2

Le Hasard et la volonté
Jan-François Beauchemin
Québec Amérique


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