mardi 21 février 2012

Charlotte before Christ, un roman qui décape!


Charlotte before Christ, le premier roman d’Alexandre Soublières, ne laissera certes personne indifférent. Un ouvrage qui suscite des passions.

En bref, c’est l’histoire de deux jeunes amochés qui forment un couple déchiré, tiraillé… Sacha, provenant d’un milieu aisé, étudiant en biologie, atteint d’une forme d’arthrite parfois incapacitante, s’éprend de Charlotte, une demoiselle particulièrement troublée, qui aspire à la liberté.

Sacha et ses copains gosses de riches sont résolument désoeuvrés et un brin narcissiques. Ne jurant que par les Griffes, la porno, la drogue, les jeux vidéos, la musique, les films, la télé, Internet et le plus important à leurs yeux de garçons du début de la vingtaine, à en croire ce qu’on lit : le sexe! Hé oui! Ça sacre, ça baise, ça se dope, ça cause franglais et malmène le français quand ils l’utilisent.

On vogue selon la pensée de Sacha. D’un élément à l’autre, dans son monde imagé.  Au gré de ses divagations, devrait-on dire, car on sent une attention de courte durée. En effet, puisqu’il fait du coq à l’âne, le Sacha. Heureusement, on réussit généralement à le suivre.  Et, au travers son discours, l’auteur a parsemé des extraits d’un document qui s’appelle le BB. Qu’est-ce que le BB, on ne le découvrira que vers la fin. N’empêche que ça nous intrigue! 

De tout le texte ressort un certain mal-être typique aux jeunes adultes. Vous savez, cette quête d’amour, du sens et de sa place dans la vie? Ça se manifeste par l’autodestruction pour peut-être mieux se reconstruire après, s’ils en ont la chance. Leur existence tourne autour du sexe et de la drague. Ils utilisent les réseaux sociaux pour entamer des contacts, moyen préféré pour entrer en communication et supprimer la gêne des premiers rendez-vous. Tout se fait dans un quasi-anonymat.

Puis il y a ces « partys » qu’ils organisent dans les maisons de gens qui sont en vacances. Ils y boivent, consomment de la drogue, saccagent ce qu’ils trouvent. Ils recherchent du plaisir, quoi!

Ce qui frappe également dans le texte, c’est que Sacha vit sa vie comme au cinéma, voit tout comme des séquences de film et va jusqu’à employer des répliques tout droit sorties du grand écran pour marquer les évènements. Il prise tant sa relation avec Charlotte, qu’il aime, mais qui est si perturbée qu’il scénarise leurs interactions et les enregistre avec caméra.

Charlotte before Christ, c’est d’un trash cultivé. Quand même, on parle d’enfants issus d’un milieu aisé, mis à part Charlotte elle-même. Je me suis particulièrement marrée lorsque Sacha fait l’analyse et la critique des cafés glacés! Leur composition, leur viscosité, leur goût, etc., tout y passe comme s’il s’agissait d’un film, d’une œuvre littéraire ou tout autre travail d’artiste. Sinon, c’est vulgaire et certains diront que c’est un tantinet misogyne, en raison du regard réduisant les jeunes femmes principalement à des objets sexuels, au même titre que n’importe quel élément de leur univers.

Soublière ne se questionne pas sur les raisons des comportements de cette génération. Ce n’est pas le propos du livre.  Il en fait en quelque sorte l’état des lieux. La préoccupation centrale est la quête d’amour et de la conservation de celui-ci, qu’il soit de soi ou de l’autre. Le reste autour, ce n’est qu’ambiance.

Un roman qui décape, dans la lignée des Mile-End Stories de Pierre-Marc Drouin, La Solde d’Eric McComber, notamment.


Mon appréciation : ***

Charlotte before Christ de Alexandre Soublière
Les éditions du Boréal
224 pages
ISBN : 978-2-7646-2154-7
Janvier 2012


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