mardi 14 février 2012

Affligeante passion


Dans son troisième roman Martine Delvaux  fait la démonstration de façon probante que qui donne aveuglément en amour, qui risque tout, perd... parfois tout.

Une femme rencontre un homme lors d’un séjour en Italie. Elle vient de Montréal, lui de Tchéquie. Une passion brûlante naît entre eux et il déménage à Montréal pour marier sa belle, afin de vivre heureux et d’avoir beaucoup d’enfants. Malheureusement, ces rêves ne deviendront pas réalité. L’ardeur de ses sentiments a consumé la dame et le choc culturel a repoussé l’homme dans ses derniers retranchements. Incapable de s’adapter, il retournera dans son pays et elle en profitera pour mettre fin à cette relation malgré l’attachement qu’elle ressent pour lui. En fait, c’est plus qu’un simple sentiment amoureux, c’est une dépendance malsaine.

Ayant du mal à vivre la rupture, elle décide d’écrire une longue lettre à son ancien mari pour lui expliquer pourquoi, bien qu’il ait choisi de rentrer dans son pays d’origine, elle s’est résolue à le quitter. C’est une histoire de séparation parmi tant d’autres. Une passion obsessive qui est devenue destructrice.
C’est le récit d’un amour tourmenté, d’un rapport sous le signe du contrôle.

Cette femme se consume littéralement pour un homme qui le lui rend de façon inadéquate. Elle cherche une solution à sa peine d’amour extérieur à elle, mais elle ne trouve bien évidemment pas, parce que les moyens de régler la situation sont toujours intérieurs. Elle doit se livrer à un exorcisme afin de retrouver l’espace qui est à elle, l’affection qu’elle se doit à elle-même, le sens de qui elle est. On a droit au cliché de la femme qui croit pouvoir changer ou sauver son compagnon par la seule force de ses sentiments pour lui. Cet homme lui voue un profond mépris qui s’exprime par une critique injustifiée du pays, des habitants, des lieux, pour mieux atteindre celle avec qui il vit. Pour lui saper toute confiance et assurer son contrôle sur elle.

Un exemple :

« Toi dont je ne pouvais jamais savoir, quand tu parlais, si c’était de quelqu’un d’autre ou de toi, dans cette confusion permanente que tu opérais. Rien n’était clair ou assuré. Tu me voyais comme dans un miroir, j’étais devenue ton reflet.»

Le roman est rédigé comme une longue lettre d’adieu, mais également de vengeance. La dernière arme qu’elle a contre lui, la seule chose qu’il ne pourra contrôler. On a la nette impression que cela a été écrit à chaud. Il n’y a pas de recul,  pas de détachement nécessaire à la compréhension de la dynamique relationnelle et de sa part dans leur histoire.  C’est la raison de la puissance des émotions qui nous sont livrées ici. Ce n’est que sa version de faits, filtrés par la colère, la rage, issue de la souffrance.

De prime abord un peu agaçante, l’attitude de victime qu’elle affiche révèle, notamment, que cette correspondance est écrite sans s’être distancié de la situation. On saisi aussi qu’il lui est indispensable de lui faire porter tous les torts pour s’en détacher. Elle est trop folle de lui pour se séparer, elle a donc besoin de lui en vouloir pour essayer de se libérer de lui. Ce n’est certes pas un livre à prendre au premier degré, primo, il deviendrait désagréable, secundo, on raterait les messages sous-jacents sur les dangers de l’amour-fusion, de l’inégalité entre les partenaires, de la négation totale de soi pour donner tout l’espace en soi à l’autre, de la nécessité de s’aimer et d’une myriade de clichés usés, snobés, mais vrais.

Pour ajouter de la force à son récit, l’auteure utilise fréquemment des références à des évènements historiques et à des couples mythiques. Comme si le personnage avait besoin de comparer. Comme si tout avait lieu dans un monde imaginaire, dans le passé, mais surtout pas dans la réalité du présent. En fait, elle le fait plus pour essayer de comprendre que pour expliquer. Ces renvois nous illustrent que l’on n’est pas les seuls à vivre ces phénomènes. On n’est pas sûre qu’ils cherchent à exprimer un cynisme ou une vérité. C’est parfois trop et un peu lourd par moment. Par ailleurs, on voit que l’auteure a une fabuleuse culture.

Tout au long du livre, il y a des phrases qui nous secouent, qui nous portent à réfléchir, bref, qui sont d’une éloquence.

« Il y avait de toi, ici, et de moi. Rome est le vestige d'un royaume et de sa chute. (pour illustrer l’état de leur relation)
 Ou :
“L’amour était devenu un syndrome de Stockholm.”

Sans parler des deux derniers paragraphes, qui sont jubilatoires! 

Une histoire éloquente sur la brûlure issue de toute passion démesurée.

Mon appréciation : ***

Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage de Martine Delvaux
[ HÉLIOTROPE ]
Février 2012
176 pages
ISBN : 9782923511733



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