dimanche 29 mai 2011

La réparation de Katia Gagnon, chez Boréal

La réparation

Katia Gagnon

Boréal

208 pages

http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/reparation-1883.html

Katia Gagnon n'en est pas à ses premières armes en rédaction, maintenant directrice des informations générales au quotidien La Presse, après y avoir travaillé comme journaliste et éditorialiste. Elle a d’ailleurs eu le mandat de rédiger des reportages sur les sujets sociaux pour le compte de ce même journal. Elle signe aujourd’hui son premier roman, La réparation, qui porte sur l’intimidation.

Victime d’inlassables bourreaux, Sarah Michaud se suicide après avoir subi des années d’intimidation. Marie Dumais, journaliste à La Nouvelle est saisie de l’affaire et se rend dans le petit village afin de rédiger quelques papiers sur les évènements entourant ce suicide.

L’intrigue est bien menée quoique l’intensité n’en soit pas telle que dans un polar. Cela n’aurait d’ailleurs pas été indiqué, car le propos du livre n’est pas de tenir le lecteur en haleine, mais plutôt de rendre compte de la problématique et de tout ce qu'elle engendre. Ce que l’auteure fait très bien. Le lecteur apprend à connaitre Sarah à travers les observations de Marie Dumais, les commentaires de ses parents, enseignants et collègues de classe. On y discerne très bien le profil des jeunes qui se retrouvent bien malgré eux les proies des jeunes intimidateurs en mal de pouvoir et de reconnaissance. Très timide, ayant très peu confiance en elle, brillante, portant des vêtements peu à la mode, se sentant de trop, ayant de la difficulté à se faire des amis, venant d’un quartier peu envié, elle s’avère une proie facile pour les intimidateurs. D’ailleurs, eux aussi sont très bien cernés. Des jeunes en recherche de statut, généralement menés par un jeune qui aura su s’imposer à eux et les manipuler afin qu’ils deviennent ses larbins. Contrairement à ce que l’on peut croire, ce ne sont pas que des jeunes délinquants. Ils proviennent de tous les milieux. Leur point commun étant le manque d’estime de soi et le besoin intense d’être reconnu. Certains auraient vécu une blessure narcissique dont ils entendent se venger sur ceux qu’ils perçoivent comment étant « des faibles ». L’auteure, par l'entremise de l'enquête de la journaliste, permet aux lecteurs de saisir tout cela.

En outre, on se demande d’où vient cette détermination qu'a Marie à tout creuser. Bien sûr, cela fait partie de son travail de journaliste, mais on distingue clairement qu’il y a autre chose pour elle dans toute cette histoire, mais quoi ? Qui est cette Marie Dumais ? Quelle est son histoire ?

L’auteure a une écriture agréable. On ne discerne pas trop ces antécédents journalistiques, ce qui est souvent le cas quand les journalistes font le saut en littérature. Cependant, le sujet est traité sous tous les angles et le tout est bien ficelé. Tout ce tient, est d’une cohérence et d’un respect de la réalité irréprochables. On sent que l’auteure a fait ses recherches avec le sérieux auquel on s’attendait de sa part. Et ce, sans que l'on ait l'impression de lire un reportage de 208 pages.

À travers ce livre, Katia Gagnon continue L'œuvre amorcée dans La Presse avec ses reportages sur les sujets sociaux. Je la soupçonne de s’être donné satisfaction, élaborant enfin autant qu’elle le désirait sur un sujet, hors des contraintes inhérentes aux publications journalistiques. Eh bien! J’espère que l’exercice l’aura contenté, car c’est un travail très bien fait. Un autre livre qui DOIT ASBOLUMENT être lu par les jeunes et par les adultes.

Mon appréciation : ****

mercredi 18 mai 2011

La longue route vers soi

L’escapade sans retour de Sophie Parent


Mylène Gilbert-Dumas


VLB Éditeur


352 pages


http://www.edvlb.com/ficheProduit.aspx?codeprod=359850




Auteure de nombreux romans historiques, Mylène Gilbert-Dumas raconte, dans L’escapade sans retour de Sophie Parent, une histoire très actuelle. Il s’agit d’une femme qui à l’âge de 40 ans réalise qu’elle a passé toute sa vie à se dévouer pour les autres, à son propre détriment. Puis un jour, à la vue de sa haie de cèdres, elle décide de tout quitter. Oui, oui, vous avez bien lu : à la vue de sa haie de cèdres ! En s’approchant de celle-ci, elle a constaté qu’elle était bien belle de l’extérieur, mais qu’à l’intérieur, elle foisonnait de branches mortes. C’est là qu’elle a réalisé ce qui l’attendait si elle continuait à vivre pour l’amour et l’approbation des autres. Elle quitte donc dans la nuit pour le Mexique, question de se dépayser quelque temps. Ce qu’elle ignore à ce moment, c’est qu’elle ne reviendra pas à la maison et son périple l’amènera au bout d’elle-même.


C’est une histoire que de trop nombreuses femmes trouveront familière. Pas avec un autre roman, mais avec leur vie. Parce qu’en effet, Sophie Parent pourrait être n’importe quelle lectrice... ou presque. Quelle femme n’a pas, à un moment ou un autre de sa vie, été dans la situation où elle n’osait pas dire non ? Débordée, épuisée, surmenée, elle a dit oui à un parent, un enfant, un voisin, un conjoint, alors qu’elle aurait voulu ou même dû dire non. Parfois, comme le personnage du livre, elle ne savait même pas que c’était une option possible, sans passer pour une mal élevée et une égoïste.


La plume de Mylène Gilbert-Dumas est agréable. Elle peint fidèlement le tableau des femmes du deuxième millénaire, prises entre le travail, la maison, les enfants, le conjoint et des parents malades. Elles donnent sans compter, font de l’oubli de soi un mode de vie, jusqu’à ce qu’un jour, le fameux élastique cède, causant des blessures au passage. Le personnage de Sophie Parent est parfois choquant de naïveté et de soumission. On a envie de la brasser et de lui dire « Réveille, fille ! Tu te fais avoir ! » C’est la preuve que c’est réussi ! La psychologie du personnage est d’une justesse impressionnante.


Ma principale réserve concerne le début de l’histoire. Au départ, on aurait souhaité que l’auteur prenne un peu plus de temps pour démontrer la socialisation et le schéma relationnel dans lequel Sophie était prise. Qu’elle l’expose, plutôt que de l’expliquer. La prise de conscience est un peu rapide, et bien rapidement appliquée. Comme si l’on sautait des étapes. L’auteur veut s’assurer que le lecteur saisit tout de suite ces éléments. Par contre, ça fait un peu plaqué comme démarrage. D’autre part, la fin peut être légèrement décevante. Mais, si on lit comme il faut, que l’on relève les indices, on se rend compte que cela va tout à fait dans le ton du livre, qui se veut, très subtilement un conte des temps modernes, pour adultes. Un conte très réaliste d’une femme qui s’affranchit des liens qui la maintiennent dans une position de soumission, pour enfin prendre le pouvoir de sa vie. Et c’est comme cela que l’on doit l’envisager pour tirer le maximum de plaisir et de bénéfices de cette lecture, outre les recettes à la fin ;-) !


Mon appréciation : *** 1/2

lundi 16 mai 2011

J'haïs le hockey de François Barcelo, chez Coups de tête

J’haïs le hockey


François Barcelo


Coups de tête


128 pages


http://coupsdetete.com/index.php?id=45




J’avoue qu’au départ, le titre me laissait perplexe. Je me demandais où Barcelo pouvait bien vouloir en venir. De plus, c’est le premier livre de Barcelo que je lis. Il est pourtant l’auteur de nombreux romans, essais et nouvelles. L’auteur de Cadavres, dont Érik Canuel signe l’adaptation cinématographique présente aujourd’hui J’haïs le hockey, un court roman.


Lorsque l’entraineur de hockey du fils d’Antoine est assassiné, on lui demande de prendre la relève à pied levé. Personne n’est disponible pour le faire, l’autobus rempli de joueurs l’attend à sa porte, il lui est donc impossible de refuser. Cependant, il y a un problème. Antoine ne connait rien au hockey. Pire, il hait ce sport. Non il haït ce sport. En montant dans l’autobus, il est loin de se douter de ce qui l’attend. Ce qu’il apprend au cours du voyage l’amène à se questionner sur l’identité du meurtrier de l’entraineur. Ce pourrait-il que ce soit son fils de 14 ans ?


François Barcelo a une plume vive et incisive. Il dépeint un Antoine attachant de naïveté. Généralement, ce trait de personnalité chez un homme provoque l’intolérance, mais pas dans ce cas-ci. Probablement parce que l’on sent que le personnage a un grand coeur et qu’il est peut-être un peu esseulé. En outre, je crois que si le roman avait été plus long, on se sera lassé de cette naïveté. De ce côté, c’est un choix judicieux que d’en avoir fait une courte histoire. Mais attention, court ne veut pas dire bâclé. Tout est dit, le tour de la question est fait et le ton en est vif.


C’est une histoire intrigante et tragique qui porte sur la confiance, l’amour, la vengeance... Elle devrait être lu autant par les adolescents que par les adultes et permettre d’amorcer des discussions nécessaires. Un livre qui se doit d’être lu. Bref, ce ne sera pas la dernière fois que je lirai François Barcelo.


Mon appréciation : ****


dimanche 15 mai 2011

«À toi, pour toujours, ta Marie-Lou» : Le jeu des perceptions


À toi, pour toujours, ta Marie-Lou


de Michel Tremblay


Théâtre du Nouveau Monde du 3 au 28 mai 2011


Mise en scène : Gill Champagne


Distribution : Denis Bernard, Eveline Gélinas, Marie Michaud, Dominique Quesnel



La pièce de Tremblay met en scène une famille tourmentée, dont Léopold le père alcoolique, et Marie-Louise la mère rigide et coïncée dans ses croyances, sont décédés avec leur jeune fils dans un accident. Dix ans après leur mort, leurs deux filles se souviennent du jour ou tout a basculé dans leurs vies.


La pièce se passe simultanéement à deux époques. Les retours dans le temps signifié par un effet sonore ainsi qu’un éclairage tamisé sur les soeurs qui sont sur un promontoire du décor distordu de Jean Hazel. Celui-ci reflète la perception de chacune des soeurs de la relation entre Léopold et Marie-Louise. Ces deux derniers évoluent sur un sol empli d’eau symbolisant leur appartenance au passé ainsi qu’un espèce de purgatoire qui les retient prisonnier.


La mise en scène, en ce 40e anniversaire de la pièce, a été confiée Gill Champagne. Elle est moins statiques que plusieurs mises en scènes vues auparavant, ce qui est intéressant. Au début, le chassé-croisé des dialogues amène le spectateur à se demander sur quel plan il se trouve. C’est en fait l’état d’esprit de Manon, pour qui ses parents sont constamment présents dans la maison familiale qu’elle habite toujours et qu’elle entretient comme un mausolée pour ses parents morts. Elle voue particulièrement un culte à sa mère, pieuse, à qui elle a toujours voulu ressembler. En témoignage de son amour pour elle, Manon est devenue très dévote. D’autre part, la lenteur des déplacements, notamment ceux des parents, transmet le côté lancinant de la douleur ressentie par les personnages. Et ce, à un point tel où il arrive au spectateur de vouloir que cette douleur s’arrête, presque autant que les personnages le désirent. Les effets sonores sont minimaux et généralement assez bien dosés. Les acteurs nous livrent une performance solide. Bien sûr, Marie Michaud et Denis Bernard ressortent un peu plus à cause de l’intensité de leurs propos. Le jeu de Dominique Quesnel aurait pu être quelque peu raffiné à certains moments, mais il était, somme toute, assez honnête.


Tremblay permet au spectateur de conscientiser que les perceptions d’un même évènement par deux personnes en ayant été témoin peuvent être totalement différentes. En outre, il souligne également la différence de réaction en rapport à une même situation. Manon se fige, prostrée, alors que Carmen se démène sur les scènes en tant que chanteuse country. Outre ces thèmes, la pièce aborde également la sexualité des années ‘60, la difficulté des femmes à accepter d’avoir du plaisir et la maladresse des hommes à cet égard. Au-delà des moyens que Tremblay prend pour passer son message, celui-ci reste : le responsable n’est pas toujours celui que l’on croit. Les relations sont multidirectionnelles, il en va donc de même pour tout ce qui en ressort.


Mon appréciation : ***

lundi 9 mai 2011

Les portes de l'ombre de Gilles Vidal

Les portes de l’ombre


Gilles Vidal


Coups de tête


280 pages


http://coupsdetete.com/index.php?id=43





Gilles Vidal, auparavant éditeur, est l’auteur d’une trentaine de livres au ton sombre. Dans son dernier roman, il est question de multiples morts aussi singulières qu’horrifiantes. Des meurtres crapuleux, de morts étranges ou suicides inexplicables se produisant durant une courte période dans la ville de Chanelet, en France. À ces morts brutales et mystérieuses s’ajoutent de nombreux enlèvements d’animaux domestiques, dont on ne retrouve plus la trace.


Le commissaire Marc Berchet enquête sur ces mystérieux décès, avec l’aide du Capitaine Samir Hadji et du Lieutenant David Simon. Une ancienne flamme de Berchet, Nathalie Jauvert, psychiatre, le contacte pour lui donner un coup de main. En fait, elle l’informe qu’une jeune médium rêvait de ces morts en détail avant même que ceux-ci n’aient lieu. Que des esprits se servaient d’elle pour transmettre des informations quant aux décès des gens considérés comme étant «mauvais». Cette nouvelle ne réjouit pas le commissaire, qui sait bien que de tels renseignements n’ont aucune valeur juridique. Encore faut-il y croire! Tout cela lui semble insensé. Suivra-t-il les pistes offertes par la médium?


Ici, comme dans la plupart des thriller surnaturels, la notion d’éradication des « mauvais éléments » de la société est au coeur de l’histoire. Dans le présent livre, c’est assez bien abordé. Même quelqu’un qui n’est pas adepte de ce genre littéraire peut l’apprécier. L’aspect surnaturel est bien dosé. Il n’y a pas le ton moralisateur que l’on retrouve généralement dans ce type de roman, ce qui est plutôt barbant. Le plus terre-à-terre des lecteurs réussira assurément à trouver son compte.


L’auteur écrit de courts chapitres. Au premier abord, c’est intéressant, ça rythme l’histoire. Par contre, vu le nombre de personnages, le lecteur a parfois de la difficulté à suivre le fil de l’histoire. Autre fait notable, Vidal utilise par moment un vocabulaire plus recherché, ce qui est agréable. Par-ci, par-là e texte est parsemé de quelques mots que l’on utilise un peu moins couramment et c’est rafraichissant. Peut-être aurez-vous occasionnellement besoin de recourir à votre dictionnaire, mais si peu.


La psychologie des personnages est, quant à elle, correcte. On l’explore peu, mais cela ne constitue pas un manque. Par contre, le vieux cliché des flics célibataires... ça soûle un peu. Il y en a un que la femme a quitté, l’autre qui est veuf, mais qui s’en trouve presque soulagé, car sa relation n’allait pas bien du tout. Peut-être pour y remédier, l’auteur a intégré quelques flirts ou tentatives de flirts, de façon très effacée. On l’en remercie, car plus aurait été trop.


La fin est généralement réussie, par contre certains de ses éléments sont clichés. Je ne vous dit pourquoi, pour ne pas trop en dévoiler... et voilà! J’en ai déjà trop dit!


Somme toute, ce thriller social et surnaturel est bien ficelé et se lit comme un charme. J'ai vraiment aimé.


Mon appréciation : *** 1/2



mardi 3 mai 2011

Chick Lit 1 - La consoeurie qui boit le champagne


Chick Lit 1 — La consoeurie qui boit le champagne


Amélie Dubois


Les Éditeurs Réunis


367 pages



Détentrice d’un baccalauréat en psychologie et d’une maitrise en criminologie, Amélie Dubois signe son premier roman, Chick Lit — La consoeurie qui boit le champagne. Ce titre, il le porte bien, puisqu’elle y raconte l’histoire de quatre amies qui cumulent les insatisfactions affectives. Lassées d’être malheureuses en couples, les quasi trentenaires contractent un pacte de célibat pour les six prochains mois. Mais attention, les relations avec le sexe opposé ne sont pas proscrites, elles sont en fait prescrites ! Avec plusieurs hommes ! Mais elles se doivent d’être occasionnelles. Aucune des membres du quatuor ne peut entretenir une relation de couple. Telle est une des règles de la Consoeurie qui boit le champagne. Ce pacte, ayant pour objectif de les aider à déterminer ce qu’elles recherchent vraiment dans les relations de couple, les fera passer par toute une gamme d’expériences et d’émotions.


L’écriture d’Amélie Dubois est très simple, peut-être parfois un peu trop. À l’occasion, la plume de l’auteur semble un peu moins naturelle. Également, elle a tendance à nous introduire ce qu’elle va faire. C’est une erreur commune de l’auteur débutant, tout comme de procéder aux présentations des personnages en faisant la liste de ce qu’il aime ou n’aime pas. La procédure est parfois rigolote, devenant comme un clin d’oeil.

Ceci dit, les principaux accros s’estompent au fur et à mesure que l’histoire avance. Ce qui laisse croire que lorsque le style sera muri, la plume d’Amélie Dubois sera plus solide, plus fluide et son histoire plus resserrée.


L’aspect le plus intéressant de ce livre, et ce en quoi il se démarque des autres livres de chick lit, est l’analyse psychologique des personnages et des relations. Celles-ci sont très intéressantes et ajoutent au récit. Madame tout le monde apprend donc ce qu’est le déni, la formation réactionnelle, la sublimation, le refoulement et plusieurs autres mécanismes de défense. L’analyse que Mali, le personnage principal, fait d’elle-même et de ses réactions en regard à ses relations sont également d’un certain intérêt, puisque plusieurs femmes s’y retrouveront.


Bien qu’il ne réinvente pas le style, malgré les analogies plutôt originales avec la chasse, Chick Lit 1 réussit à divertir. Je me suis surprise à tourner les pages et à lire sans me demander combien de pages il me reste à lire. Ce qui est assez rare ces derniers temps. J’ai bien hâte de lire le tome 2, déjà en magasin, et le 3 qui devrait être publié dans les prochains mois.


Mon appréciation : ***