dimanche 27 mars 2011

Oui, je le veux!


Oui, je le veux!

Olivia Lévy

Stanké

191 pages



Cet essai sur le mariage ne laissera aucun lecteur indifférent! Que l'on soit d'accord ou pas avec son point de vue, Olivia Lévy, vendue aux vertus du mariage, est en mission pour remettre le mariage « à la mode » et en augmenter le taux au Québec. Pour ce faire, passe en revue tous les mythes et toutes les résistances à l'égard du mariage. On passe de la perte de l'autonomie et de l'indépendance, au féminisme et aux droits de la femme, de la sexualité inexistante des couples mariés à la peur de l'engagement chez l'homme, mais aussi chez la femme. Sans oublier l'individualisme et le manque de tolérance envers l'autre qu'il peut entraîner.

Le postulat de base de l'auteure est que le mariage est l'engagement ultime qui permet de souder le couple. Elle affirme également que le désir du mariage sommeille en toute femme, de façon consciente ou inconsciente. Que les femmes sont toutes aux prises avec le fantasme du Prince charmant! Je vous entends réagir. Je sais, je sais! Mais pensez-y comme il faut et honnêtement. N'y a-t-il pas une partie de vous qui rêve de cette grande demande? Qu'une personne tiennent à vous au point de s'engager à passer sa vie entière avec vous et qui veut le faire contre vents et marées. Au diable ce que les gens pensent! Rien? Même pas une infime particule? Ah bon.

À travers les thèmes mentionnés, elle souhaite faire valoir son point de vue au lecteur et le convaincre que le mariage est synonyme d'épanouissement. Un bonheur dont nous serions fous de nous passer. Elle affirme qu'au-delà d'un contrat d'affaires, le mariage est un geste romantique. Si c'est le cas et qu'il n'y a plus de mariage, même chez les couples de longue date, la question à se poser est simple. Où est passé le romantisme? Ce à quoi répondrais : dans les poubelles, avec tous les autres contes de fées qu'on n’a pas été en mesure de concrétiser. Vision défaitiste? Absolument. Vous n'avez qu'à lire la majorité des romans québécois qui ont été publiés depuis 6 mois et vous vous rendrez compte que la notion d'amour pour toujours, eh bien plus grand monde ose trop y croire pour cause d'échecs répétitifs. Si vous n'êtes pas d'accord ou si vous voulez reprendre espoir que l'amour peut durer toujours, je vous conseille fortement de lire ce livre. L'auteure est tellement convaincue qu'on a l'impression qu'elle est encore dans sa bulle postmariage. Mais non, elle est mariée depuis plus de 8 ans. Convaincue la madame!



Mon appréciation : ***



jeudi 24 mars 2011

Le banc des soupirs... en effet!


Le banc des soupirs

Anne Goscinny

Grasset

171 pages

Un psychiatre est soupçonné du meurtre de sa femme, une vétérinaire au grand cœur, qui sauve les animaux détestés de la planète. L’histoire nous relate les jours entourant le meurtre ainsi que les interrogatoires policiers des gens ayant eu des contacts avec le psychiatre les jours précédant le drame.

Ce quatrième roman de Goscinny m’a déçue. Dès le départ, je savais qu’il ne s’agissait pas d’un polar, puisque j’avais vu une entrevue de l’auteure à La grande librairie. Au début, j’aimais bien, mais je me suis lassée. À l’issue de la lecture, je ne trouve pas grand-chose à dire mis à part, que l’histoire est triste, fade et lente (aussi lent qu’une psychanalyse). La personnalité désolante du personnage principal a donné le ton au livre. Plusieurs personnages sont typés et c’est dommage. L’auteur aurait pu explorer différemment la détresse de ce psy, de ce couple. Quoi qu'il en soit, l’écriture permet de faire ressortir toute la désolation quasi lancinante de l’existence des personnages.

Une note positive, la fin m’a surprise et je l’ai appréciée. C’est sûrement la meilleure partie du livre.

Mon appréciation : ** 1/2


Toujours vivante!



Vous en faites pas pour moi, je ne suis ni morte ni en danger de mort. Je ne soigne pas non plus ma boulimie. Oh! que non! C'est que vous savez, comme dans toute boulimie, il y a des périodes de calme. Chez moi elles ne durent jamais plus que 5 à 7 jours et généralement elles annoncent de grosses crises de boulimie. Vous ne perdez donc rien à attendre un peu. Ma pile de livre grandit et grandit. Je vous promets donc tout plein de billets d'ici quelques jours.

samedi 19 mars 2011

Hamlet : vous avez dit dithyrambique?

Hamlet


Présenté au TNM (Théâtre du Nouveau Monde)
du 8 mars au 2 avril 2011
EN SUPPLÉMENTAIRES LES 5 ET 6 AVRIL



Distribution :

  • Félix Beaulieu-Duchesneau
  • Émilie Bibeau
  • Frédéric Blanchette
  • Mathieu Bourguet
  • Jean-Marc Dalphond
  • Marie-France Lambert
  • Pierre-Antoine Lasnier
  • Jean Marchand
  • Benoît McGinnis
  • Widemir Normil
  • Ève Pressault
  • David Savard
  • Richard Thériault
  • Alain Zouvi

Personnage tourmenté par le deuil de son père, et le mariage hâtif de sa mère avec le frère de son père, Hamlet est consommé par son désir de venger la mort de celui-ci. Soupçonnant son oncle/beau-père, d’en être à l’origine, Hamlet utilise toutes sortes de subterfuges afin d’obtenir réponse à sa question pour que justice soit rendue.

Le défi de Marc Béland, metteur en scène, de transposer les propos de Shakespeare dans un Danemark d’aujourd’hui en était un de taille. Assurément, la notion de vengeance est toujours présente dans la société actuelle, mais pas de la même façon qu’à l’époque où Shakespeare place l’action de la pièce. La notion d’honneur dans la société danoise de notre époque n’a plus du tout la même importance. Elle est devenue moins familiale et plus individualiste. Nonobstant cela, la notion d’aveuglement causé par la quête du pouvoir, tel que vécu par l’oncle de Hamlet, elle est universelle tout autant qu’intemporelle. C’est cette quête qui pousse Claudius à tuer son frère, le Roi Hamlet pour accéder au trône et à recourir à des manigances pour éliminer son neveu Hamlet, qui le soupçonne d’avoir empoisonné son père.

La distribution des rôles est en général très judicieuse. Cependant, l’interprétation de certains comédiens était moins naturelle qu’on l’aurait attendu. Le verbe de Shakespeare n’est certes pas facile à rendre, les textes sont riches en mots et en significations. Benoît McGinnis est sans contredit le comédien qui se démarque le plus. Non pas parce qu’il tient le rôle principal, mais plutôt pour l’ingéniosité de son interprétation de Hamlet. Une des forces de celle-ci est dans sa capacité de passer d’une émotion à l’autre en l’espace de quelques secondes, sans qu’elles perdre en intensité ni en authenticité. Cette intensité émotive, il doit la soutenir tout au long de la pièce puisque les moments où le personnage de Hamlet n’est pas sollicité sont en fait assez rares.

Alain Zouvi et Marie-France Lambert ont offert des performances solides. Émilie Bibeau en fragile Ophélie était touchante de vérité. Hormis la découverte de l’étendue du talent de McGinnis, Frédéric Blanchette a été pour moi une découverte. Son naturel et son aisance sur scène, de même que sa maîtrise du verbe et de l’essence de Shakespeare m’ont charmée.

La mise en scène habile de Marc Béland assure le succès de cette magnifique pièce. Le sobre décor de Richard Lacroix de concert avec les judicieux éclairages de Martin Labrecque laissaient toute l’attention visuelle sur les comédiennes et comédiens. Il en est de même pour les costumes plutôt neutres de Mérédith Caron qui, bien qu’ils situaient la pièce à une époque proche de la nôtre, ne la précisait pas trop. Béland, dans sa direction des comédiens, adresse également un petit clin d’œil aux spectateurs québécois que nous sommes.

Du Shakespeare totalement déchiffrable, quelle belle expérience théâtrale.

Mon appréciation : **** (Benoît McGinnis : Hors catégorie:-))



mercredi 16 mars 2011

Le Fils : un récit émouvant de Michel Rostain

Le Fils

Michel Rostain

Oh! Éditions

174 pages


Perdre un enfant, c’est l’innommable qui se présente. Cet événement, non seulement on ne peut pas l’imaginer, mais on ne peut pas non plus le nommer. Parce qu’il n’y a pas de nom, pas de mot pour désigner un parent qui perd son enfant. Pourtant Michel Rostain a vécu cette expérience qu’il relate généreusement dans Le Fils.

Le récit, c’est le fils qui le livre. C’est lui qui parle à son père, qui observe ses parents et raconte l’histoire de ce deuil. Il décrit l’amour infini que son père lui porte, le choc et le déni de celui-ci relativement à sa mort. Viennent ensuite les questionnements et la quête de sens cachés, de signes prémonitoires pour expliquer le drame et essayer de comprendre s’il aurait pu faire quelque chose pour le sauver. Le père scrute toutes les paroles, tous les gestes posés. Ce à quoi suivent les regrets et la culpabilité. Car tout ce qui est ausculté prend un sens différent à postériori.

Tout au long du livre, l’auteur relève la limite de certains courants de pensée forts populaires, comme dans l’extrait qui suit, fort approprié, tiré de la page 27 :

« En bon stoïcien moderne, papa croit – comme tout le monde probablement aujourd’hui – que le vrai bonheur, c’est l’instant que l’on vit. Ne rien attendre d’espoirs sur l’avenir. Ne pas se cramponner au passé, vivre purement le moment présent, le bonheur serait là.

Équation : maintenant que je suis mort, ton vrai bonheur serait donc ta douleur de l’instant présent?»

C’est un livre qui se lit bien, malgré la lourdeur du sujet. L’écriture de Rostain est belle, parfois gracieuse, parfois déchirante. On reconnaît son talent de metteur en scène, car il nous décrit tout, dans le détail des mouvements les plus petits. L’émotion est tangible, on la voit l’intérieur, mais ce n’est ni long ni lourd. Il y a des passages très touchants, comme le récit des heures précédant la mort, où l’on sent les regrets de Rostain dans le discours du fils.

Une lecture touchante que je vous recommande très chaleureusement.

Mon appréciation : ****


lundi 14 mars 2011

Début d'une longue traversée

Les 7 cristaux de Shamballa

Tome I : Les porteurs de lumière

Éditions AdA

231 pages


Fredrick D’Anterny est l’auteur d’une trentaine de romans. Il nous présente ici une histoire remplie d’action et de rebondissements. On y retrouve Paul, d’Arizona, gosse de riche ayant eu tous les avantages matériels à sa disposition; Penilène, la jeune noire issue de Queens, à New York; Chad, l’enfant élevé dans un temple du monde du Soleil de cendre, expert en arts martiaux, qui devait empêcher l’enlèvement de Paul; Vivia, qui au du mal à marcher et qui ne se souvient pas de son enfance. Captifs du roi Yegor Thourom, ils réussissent à s’enfuir, mais sont poursuivis par le conseiller principal du roi, Vikram Estrayan. Afin de rentrer chez eux, ils doivent trouver une porte multidimensionnelle. Cependant, ils apprennent qu’ils ont été choisis pour récupérer l’énergie des quatre éléments (l’eau, la terre, l’air et le feu). Ils doivent donc décider s’ils répondent à cet appel ou s’ils rentrent chez eux, tout en se gardant de tomber dans les filets d’Estrayan.

D’Anterny a une belle écriture. Les éléments de l’intrigue sont bien coordonnés et les informations quant aux personnages sont bien dosées. Ces derniers sont en outre bien cernés et réalistes, quoique le personnage de Penilène soit un peu typé. D’autre part, le thème de la quête pour sauver le monde n’est pas nécessairement des plus original, mais le récit est bien développé et divertissant. Le rythme est soutenu et régulier. On est rapidement plongé dans l’action et les bagarres, bref tout ce que contient une bonne littérature jeunesse. Ceci veut dire également les messages. Notamment ici que l’échec ou la réussite dépendent du point de vue, que la peur d’avoir peur est généralement plus éprouvante que l’expérience elle-même. Et, ultimement, le choix entre servir les objectifs personnels ou les objectifs collectifs.

Il s’agit du premier tome et je vous en recommande la lecture. Quant à moi, je prévois bien lire le deuxième tome dès que possible.

Mon appréciation : ***



dimanche 13 mars 2011

La concordance des temps : le vide intérieur

La concordance des temps

Evelyne de la Chenelière

Leméac

140 pages

Evelyne de la Chenelière est une dramaturge bien connue du paysage québécois. Auteure de plus d’une dizaine de pièces de théâtre qui ont été jouées au Théâtre d’Aujourd’hui et au théâtre Jean-Duceppe, au TNM, notamment, elle présente son premier roman.

À la base, c’est l’histoire de la distance présente dans un couple qui le vers sa séparation. Toutefois en lisant, on constate que pour le personnage féminin, la difficulté à vivre l'intimité origine, notamment, de sa relation avec sa mère. Ce qui explique potentiellement le malaise vécu par cette femme envers sa langue maternelle.

En outre, au début de la lecture, on ne sait pas si c’est un homme ou une femme qui parle, pour constater ensuite que l’on alterne entre les deux membres du couple, dont on ne connaît les noms que dans la deuxième partie du roman. Cela crée une confusion volontaire, conséquemment avec la réflexion du personnage féminin sur le fait que la langue française est une des seules qui attribue un sexe aux choses. La notion de sexe est d’ailleurs omniprésente dans l'histoire.

Evelyne de la Chenelière a une belle écriture. Au départ, elle est presque syncopée, comme celle qu’on attribuerait à un hyperactif. On sent que les personnages sont dans une certaine urgence, que leur cerveau est constamment une étape en avant celle qui a lieu. Les personnages sont complexes et explorés en profondeur. On découvre, au fur et à mesure du récit, l’entendue de leur trouble.

La réflexion de l’auteur, empreinte de lucidité, pose la question de l’ampleur de l’importance de la relation à la mère et de ses répercussions à tous les niveaux.

Mon appréciation : ***