lundi 19 décembre 2011

La saison froide, un livre... rafraîchissant


La saison froide

Catherine Lafrance

Les Éditions La Presse

Octobre 2011

304 pages

ISBN : 978-2-923681-89-4


« Je déteste l’été ». C’est par cette phrase inusitée pour le Québec, où cette saison est sûrement la plus courte, que l’histoire débute. Pourtant, c’est vraiment ce que pense cette journaliste de Radio-Canada dont il est question dans le premier roman de Catherine Lafrance, elle-même journaliste. 

Éprouvée par une rupture amoureuse, la jeune femme décide de quitter le Québec pour Yellowknife, la capitale des Territoires du Nord-Ouest. Pourquoi? Elle ne le sait pas, mais une chose est sûre, elle a besoin de s’éloigner de cet homme marié qui refuse de laisser son épouse. Elle postule donc pour obtenir un poste ouvert à Yellowknife et, sans surprises, le décroche. Personne ne veut aller dans le Nord et braver le froid intense et la nuit trop longue.

Une fois arrivée, elle tente de repartir à zéro, à se créer une nouvelle vie, loin de la chaleur et du béton. Elle découvre aussitôt un quotidien tournant autour de la nature, de la météo et de l’alcool, ultime divertissement, quand la température est trop glaciale pour faire quoi que ce soit d’autre.

L’histoire est écrite en alternance entre présent et passé, entre Montréal et Yellowknife. Ces changements rythment le récit, tel un film. Cependant, dans un contexte de roman, il y a quelques passages où ils sont trop rapides. Par exemple, en trois paragraphes, on peut avoir fait un aller-retour entre trois jours différents. Cela a comme résultat que l’on est quelque peu désorienté. Sinon, l’écriture est agréable ce qui nous permet de nous raccrocher tout de suite.

À travers ses personnages, Catherine Lafrance  nous parle des secrets, des apparences, de la fuite. Qui n’a pas eu envie de quitter la ville, la province, le pays à un moment difficile de sa vie, passant, espérant laisser les tracas derrière. La jeune journaliste découvre qu’il ne sert à rien de s’enfuir de nos problèmes, ils nous suivent où qu’on puisse aller. En ce sens, c’est aussi un livre sur la liberté de choisir, de se choisir.

Quant aux enjeux nordiques, l’auteure effleure à peine les mauvais traitements des premières nations. Ce n’était pas le propos du livre, mais cela nous a donné envie de l’entendre en traiter dans un autre roman. Son approche toute en sensibilité porte à croire que le sujet serait traité de façon juste. D’autre part, on perçoit la division entre les « Northerners » et les « Southerners ». Des tensions sont également présentes entre ceux qui sont nés là-bas et ceux qui y viennent par choix, par naïveté ou même par curiosité.
Bien sûr, ce n’est pas qu’un roman sur le froid. Toutefois, il est omniprésent, car c’est lui qui dicte le quotidien des habitants. Le danger de mourir de froid dans cette contrée n’est pas une légende. Il suffit de s’aventurer trop longtemps dehors, d’être ivre et d’oublier ses clés de maison, etc. Mais ce qui est le plus intéressant, c’est ce grand paradoxe du Nord quant à la froideur du climat en opposition à la chaleur des sentiments. Les habitants du Nord sont fort chaleureux. C’est sûrement une des raisons qui font en sorte que certaines personnes arrivent dans le Nord pour faire de l’argent, notamment dans les mines, mais ne partent pas, charmées par le mode de vie nordique.

Ce qui est intéressant c'est le regard neuf sur la réalité de ce coin de pays. Le personnage y arrive avec un esprit vierge, sans préjugés ni appréhensions. Je dirais même avec une certaine naïveté. J'ai lu peu de livres sur le point de vue d'un étranger découvrant les aléas de la vie nordique, ce qui fait de La saison froide une histoire... rafraîchissante. C’est un agréable divertissement qui permet de voir que le froid peut parfois cacher une grande chaleur.


Mon appréciation : *** ½ 


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