lundi 12 décembre 2011

Le rapport au corps brillamment exploré dans un roman incisif


Sexe chronique

Geneviève Drolet

Les Éditions Coups de tête

352 pages

Novembre 2011

ISBN : 978-2-89671-014-0


Le monde de Kira tourne autour de son corps. Elle est artiste de cirque, son travail est donc axé sur la performance que peut donner celui-ci ainsi que son apparence. Ce souci de la perfection du mouvement la suit aussi dans sa sexualité. Lorsqu’un ancien amant la confronte brutalement, Kira s’aperçoit que son corps ne lui appartient pas et qu’il n’est qu’objet de convoitise et de douleur. Il faut dire qu’elle est confuse dans sa vie amoureuse et sexuelle. Malgré qu’il soit clair qu’aucune relation à long terme n’est possible avec sa collègue Gab, elle ne sait simplement pas comment repousser ses avances répétées. Avec Tom, tout est différent. Elle en est follement accro. Cela semble être le cas pour ce dernier aussi, mais il refuse de s’engager. Leur rapport est donc profondément troublant, alternant entre bonheurs idylliques, quoique de courte durée, et souffrance. Kira est toujours en attente qu’il daigne la voir, et elle espère ardemment le jour où il lui dira qu’il l’aime et qu’il veut être avec elle.

Geneviève Drolet 
D’un point de vue sexologique, l’auteure exploite de manière exceptionnelle la relation au corps. En ce sens qu’elle a rarement été traitée sous cet angle et avec tant de subtilité. Tout en finesse, elle aborde la question de l’anorexie sans vraiment la mentionner. En fait, elle la nomme seulement le temps d’exprimer le déni de Kira quant au fait qu’elle en soit atteinte. Mais elle est bel et bien anorexique. Elle ne mange pas, ou très peu. Et quand elle le fait, elle a généralement du mal à digérer et restitue son repas. De façon plus évidente, mais avec doigté, elle parle également d’automutilation, que Kira pratique pour ne pas sentir la douleur qu’éveille en elle sa relation avec Tom, ou pour s’assurer qu’elle est encore capable de ressentir quelque chose, mais surtout pour reprendre le contrôle de son corps.

L’écriture de Geneviève Drolet  est poétique, très imagée. Mais elle est surtout acerbe et incisive.

« J’ai dans la bouche un goût de néant, des rigoles pleines qui dénoncent son absence. J’ai sous ma peau des torrents visqueux qui me glacent l’échine, j’ai sa présence qui me colle à l’épiderme. Glaire indélébile. Là où ses doigts m’ont touchée, des galles purulentes gercent. Mes os se soulèvent et s’indignent de mon jeûne. Il y a aussi ces lettres relues, des paroles concassées, recollées. Des inondations dévalent mes joues, ces larmes affûtées qui me lacèrent la nuque. »

Geneviève Drolet allie génialement délicatesse et mordant pour aborder la détresse, la honte de soi, l’estime de soi, le besoin d’amour et le vide intérieur, qui alimentent à la dépendance affective menant bon nombre de gens, plus particulièrement les femmes, à baiser pour l’autre pour qu’il ait du plaisir, au détriment du leur. Ces blessures mènent Kira à tenter par tous les moyens de reprendre le contrôle de ce corps qui ne lui appartient plus.

D'autre part, le regard porté par l'auteure sur le milieu du cirque est brutal et elle en présente les coulisses sans ménagement. On ressort de cette lecture étonné, mais également interloqué.

Sexe chronique est son premier roman.


Mon appréciation : *** ½ 



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