mercredi 28 décembre 2011

La main d'Iman : un premier roman dense et poignant

La main d’Iman
Ryad Assani-Razaki
L’Hexagone
328 pages
Août 2011
ISBN : 9782890069411


La lecture la plus bouleversante que j’aie faite en 2011 est sans contredit La main d’Iman. Ce premier roman de Ryad Assani-Razaki, qui s’est valu le Prix Robert-Cliche, met en scène plusieurs personnages d’un petit village d’Afrique noire. Le protagoniste principal, Toumani, a été vendu par son père pour quelques sous, à une dame (tantie Caro) qui se livrait au commerce d'esclaves. C’est ainsi que Toumani se retrouva chez monsieur Bia. Ce dernier, un homme ayant une propension pour l’alcool, les femmes et la violence, maltraita gravement Toumani et le laissa pour mort dans un égout. Pendant trois jours, le petit resta là, parmi les déchets et les rats, avant d’être secouru par une bande d’enfants. C’est Iman, qui lui tendra la main pour le sortir du trou dans lequel on l’avait jeté.

Une solide amitié se tissera entre les deux garçons, au fil des années. Ce lien semble inébranlable, malgré le rêve que chérit Iman de quitter le pays pour aller en Europe, où son père habite. Mais un jour réapparaît,dans la vie de Toumani, Alissa, rencontré chez tantie Caro. Ces retrouvailles bousculeront leurs destinées et leur relation de façon irrémédiable.

C’est un livre dense, parfois dur à lire parce que le propos est par moments dérangeant. Cependant, l’écriture est fluide, sans accros. La plume de Ryad Assani-Razaki est simple, mais puissante. Le récit est narré par un personnage différent à chaque chapitre, leurs perspectives particulières rythment l’histoire et nous permettent d’en connaître un peu plus sur la vie de Toumani. Les thèmes abordés sont fort.  On y explore l’amitié, la difficulté d’aimer, la survie, les handicaps, la foi, la loyauté, la solitude, la désillusion, l’immigration, la misère et les relations entre les Noirs, les Métisses et les Blancs, notamment.

Les personnages sont authentiques et émouvants. Le regard qu’ils transmettent rapproche le lecteur de la réalité de l’Afrique noire au-delà de l’image généralement présentée. On se trouve au cœur du douloureux quotidien des habitants qui peinent à acquérir leur liberté. Ryad Assani-Razaki parle d’une misère si intense qu’elle déshumanise. Il dépeint un pays où la foi en Dieu ainsi qu’en un destin qu’Il dessine pour eux, est une nécessité. Pour certains, cette conviction, cette résignation assure leur survie. D’autres, comme Iman, cherchent à s’en sortir par la révolte contre ce sort tragique. Il y également  ceux qui prennent le chemin de la délinquance, puis ceux qui se tournent vers l’immigration, persuadés qu’ils auront une vie meilleure dans un ailleurs lointain.


Des passages qui m’ont marquée :


  • Une image vibrante :
« J’étais entière avant de rencontrer Toumani, j’étais entière alors que je ne ressentais rien, mais j’ai succombé à la vanité et, dès l’instant où la nature m’a saisie, je me suis brisée au sol. À présent, je m’en allais en resserrant mon châle autour de mes épaules, comme dans le but de rassembler mes fragments épars. Mais même ainsi recollée, j’étais une femme lézardée et les courants d’air s’engouffraient dans les failles entre mes morceaux. Pénétrant, ils me mordaient les os.» — Alissa

  • Sur l'immigration :  
« Retenir Iman me permettait de ne pas avoir à justifier mon manque de réaction face à ma propre misère. À partir du moment où certains commenceraient à partir, les autres devraient se poser des questions sur eux-mêmes. Toute ma vie j’ai eu peur des réponses. Alissa se justifiait en disant qu’Iman risquait de mourir. Mais ne meurt que celui qui est en vie. » — Toumani

  • Sur la valeur humain : 
« Les gens font beaucoup d’enfants, ainsi dans le cas où ils en perdraient un, ils en auraient déjà fait un autre pour le remplacer. Tout ça était évident pour moi. Jusqu’au jour où Iman m’a sauvé. Ce jour-là, j’ai vu des gens se battre pour moi. Je me suis demandé pourquoi ils ne me laissaient pas simplement mourir. C’est vrai, il y a tant d’autres enfants. Pour la première fois, je me suis dit que, peut-être, la quantité ne diminue pas la valeur. Peut-être qu’une vie n’en vaut pas une autre, que chaque individuaà de l’importance. Même moi, Toumani, né un jour inconnu, dune père inconnu et d’une mère inconnue. C’est le don qu’Iman m’a fait. Il a fait germer en moi l’idée que j’avais non pas le droit, mais le devoir de vivre. Et à partir de ce moment, cette idée ne me quitterait plus jamais. » — Toumani

J’ai vraiment beaucoup aimé La main d'Iman. J'ai dû le lire à petite dose, tellement il était dense et riche en émotion. C’est un fantastique roman présentant une perspective intéressante, rarement aussi fouillée sur le drame de l’Afrique noire vu, ou plutôt vécu de l’intérieur. Ryad Assani-Razaki m’a époustouflée par son talent ! C’est officiellement mon élan du cœur de l’année 2011.

 Mon appréciation : *****


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