vendredi 9 décembre 2011

Hymne à l'automne et à l'amour


Mon amoureux est une maison d’automne

Mara Tremblay

Les 400 coups

232 pages

Septembre 2011

ISBN: 978-2-89540-546-7


Plusieurs personnes anticipaient la sortie de ce livre, certains avec réserve. Après tout, ce n’est pas parce qu’une personne est une excellente parolière qu’elle sera une bonne romancière. Les attentes étaient donc élevées quant à la qualité littéraire que pourrait offrir Mara Tremblay.

Le bouquin a tout d’un journal intime. Rédigé de phrases brèves et de courts chapitres, il a un style un peu confus, ce qui est normal puisque la narratrice est atteinte de bipolarité. Au-delà du personnage, on devine l’urgence, la nécessité pour l’auteure d’écrire, comme pour exorciser certaines émotions.

Florence est une grande amoureuse. Elle aime passionnément, charnellement, mais elle ne peut pas vivre avec les hommes. Elle en est incapable. Elle voudrait rester seule avec ses enfants, pour qui elle a un profond attachement, de même que pour sa mère. Cette dernière décèdera des suites d’une longue maladie, au cours de laquelle Florence l’accompagnera avec tendresse et dévouement.

Ballotés à travers des allés-retours dans le temps, on observe la vie du personnage principal, qui nous révèle ses sentiments par rapport à la gent masculine, sa difficulté à faire face à la mort de sa mère ainsi qu’un horrible secret. Enfant, elle a été victime d’agressions sexuelles perpétrées par son oncle, ce qui la laissa avec certaines séquelles.

Les seuls éléments qui lui offrent une certaine stabilité, hormis ses garçons, sont cette maison et la nature. Ceux-ci permettent à Florence de vivre un équilibre relatif, qui ne semble vraiment être présent qu’à l’automne. Elle s’extasie devant la beauté de cette saison, repoussant ainsi le deuil de sa mère. Les arbres sont un leitmotiv dans le livre, figure d’enracinement à la terre, tout comme la maison et ses enfants symbolisent son engagement dans la vie. On sait que les gens qui souffrent de maladie mentale ont un fort besoin de s’ancrer. Cet ancrage leur permet de se créer une routine afin de mieux gérer leur état, mais également d’avoir une place, d’être en lien avec les aspects tangibles de leur quotidien. Malheureusement pour Florence, l'hiver avec son dénuement et sa froidure, la ramène à ce deuil à faire avec toutes les émotions que cela fait émerger.

On s’attendrait à une histoire complètement déjantée, remplie de revirements brusques, d’intenses changements d’humeurs et d’excès de toutes sortes. N’est-ce pas l’image que l’on se fait de la bipolarité? On imagine les gens atteints au Casino ou dans les magasins à dépenser de folles sommes qu’ils ne possèdent pas. On les croit tous aux prises avec de violentes idées suicidaires. Ce n’est pas du tout ce que Mara Tremblay nous présente. Bien sûr, on discerne bien certains contrastes dans les états d’esprit du personnage. Une capacité à l’émerveillement très poussée, un amour qui peut être démesuré par moments, une tristesse, une mélancolie presque omniprésente. En ce sens, elle démythifie un peu l’image que l’on a de cette maladie et de ceux qui en sont atteinte.

Certes, on sent certains cycles, mais on peut se demander si l’exercice est incomplet, comme si l’auteur avait voulu garder une certaine pudeur. Peut-être est-ce qu’elle aurait pu prendre plus de recul pour rendre le roman plus étoffé. Mais il est aussi possible que cela représente bien une facette du vécu que l’on ne connaît pas.

D’autre part, quoiqu’elle soit fort charmante, il y a toujours une distance entre nous et Florence. On est spectateur de sa vie. Le style d’écriture ne nous permet pas de nous attacher réellement à elle. On l’observe, on l’écoute se livrer, sans plus.

Somme toute, c’est un roman sympathique, qui se lit bien, si l’on garde en tête le contexte du personnage principal. Il est empreint d’une douce mélancolie et a le bénéfice de ne pas chambouler le lecteur, l’auteure s’étant abstenue d’entrer dans le mélodrame. Le texte est d’une délicatesse et d’une agréable légèreté, qui est plus que bienvenue.  C’est un vibrant hymne à l’automne, à l'amour et à la résilience.

Mon appréciation : ***


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