mercredi 2 novembre 2011

Un livre troublant, mais nécessaire qui aborde plusieurs tabous avec brio et finesse.


Et au pire, on se mariera

Sophie Bienvenu

La Mèche

Octobre 2011

152 pages

ISBN : 978-2-89707-001-4



Sophie Bienvenu n’a pas choisi le chemin de la facilité avec Et au pire, on se mariera. Elle y aborde le thème des amours impossibles sous un angle que nous avons rarement vu, celui entre une jeune fille et un adulte. Aïcha, 13 ans, est profondément éprise de Baz, qui a le double de son âge.

Tout le roman est centré sur le monologue d’Aïcha, qui confie à une interlocutrice dont on ne connaît ni l’identité ni la profession, le récit des dernières semaines. Avec toute l’innocence d’une gamine, mais également avec toute la rudesse caractéristique à ces enfants qui ont vieilli trop hâtivement et trop brutalement, elle raconte ses sentiments pour Baz. On constate d’emblée que ceux-ci ont l’intensité que seuls les amours d’adolescence peuvent avoir. 

La naïveté et l’humour de la jeune fille font sourire. Cependant, on est rapidement troublé par la description des circonstances de sa vie. Puis on ressent énormément d’empathie pour Aïcha. On aurait envie de la prendre et de la bercer, notamment lorsque l’on découvre que Baz n’est pas son premier amour. Bien avant lui, il y a eu Hakim, avec qui elle a eu une autre relation interdite. Parce qu’elle était âgée 8 ans et qu’il était son beau-père.  

Le personnage principal est, de façon générale, très justement défini, tantôt fougueux, tantôt hésitant, de même qu’il est naïf et à la fois très cynique. Ces paradoxes, propres à une adolescence issue de rapports humains dont  les limites ont été transgressées, sont brillamment rendus par l’auteure. Aïcha se contredit, invente, pour ensuite revenir en arrière et raconter les faits, parfois à mots couverts. Le résultat est très vraisemblable, on y reconnaît toute l’ambivalence de la jeunesse, mais également, la dualité caractéristique des  enfants qui ont été brisés. Et c’est ce qui est intéressant ici. Pour la première fois, on aborde le point de vue de la victime. Et c’est là que Sophie Bienvenu présente très finement un autre tabou, le plaisir, l’amour ressenti parcelle-ci pour son agresseur. Elle décrit de la même façon la colère éprouvée envers sa mère qui a fait partir celui qu’elle aimait. Elle dépeint efficacement une Aïcha totalement inconsciente de la blessure qu’elle porte et de l’aspect inadéquat de ses relations, qui, pour la majeure partie, ne sont pas appropriés pour une fille de 13 ans. Le seul bémol est que le vocabulaire est parfois un peu trop élaboré pour le personnage, ce qui a pour effet qu’on décroche par moments. Mais l’ensemble de l’ouvrage est si bien formulé que l’on replonge rapidement dans l'histoire.

Il s’agit du premier livre que je lis qui aborde le point de vue de la victime avec une telle profondeur, sans que le récit soit lourd et larmoyant. Cela permet de rendre justice au propos tenu pour bien le saisir dans toute sa complexité. L’intervenante, la psy et la sexologue en moi sont comblées. Enfin, quelqu’un qui ose! Quelle audace, jumelée avec un réel talent d’écriture et d’analyse psychologique. Un premier roman brillamment mené.

Bravo! Absolument génial!


Mon appréciation : ****

2 commentaires:

  1. Si ce livre t'a plu, essaie le tiroir à cheveux, d'Emmanuelle Pagano. Il faisait partie d'une selection de la bibliothèque que je fréquentais il y a quelques années, et effectivement il est excellent. Le thème est différent mais le point de vue est celui de la victime.

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