mercredi 23 novembre 2011

Sexe, alcool et désolation masculine


La Solde

Éric McComber

La Mèche

Octobre 2011

232 pages

ISBN : 978-2-89707-000-7



Il y en a une profusion de livres mettant en scène l’homme désabusé ces temps-ci. Est-ce que l’auteur québécois, l’homme québécois seraient las de tout? C’est le cas de plusieurs, d’après ce que l’on peut lire cet automne. Le troisième roman d’Éric McComber s’inscrit dans cette tendance.

Émile Duncan, musicien et écrivain en devenir, travaille dans une usine qui produit des agendas scolaires pour des écoles américaines. D’ailleurs, le livre est rédigé comme un agenda. Ce qui est assez original. Chaque mois, on a droit à une pensée et un petit paragraphe éducatif et motivant comme on le voit dans ce genre de publication. Bref, Duncan, qui a un emploi de réviseur dans cette usine, se remet d’une rupture, vit dans un appartement mal entretenu, largué par son band de blues, il a toutes les raisons d’être désabusé. Mais c’est plus que cela. Il en a après la société. Voici un passage à témoin :

« Voici venu le crépuscule de l’énergie de la conquête et, paradoxalement, de l’impulsion créatrice. L’ère de la réparation commence. L’ère du reprisage. Du nettoyage. Des soins. De l’entretien. Du patchwork. De la collaboration. De la nourricité. L’ère de la paix guerrière, de la loi injuste, de l’ennui inénarrable. L’Ère de la langueur. La femme n’a dorénavant aucun besoin de l’homme et l’espèce humaine a commencé graduellement à l’éliminer. D’ici mille ans, un ratio d’un homme pour dix mille femmes. Ou alors ce sera le Sahara global. »

Il se console dans l’alcool, le sexe, l’oisiveté. En fin de compte, on constate qu’il se conforte dans son malêtre. Refusant presque d’être heureux, car cela signifierait qu’il se soumet au « consensus », mot qu’il utilise pour référer à la norme sociale, à l’« American dream ».

Quant à la rédaction, les phrases sont courtes, écrites en joual, le ton est cru, voir brutal. On y décerne une critique de la société axée sur productivité, la consommation, sur les classes sociales. La surenchère de sexe, de langage châtié lasse un peu. En fait, on est balloté entre l’intérêt et l’ennui. Il aurait été bénéfique d’élaguer un peu dans les tableaux. Cela n’aurait que servi l’œuvre finale, sans diminuer le sentiment de désespoir, de révolte, de résignation au malheur, car l’auteur les traduit très bien en peu de mots.

D'autre part, il est évident que McComber a fait tout un travail pour que l’on puisse bien sentir le marasme dans lequel se noie Émile. N’en disons pas plus pour ne pas tout révéler, mais c’est un exercice qui pour certains passera probablement inaperçu, mais qui est efficace. Très intéressant.

Par ailleurs, l’auteur aborde à mots voilés la dépression chez les hommes. Notamment lorsque le personnage se présente à la clinique dans le but qu’on lui diagnostique une maladie physiologique, quelque chose de concret, qu’il ait droit à la sympathie des gens, comme ceux qui ont des maux physiques visibles. Cet aspect aurait gagné à être exploré plus à fond, puisqu’il est un tabou de cette société de la productivité. Cela aurait justement servi son propos.

Dans toute cette désolation, ce pathétisme, la fin est telle une porte ouverte. Reste à savoir si Émile franchira celle-ci ou pas.

La Solde cible un public dont je ne fais pas partie. Cependant, le message de McComber se doit d'être entendu. Par contre, il s’adresse à des lecteurs avertis avec le cœur solide.

Mon appréciation : **3/4 

4 commentaires:

  1. Bonjour à tous. Je suis allée visiter le Salon du livre de Montréal (Place Bonaventure) il y a peu de temps. C'était génial. J'y ai fait des découvertes sensationnelles.

    Pour en revenir au web.

    J'ai lu quelque part : "Vous êtes une personne suffisamment équilibrée et solide pour vous adapter à l’autre dans le but de le mettre à l’aise, le temps d’une conversation."

    En fait, je trouve que cette affirmation correspond aussi à l'écrivain. Ce dernier doit avoir, lui aussi, la faculté de s'adapter à ses lecteurs sans risquer de tomber dans l'hypocrisie littéraire. Il y a tellement de beaux livres à découvrir. Le Temps des Fêtes approche rapidement. J’en profite pour choisir les cadeaux que je vais offrir. Vous avez lu dans mes pensées... cette année j’offre des livres à ma famille et mes amis.

    J’ai réfléchi à ceci : offrir des BD aux adultes et de petits romans légers au plus jeunes. Bien entendu, c’est une période de détente et je désire ouvrir l’imaginaire de ceux que j’aime. Qu’en pensez-vous ?

    Merci pour votre blog.

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  2. C'est une très bonne idée! J'estime que la lecture est un des plus beaux cadeaux que l'on peut faire. Cela permet de développer l'imaginaire et d'ouvrir l'esprit.

    Chouette idée!

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  3. Tiens comme c'est bizarre, j'ai eu exactement le même commentaire (de «écrire un roman ») sur mon blogue ! Pas vraiment de rapport avec le billet...
    Et je viens de vérifier et tu as aussi eu le même commentaire que moi le 5 décembre, cette fois de « L'Écrivaine »...
    Serait-ce un spammer ?

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