mercredi 30 novembre 2011

Lueur d'espoir


Elle danse avec la folie

Mélanie Fortin

Les Éditions JCL

320 pages

Mai 2011

ISBN : 978-2-89431-441-8


Alice et Marie ont toujours eu une relation très intime. Malgré que les deux sœurs ne vivent plus la même, Alice menant sa vie dans une petite ville et Marie poursuivant ses rêves de devenir danseuse professionnelle, ce lien reste malgré tout solide. Jusqu’au jour où Marie se met à avoir des comportements étranges. Inquiète pour sa sœur, Alice lui propose de venir habiter chez elle quelque temps. C’est à ce moment qu’elle se rend compte que sa cadette ne va vraiment pas bien. À la suite de quoi s’enchaînent ensuite une série de crises, d’hospitalisations, déni, désorganisations.

Il s’agit d’un premier roman pour Mélanie Fortin et ça se sent légèrement au tout début.  Il y a un peu trop de qualificatifs et de superlatifs inutiles. Mais après une quarantaine de pages, sa plume devient simple, sans fioritures, claire et fluide. Les premiers chapitres sont courts et donnent un rythme relativement rapide au récit. Plus il avance, plus les chapitres s’étoffent et l’histoire s’ancre solidement.

Mélanie Fortin décrit avec sensibilité les dynamiques propres à la maladie mentale. Les explications de l’enchevêtrement des états de lucidité et de perte de contact avec la réalité sont justes. C’est généralement ce qui déroute ses proches, puisque parfois, Marie est capable de moments d’une apparente lucidité, pour ensuite repartir dans un monde où ils n’ont plus accès. Ces courts instants de « normalité » (je déteste ce terme) accentuent le déni et retardent le processus d’acceptation et les nombreux deuils, sans lesquels aucun espoir d’amélioration n’est possible. Il aurait été intéressant d’aller un peu plus en profondeur dans le cheminement de Marie dans cette lutte. L’auteure a néanmoins fait le choix de donner voix à ses proches. Le regard présenté sur la maladie mentale permet de saisir plus globalement les impacts de ce drame, non seulement pour la personne atteinte, mais également sur la famille de celle-ci. Toutes les vies sont chamboulées et irrémédiablement changées.

On ne peut s’empêcher de sentir une grande empathie pour Marie, puis pour Alice, qui vit tant d’impuissance à aider sa sœur et de douleur d’avoir perdu celle qu’elle connaissait avant. Sa souffrance est palpable.Cependant, on y reste spectateur, une subtile distance existant entre les personnages et le lecteur.

Il n’est pas facile de parler de maladie mentale. Elle demeure un tabou tenace au sein d’une société où le fait d’être en contrôle est extrêmement valorisé, où les gens qui dérogent de la norme sont méprisés et ostracisés sans même que l’on essaie de comprendre leur situation. Mélanie Fortin fait un bon travail de sensibilisation et de démythification. De plus, avec doigté et respect, elle apporte un éclairage sur la douleur des familles et amis, ces grands oubliés. Ce livre sera indéniablement d’une aide considérable à de nombreuses personnes.


Mon appréciation : *** ½


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