vendredi 25 novembre 2011

La force de vivre


Guyana

Élise Turcotte

Leméac

175 pages

Septembre 2011

ISBN : 9782760933354


Pour le club de lecture au travail auquel je viens tout juste de me joindre, le titre choisi pour le mois de novembre était Guyana. La décision avait été prise bien avant qu’il soit primé. Quelle excellente sélection !

Le premier contact avec le livre c’est cette page couverture, sombre, avec un mélange de mouvement et d’inertie. On aurait pu s’attendre à des couleurs chaudes. Ensuite, on pense à ce qui s’est passé à Guyana, puis on lit la quatrième couverture et l’on comprend.

Une femme et son fils, éprouvés par le décès du mari et père, font face à un nouveau deuil qui vient bouleverser l’équilibre précaire qu’ils ont établi de peine et de misère. La coiffeuse de Philippe, se serait pendue dans le salon où elle travaillait. Pour Ana la thèse du suicide est invraisemblable. Pour se sortir de ces deuils, elle doit faire enquête, obtenir des réponses sur la mort de la « petite coiffeuse ».

De sublimes images  sont offertes en cadeau par l’entremise d’une écriture poétique. La mélancolie est d’une douceur enveloppante. On comprend que parfois l’on veuille s’y abandonner, s’y reposer. Parce que dans ses bras, le temps n’existe pas. Élise Turcotte a su créer une ambiance où l’on a l’impression que le temps est suspendu. Que les personnages sont dans une sorte de limbes, dont Ana essaie de sortir. Au-delà de régler une injustice, la quête de celle-ci, est la survie. La sienne et celle de Philippe. Pour ce faire, elle doit cheminer dans son processus de deuil et accompagner son fils dans le sien.

L’auteure rappelle à quel point les apparences sont trompeuses, qu’on ne connaît pas réellement les gens, qu’on ne voit que ce qu’ils veulent bien laisser paraître et ce qu’on voit ce qu’on veut bien voir de ce qui est présenté.

Très bien construit, le roman se divise entre les personnages principaux, laissant place à chacun, permettant à leur voix d’être entendues. Les liens entre les protagonistes sont tissés tel un ouvrage de broderie soigneusement accompli. Les personnages sont grands, forts, émouvants. Plus particulièrement Philippe, l’enfant qui vieillit trop vite, qui veut prendre en charge, mais qui se cloitre également. Un garçon très perspicace avec une vivacité d’esprit impressionnante. C’est troublant de voir tout ce que les petits peuvent saisir et les missions qu’ils se donnent en regard de leurs constats.

C’est un livre d’une délicatesse infinie. Loin de transporter le lecteur  dans une tristesse profonde, il lui fait ressentir la nécessité du chagrin devant le départ soudain d’un proche, de vivre celle-ci pour être en mesure d’en sortir. Malgré le fait qu’on ait l’impression que le temps s’est figé, qu’il n’y a pas de futur, que le présent existe à peine, que le passé est là, mais hors de portée. C'est un passage obligé révélant la force de vivre.

Agréable lecture à faire emmitouflé sous une couette, question de goûter pleinement l’expérience.

Mon appréciation : **** 1/2


4 commentaires:

  1. Je me suis comme semi-officiellement donné le défi de lire tous les livres en lice pour le Prix des Libraires de cette année, en grande partie parce que la plupart m'intéresse vraiment beaucoup -- mais faut dire que 'Guyana' me tente énormément depuis qu'il est paru. Merci de le repousser en tête de liste! ;)

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  2. Je ne sais pas si Élise Turcotte parlera un jour de autre chose que de la mort, par contre, elle le fait généralement très bien. J'aimerais bien le lire son Guyana.

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  3. Les auteurs ont souvent des sujets fétiches ou qui les habitent plus. L'important, je crois, c'est qu'ils les rendent bien. Chose qui, comme vous le soulignez est le cas pour Élise Turcotte jusqu'à présent. Peut-être un jour aura-t-elle envie ou besoin de parler d'autre chose. En attendant, je me suis vraiment délectée de ce roman, au point ou j'ai envie de le relire dans quelque temps. :-)

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