dimanche 30 octobre 2011

Roman non autorisé


Roman non autorisé

Andrée Ferretti

L’Hexagone

160 pages

Octobre 2011

ISBN : 978-2-8900-6943-5


Andrée Ferretti est une figure marquante du mouvement souverainiste du Québec. Militante depuis 1958, nommée Patriote de l’année en 1979 par la Société Saint-Jean, elle a écrit plusieurs romans et publié plusieurs recueils de textes sur le sujet. Elle est également récipiendaire des Prix Alfred-DesRochers (2009), Alphonse-Desjardins (1993) et finaliste au Grand Prix littéraire de la Ville de Montréal, 1990.


Alors qu’elle reçoit le mandat d’écrire la biographie de Fleur Després, une photographe journalistique et artistique, Aline Ferron est emballée par le projet de témoigner de l’existence de cette grande femme. Seulement,cette dernière refuse de collaborer. La jeune écrivaine se lance tout de même dans cette périlleuse entreprise, multipliant les rencontres et les recherches afin de connaître la vie de Fleur Després. Au fur et à mesure que le processus avance, elle se rend compte du degré de difficulté du défi, et opte pour la rédaction d’un roman, non autorisé.

Dans Roman non autorisé, Andrée Ferretti présente l’histoire de la quête indépendantiste au Québec à travers Fleur Després, amoureuse de la vie, de la liberté, du Québec, de l’amour. Elle se donne avec passion à la cause de la souveraineté du Québec. Elle possède l’optimisme, l’idéalisme, voire la naïveté nécessaire pour mener les luttes pour libérer son peuple. Elle en parle du point de vue des gens qui s’y sont engagés, de cette femme qui aime son pays au point de vouloir l’affranchir de l’entrave qu’elle perçoit.

Sa plume est habile, malgré un style parfois alambiqué. On doit occasionnellement reprendre la lecture d’une phrase pour être sûr de bien en saisir le sens. Sinon, l’auteure se livre à une analyse historique très intéressante. Elle fait des liens entre la lutte nationaliste au Québec et celle en Algérie. Elle s’adonne également à des réflexions pertinentes sur la société québécoise, notamment lors de comparaisons avec certains autres peuples. Le confort de la vie au Québec nuirait aux idéaux indépendantistes. « La nécessité est mère de l’invention », dit le proverbe anglais. Le courant souverainiste souffrirait donc du manque de détermination de la population en raison d’une vie, somme toute assez facile. Alors qu’en Algérie, la population était soumise à des conditions beaucoup plus médiocres, ce qui a permis son soulèvement. Bon, d’accord, on sait tout cela. Reste qu'un rappel est parfois nécessaire.

De façon générale, l'histoire coule, est brillamment rédigée et captive le lecteur. Il est toutefois dommage que les dernières années soient relatées à un rythme trop rapide. On comprend que les éléments marquants des activités de Fleur Després pour l’indépendance du Québec sont derrière, cependant, on a par moments une impression que le temps passe peut-être un peu vite. On aimerait en avoir encore.

Somme toute, le roman est agréable et est rédigé de façon à retenir l’intérêt du lecteur, quelle que soit son orientation politique. Il ne s’agit pas d’un livre de propagande, mais pas du tout. C’est simplement l’histoire d’une femme et de ses passions.

Note : j’adore la facture visuelle de la collection fictions des livres des Éditions l’Hexagone. Sobre, minimaliste, de bon goût.

Mon appréciation : *** 1/2 


1 commentaire:

  1. Sa plume est habile, malgré un style parfois alambiqué.
    (dans le sens exagérément compliqué)
    On doit occasionnellement reprendre la lecture d’une phrase pour être sûr de bien en saisir le sens.

    Les phrases de ce roman sont plus longues à lire que dans d’ autres romans avec un style d’ écriture plus moderne ou bien journalistique. Sauf que, il est assez facile de suivre le fil des pensées de la narratrice et de l’auteure. Aujourd’hui, les écrivains composent avec des phrases qui sont plus courtes, le style d’écriture d’ Andrée Ferretti appartient davantage à une autre époque qui a peut-être durée jusque vers la fin des années 60.
    Personnellement, la longueur de phrases ne me pose pas de problèmes. Il faut peut-être lire plus lentement, avec plus d’attention, en suivant sa capacité personnelle de retenir le fil des pensées appartenant à l’écriture. Il ne faut être trop empressé de lire et d’aboutir au bout de sa lecture.
    Personnellement, j’aime les écrivains qui prennent leur temps de construire des phrases et de ressentir leur propos. Je pense qu’ aujourd’ hui on écrit un peu n’ importe comment : les jeunes écrivains manquent d’expérience et de vécu pour ajouter de la perspective à leur propos, ce qui n’est pas le cas d’Andrée Ferretti.
    Lors d’ une rencontre avec Andrée Ferretti au salon du livre de Québec en avril 2012, elle me confiait qu’ elle passait quelquefois des heures voire quelques jours pour trouver la formulation la plus juste, l’expression qui allait rendre de la meilleure manière la pensée qu’ elle avait en tête.
    Prenons ce bout de phrase qui a retenu mon attention, en fin de paragraphe, à la page 48
    « J’ignorais encore la compatibilité en moi des passions amoureuses simultanée »
    Cette phrase a été pour moi comme une petite madeleine de Proust, genre : elle a forçé l’arrêt de ma lecture pour que j’en déguste toute la saveur comme si l’auteur venait de trouver une formule magique qui ouvrait une porte vers un autre univers auquel je n’avais pas encore pensé.
    Une des beautés du romanesque est de nous faire connaitre le cheminement et le déploiment des conceptions du monde qui habitent des écrivains et qui nous enrichissent nous les lecteurs.
    Merci à Andrée Ferretti.

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