jeudi 13 octobre 2011

Mile End Stories de Pierre-Marc Drouin


Mile End Stories

Pierre-Marc Drouin

Québec Amérique

328 pages

Octobre 2011

ISBN : 978-2-7644-1299-2



Mile End Stories est le deuxième roman de Pierre-Marc Drouin qui a également fait paraitre « Si la tendance se maintient » en 2010 chez le même éditeur. Homme de la génération Y, l’auteur représente bien ses congénères qui se reconnaitront fort certainement dans cette histoire très actuelle.

Luc est un jeune homme comme tant d’autres. Après avoir couché avec une fille de 17 ans, il met fin à sa relation de quatre ans, alors que sa copine veut poursuivre leur relation malgré qu’elle soit au courant de tout. Il refuse de continuer, il veut être seul, profondément blessé qu’il est par l’absence de sa mère, tant par sa mort, que par l’absence de manifestations affectives, il vit des difficultés d’attachement. Complètement déjanté et blasé des relations de couple, il se met à enfiler les aventures les unes après les autres. Ce comportement devient rapidement autodestructif et Luc se perd de plus en plus dans son processus de résolution de deuil.

Certes, vous pouvez m’accuser d’avoir des préjugés, cependant je dirais que le roman de Pierre-Marc Drouin dépeint adéquatement plusieurs hommes de la génération Y, qui cherchent le plaisir plutôt que l’engagement. Enfants de familles brisées ou reconstituées, leur regard sur les relations de couple est empli de cynisme. Quel dommage d’être blasé si jeune.

Sous la plume de Pierre-Marc Drouin, le quartier du Mile End devient un personnage tout aussi important que Luc. On dit que le Mile End promet bonheur à qui y habite, que c’est un espace enchanteur où les gens font preuve d’une tolérance inouïe et font la fête perpétuellement. Aucun individu ne pourrait le quitter. Luc s’y installe donc afin de guérir de ses maux. Il y trouve plutôt de quoi fuir un malêtre profond. De fête en fête, de corps en corps, il tangue et s’enfonce plutôt jusqu’au cou dans un violent marasme.

L’écriture de Drouin est parfois choquante, crue, brutale, mais elle est surtout lucide et honnête. La succession d’histoires de beuveries et de sexe illustre adéquatement le désespoir dans lequel se trouve Luc et le réflexe trop souvent commun qu’ont les jeunes et les moins jeunes, de s’automédicamenter avec les plaisirs faciles. On se demande à un moment s’il trouvera son chemin hors de cette spirale dévastatrice en espérant qu’elle ne soit pas fatale.

Permettez-moi de faire une petite parenthèse. Mes lectures des dernières semaines portaient beaucoup sur les relations de couples vues par les hommes. En lisant Mile End Stories j’ai pris conscience que les hommes écrivent la sexualité différemment des femmes. Plus graphique, vous croyez ? Détrompez-vous. Les hommes décrivent moins les scènes de sexe que les femmes. Ils parlent volontiers de sexualité, mais les descriptions restent très schématiques, n’allant qu’en superficie : ils décrivent le corps de la femme, un ou deux attouchements et la finale ultime. Par ailleurs, les femmes décrivent un peu moins le corps de l’homme et beaucoup plus les interactions, les caresses et les sensations.

En ce qui concerne la psychologie des personnages, quoique juste, celle-ci est brossée rapidement. J’aurais souhaité qu’elle soit un peu plus fouillée, mais elle est suffisamment correcte pour que l’on puisse apprécier l’expérience. Peut-être est-ce mon côté psy qui est  un peu resté sur sa faim. Somme toute, l’auteur est résolument de son temps et l’exercice auquel il se prête est réussi.



Mon appréciation : *** 1/2 




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