dimanche 4 septembre 2011

Quand rire et sérieux se côtoient de manière ingénieuse

Ivresse

Catherine McKenzy

Les Éditions Géolette

480 pages

25 août 2011

ISBN : 978-2-89690-004-6

http://www.editionsgoelette.com/1503-livre-romans-romans-ivresse-coup-de-coeur-elle-canada-en-magasin-le-25-aout-.html?s=nouveau

http://www.renaud-bray.com/Livre_Numerique_Produit.aspx?id=1205047&def=Ivresse%2cMCKENZIE%2c+CATHERINE%2c9782896901098

Katie Sandford est chroniqueuse musicale pour des journaux locaux. Lorsque convoquée en entrevue pour un poste au célèbre magazine The Line, elle s’y présente encore sous les vapeurs d’alcool consommé la veille. Après avoir commis cette bourde monumentale, elle croit son rêve anéanti. Cependant, quelque temps plus tard, la revue la contacte pour un contrat bien spécial. Celui d’épier une vedette en cure de désintoxication. Elle est la candidate tout indiquée, selon ce qu’ils ont vu lors de l’entretien d’embauche, et bien sûr il ne s’agit pas que de ses talents de journalistes. Comme, on s’y attend, la tâche ne lui sera pas facile. Premièrement, elle doit se battre avec sa conscience, qui lui signale que d’espionner quelqu’un pour obtenir un emploi n’est pas correct. Ensuite, il lui faut se débrouiller pour paraître crédible comme alcoolique. Mais, est-ce un réel défi? Sans compter qu’il lui est nécessaire se rapprocher de la vedette de cinéma, une espèce de mélange de Britney Spears et d’Amy Winehouse pour nommer que celles-ci. Et ajoutez à tout cela un mec canon qui ne l’attire pas… ou peut-être que oui? Et tout cela en restant enfermée dans ce centre de désintoxication, à faire de la thérapie à longueur de journée, pour 30 jours fermes. À moins qu’elle ne commette d’autres bourdes en tentant d’obtenir des informations et qu’elle soit mise à la porte.

Le récit est alerte, se lit rapidement et la structure est cohérente. Hormis le fait que quelques expressions se transposent moins bien en français, la traduction en français du Québec facilite l’immersion du lecteur québécois dans l’histoire. Le ton humoristique emprunté par l’auteure est très agréable. Il permet d’aborder de façon légère, mais efficace l’alcoolisme et la fuite de souffrance qu’il sous-tend, la difficulté de reconnaître que l’on a un problème de dépendance. De la même façon, sont évoqués les tromperies, les dilemmes éthiques, ainsi que la force des liens amicaux et familiaux. Tout un programme ! Malgré ces sujets délicats, on ne sent aucune lourdeur.

Par ailleurs, il est particulier que le centre de désintoxication ne présente uniquement que des comédies romantiques le soir venu. Bien sûr, c’est divertissant, mais c’est un peu sadique, non, lorsqu’on sait que le besoin d’amour et le vide intérieur sont à la base de toutes les dépendances? Où est-ce là une stratégie pour les mettre en contact avec leurs émotions pour faire progresser leur thérapie et leur cheminement? Quoi qu’il en soit, les aspects psychologiques sont très bien explorés. La recherche à laquelle s’est livrée l’auteure est impeccable. Qu’il s’agisse du dilemme moral que vit Katie quant à sa mission au centre de désintoxication que des dynamiques au cœur des dépendances. Même jusqu’à l’entourage, qui, consciemment ou non, les alimente ou y contribue de quelque façon que ce soit. Tout cela est fait avec brio et avec une légèreté qui n’enlève rien au sérieux de la chose. Il n’y a aucune minimisation ni banalisation. Simplement un portrait juste de la situation. En plus d’être une histoire qui semble à première vue bien drôle, elle renseigne sur l’alcoolisme et les autres dépendances, tout en démystifiant l’expérience des centres de désintoxications. Elle permet également au lecteur de porter un regard critique sur le sort des célébrités et sur la consommation de journaux à potins. Si personne ne les achetait y aurait-il tant de paparazzis qui pourchasseraient les vedettes?

Une histoire riche, intelligente, drôle et profonde à la fois. Plaisir de lecture assuré!


Mon appréciation : ****


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