mardi 13 septembre 2011

De l'inappétence sexuelle

L’envie

Sophie Fontanelle

Robert Laffont

Août 2011

162 pages

ISBN : 9782221126950

http://www.laffont.fr/site/l_envie_&100&9782221126950.html


Sophie, une femme comme tant d’autres, n’a jamais réfléchi à la place de la sexualité dans sa vie. Elle a toujours eu des rapports sexuels parce que ça allait de soi, n’a jamais opposé un refus, malgré ses réticences à s’adonner à ces actes charnels. Jusqu’au jour où, soumise à un sentiment bien au-delà d’une simple lassitude, elle décide d’écouter ce qui se passe dans son corps qui refuse de se donner. Ni physiquement ni amoureusement.

À partir du moment où elle choisit de dire non, où elle reprend le pouvoir sur son corps, elle se retrouve dans le vide et il lui est difficile de ne pas être en mesure de contrôler la situation. Toute frustration devient invivable. Ce qui est normal, la nature est ainsi faite. Lorsqu'on se trouve dans un extrême et qu'on le quitte, il est inévitable ou presque, d'aller à l'autre. Non seulement à cause de la trop grande tolérance passée, mais aussi afin de se constituer des balises pour trouver le centre.

Elle a également du mal à composer avec les réactions de son corps qui se renfrogne, conséquence de nombreuses années à vivre une sexualité qui ne lui convenait pas, à laquelle elle se sentait obligé. La normalité ne le dicte-t-elle pas? Il faut avoir des relations sexuelles, c’est comme ça. Or, lorsque l’on va à l’encontre de soi, le corps finit par se rebeller de tant d’abus. Il se ferme, se cabre, impose sa loi.

Être différent au milieu des autres est dérangeant pour autrui peut-être plus que pour soi. Si elle ne désirait pas les hommes, alors elle devait, selon la conception générale, convoiter les femmes. Mais ce n’était pas le cas. Et cela mettait son entourage hors d’eux. Il est inenvisageable de ne pas avoir envie de sexualité, tout simplement impensable. Cet agacement était possiblement causé, chez certains, par le fait qu’eux-mêmes n’osaient pas s’avouer que parfois, à un moment de leur vie, ils n’avaient aucune envie de sexualité. Cette idée était inconcevable, tout le monde aimait le sexe et en voulait tout le temps. Ils n’osaient pas se permettre d’écouter cette voix en eux qui leur disait « pas envie », leur corps qui tentait de se dérober à l’étreinte. Non, le sexe, cela va de soi, pensaient-ils.

Le désir, c’est la volonté du contact avec l’extérieur. Il est directement lié à la pulsion de vie (dixit Freud et ses collègues psychanalystes). On le sent dans le discours de l’auteur, tout subtilement. Non seulement n’a-t-elle plus envie de plaisir charnel, mais elle installe également une distance par rapport à son existence et tout ce qu’elle contient.

Composé de courts chapitres, presque à la façon d’un journal intime, ce compte-rendu d’états d’âme et de réflexions pose de sérieuses questions quant à la pratique sexuelle et au désir charnel. L’écriture parfois trouble de ce récit audacieux est parfois déroutante. On vogue au gré des réflexions, ce qui a pour résultat qu’on a par moments l’impression que l’auteur va dans tous les sens, mais en fait, on ne s’éloigne jamais de la ligne directrice. Le sujet est complexe et délicat. Cependant, l’auteure, qui compare le sexe à la scolarité obligatoire, ouvre la porte sur une redéfinition des bases du désir, de cet élan libidinal que l’on croit obligé dans toute relation amoureuse.

Une lecture inspirant une profonde réflexion.

Mon appréciation : *** ½

2 commentaires:

  1. J'ai entendu plusieurs critiques de ce livre, et j'avoue que j'étais très intriguée. Je n'étais pas vraiment sûre de vouloir le lire, j'attendais de voir ce que ça pourrait être. Avec cette chronique, j'ai un peu plus envie de le lire !

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