dimanche 15 mai 2011

«À toi, pour toujours, ta Marie-Lou» : Le jeu des perceptions


À toi, pour toujours, ta Marie-Lou


de Michel Tremblay


Théâtre du Nouveau Monde du 3 au 28 mai 2011


Mise en scène : Gill Champagne


Distribution : Denis Bernard, Eveline Gélinas, Marie Michaud, Dominique Quesnel



La pièce de Tremblay met en scène une famille tourmentée, dont Léopold le père alcoolique, et Marie-Louise la mère rigide et coïncée dans ses croyances, sont décédés avec leur jeune fils dans un accident. Dix ans après leur mort, leurs deux filles se souviennent du jour ou tout a basculé dans leurs vies.


La pièce se passe simultanéement à deux époques. Les retours dans le temps signifié par un effet sonore ainsi qu’un éclairage tamisé sur les soeurs qui sont sur un promontoire du décor distordu de Jean Hazel. Celui-ci reflète la perception de chacune des soeurs de la relation entre Léopold et Marie-Louise. Ces deux derniers évoluent sur un sol empli d’eau symbolisant leur appartenance au passé ainsi qu’un espèce de purgatoire qui les retient prisonnier.


La mise en scène, en ce 40e anniversaire de la pièce, a été confiée Gill Champagne. Elle est moins statiques que plusieurs mises en scènes vues auparavant, ce qui est intéressant. Au début, le chassé-croisé des dialogues amène le spectateur à se demander sur quel plan il se trouve. C’est en fait l’état d’esprit de Manon, pour qui ses parents sont constamment présents dans la maison familiale qu’elle habite toujours et qu’elle entretient comme un mausolée pour ses parents morts. Elle voue particulièrement un culte à sa mère, pieuse, à qui elle a toujours voulu ressembler. En témoignage de son amour pour elle, Manon est devenue très dévote. D’autre part, la lenteur des déplacements, notamment ceux des parents, transmet le côté lancinant de la douleur ressentie par les personnages. Et ce, à un point tel où il arrive au spectateur de vouloir que cette douleur s’arrête, presque autant que les personnages le désirent. Les effets sonores sont minimaux et généralement assez bien dosés. Les acteurs nous livrent une performance solide. Bien sûr, Marie Michaud et Denis Bernard ressortent un peu plus à cause de l’intensité de leurs propos. Le jeu de Dominique Quesnel aurait pu être quelque peu raffiné à certains moments, mais il était, somme toute, assez honnête.


Tremblay permet au spectateur de conscientiser que les perceptions d’un même évènement par deux personnes en ayant été témoin peuvent être totalement différentes. En outre, il souligne également la différence de réaction en rapport à une même situation. Manon se fige, prostrée, alors que Carmen se démène sur les scènes en tant que chanteuse country. Outre ces thèmes, la pièce aborde également la sexualité des années ‘60, la difficulté des femmes à accepter d’avoir du plaisir et la maladresse des hommes à cet égard. Au-delà des moyens que Tremblay prend pour passer son message, celui-ci reste : le responsable n’est pas toujours celui que l’on croit. Les relations sont multidirectionnelles, il en va donc de même pour tout ce qui en ressort.


Mon appréciation : ***

2 commentaires: