mercredi 18 mai 2011

La longue route vers soi

L’escapade sans retour de Sophie Parent


Mylène Gilbert-Dumas


VLB Éditeur


352 pages


http://www.edvlb.com/ficheProduit.aspx?codeprod=359850




Auteure de nombreux romans historiques, Mylène Gilbert-Dumas raconte, dans L’escapade sans retour de Sophie Parent, une histoire très actuelle. Il s’agit d’une femme qui à l’âge de 40 ans réalise qu’elle a passé toute sa vie à se dévouer pour les autres, à son propre détriment. Puis un jour, à la vue de sa haie de cèdres, elle décide de tout quitter. Oui, oui, vous avez bien lu : à la vue de sa haie de cèdres ! En s’approchant de celle-ci, elle a constaté qu’elle était bien belle de l’extérieur, mais qu’à l’intérieur, elle foisonnait de branches mortes. C’est là qu’elle a réalisé ce qui l’attendait si elle continuait à vivre pour l’amour et l’approbation des autres. Elle quitte donc dans la nuit pour le Mexique, question de se dépayser quelque temps. Ce qu’elle ignore à ce moment, c’est qu’elle ne reviendra pas à la maison et son périple l’amènera au bout d’elle-même.


C’est une histoire que de trop nombreuses femmes trouveront familière. Pas avec un autre roman, mais avec leur vie. Parce qu’en effet, Sophie Parent pourrait être n’importe quelle lectrice... ou presque. Quelle femme n’a pas, à un moment ou un autre de sa vie, été dans la situation où elle n’osait pas dire non ? Débordée, épuisée, surmenée, elle a dit oui à un parent, un enfant, un voisin, un conjoint, alors qu’elle aurait voulu ou même dû dire non. Parfois, comme le personnage du livre, elle ne savait même pas que c’était une option possible, sans passer pour une mal élevée et une égoïste.


La plume de Mylène Gilbert-Dumas est agréable. Elle peint fidèlement le tableau des femmes du deuxième millénaire, prises entre le travail, la maison, les enfants, le conjoint et des parents malades. Elles donnent sans compter, font de l’oubli de soi un mode de vie, jusqu’à ce qu’un jour, le fameux élastique cède, causant des blessures au passage. Le personnage de Sophie Parent est parfois choquant de naïveté et de soumission. On a envie de la brasser et de lui dire « Réveille, fille ! Tu te fais avoir ! » C’est la preuve que c’est réussi ! La psychologie du personnage est d’une justesse impressionnante.


Ma principale réserve concerne le début de l’histoire. Au départ, on aurait souhaité que l’auteur prenne un peu plus de temps pour démontrer la socialisation et le schéma relationnel dans lequel Sophie était prise. Qu’elle l’expose, plutôt que de l’expliquer. La prise de conscience est un peu rapide, et bien rapidement appliquée. Comme si l’on sautait des étapes. L’auteur veut s’assurer que le lecteur saisit tout de suite ces éléments. Par contre, ça fait un peu plaqué comme démarrage. D’autre part, la fin peut être légèrement décevante. Mais, si on lit comme il faut, que l’on relève les indices, on se rend compte que cela va tout à fait dans le ton du livre, qui se veut, très subtilement un conte des temps modernes, pour adultes. Un conte très réaliste d’une femme qui s’affranchit des liens qui la maintiennent dans une position de soumission, pour enfin prendre le pouvoir de sa vie. Et c’est comme cela que l’on doit l’envisager pour tirer le maximum de plaisir et de bénéfices de cette lecture, outre les recettes à la fin ;-) !


Mon appréciation : *** 1/2

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