samedi 23 avril 2011

Mission périlleuse réussie : À quoi ça sert de grandir?

À quoi ça sert de grandir

Harold Gagné

Libre Expression

252 pages


Écrire un livre sur les enfants de la DPJ n’est pas une mince affaire. Cela l’est encore moins lorsque l’on s'adresse au grand public. Comment raconter la négligence, l’abus, la violence, sans tomber dans le mauvais gout, le sensationnalisme ou carrément dans l'horreur? Je me demandais comment Harold Gagné allait s'y prendre, non seulement pour faire le récit des sévices expérimentés par ces enfants et témoigner de leur monstruosité, mais également pour sensibiliser le lecteur à la nécessité d’agir contre la maltraitance et la négligence, tout en évitant de générer un malaise tel qu’il sente le besoin de fermer le livre sans en avoir complété la lecture. Sans mentionner le défi de relater les évènements tout en préservant la dignité de ces enfants, de ces jeunes adultes. Sans perpétrer un acte supplémentaire de violence à leur égard en exhibant grossièrement leurs blessures?

Harold Gagné réussit l'exercice avec une indéniable adresse. Il procède précautionneusement, chaque nouveau sujet a un chapitre introductif afin que le lecteur puisse se faire tranquillement à l'idée de ce qui va suivre. Cela permet d'amortir le choc, la brutalité de ce qu'il va raconter, sans toutefois en nier la réalité. Cela ne la rend pas acceptable, mais lisible. L’auteur a aussi l’habileté de recourir à une progression, une gradation dans la présentation des histoires. Au début, il relate des situations d'abandon et d'adoption, notamment celle de sa mère. Puis tranquillement, il décrit des situations où les sévices subis par les enfants. Cependant, il y a quelques longueurs notamment lorsqu’il raconte l’histoire de Normand Laprise, chef propriétaire du restaurant Toqué, plus spécifiquement lors du récit de sa vie sur la ferme.

En outre, il dresse un tableau complet de la situation des enfants maltraités. Il aborde l’adoption, la négligence, le syndrome du bébé secoué, des agressions physiques et sexuelles, de l’abandon d’enfant, des enfants adoptés provenant d’autres pays et abandonnés à nouveau par leurs parents adoptifs. Il expose également certaines séquelles de tels abus sur la vie adulte. Il étoffe son texte d’histoires de personnes qui ont su s’en sortir, qu’elles soient inconnues du lecteur ou qu’il s’agisse de personnalités connues. Cela permet de démanteler le mythe selon lequel tous les enfants maltraités sont destinés à une vie de violence, de crimes et d’abus de toutes sortes. De plus, les faits relatés sont étayés de chiffres qui, malheureusement, sont effarants.

Hormis la finesse de la structure de l’essai, l'écriture d'Harold Gagné est sobre et accessible à tous. Il dit les choses simplement, s'implique émotivement et démontre son côté humain, à l’inverse de ce qu’il a l’habitude de faire dans son travail de journaliste, qui commande la neutralité. Cependant, il évoque les faits sans porter de jugement sur les gens impliqués. Cette compromission est surement due à la délicatesse du sujet. Par ailleurs, elle explique également son intérêt pour celui-ci.

Libre Expression a l’habitude de publier des essais qui sont à la portée de tous et celui-ci ne fait pas exception. Il s’adresse autant à monsieur et madame tout le monde qu’aux gens ayant eu affaire avec la DPJ et les services sociaux au cours de leur vie. Il peut d’une part servir d’inspiration et de motivation à transcender un passé trouble et d’autre part inciter le lecteur à s’impliquer afin de faire la différence dans la vie d’un enfant ou d’un jeune.

Mon appréciation : *** 1/2


4 commentaires:

  1. Un livre que je vais à coup sur lire! Merci chère BouquineuzeB!

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  2. Ça me fait plaisir! Il y a de ces choses que l'on aime bien partager. Il faut parler de cette réalité et arrêter de vouloir la cacher. Elle est là et il faut faire quelque chose pour la stopper. C'est l'affaire de tout le monde.

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  3. C'est un livre qui ne dit pas tout, juste un côté de la médaille des crimes humanitaires causés par la DPJ pour protéger ces criminels de vole d'enfants et de briser l'autorité parentale et les souches biologiques à tout jamais et faire des finances sur ces innocents et les plus démunis pour ne pas dire la vraie vérité, des vraies histoires atroces qui les marqueront pour la vie psychologiquement. Harold Gagné ne dit pas tout et protège la DPJ dans leurs crimes en fermant ses yeux sur ce crime protégé par l'immunité et je vous mets au défi de voir la vraie vérité des faits et non des demi histoires écritent par des endormis!!!

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  4. J'ai lu le livre mais pour moi avec des yeux de maman qui il y a plus de dix ans prenait enfin dans ses bras sa petite fille brune tant désirée.
    Son parcours toute petite fut évidemment similaire aux autres décrits pendant la lecture de ce livre dur mais authentique. Cependant depuis que la petite fille que j'ai si longtemps portée dans mon coeur est apparue en mes bras, c'est une histoire merveilleuse et je remercie tout ces intervenants, en particulier Louise Pellerin, qui ont fait en sorte que nos deux destins se croisent ainsi.

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