samedi 2 avril 2011

Les temps ont changé, intégrons-le!

AMOUR & LIBERTINAGE

Dirigé par Elsa Pépin et Claudia Larochelle


Les 400 coups Éditions




Décidément les trentenaires sont en mal d'amour. Le recueil de nouvelles Amour & libertinage vient s'ajouter à de nombreux autres livres parus dernièrement ayant pour sujet les relations amoureuses et sexuelles de la génération X, plus particulièrement ceux dans la trentaine. On n'a qu'à penser à Désespérés s'abstenir; L'autre moitié du lit; Pas ce soir ma chéri, j'ai mal à la tête;Oui, je le veux! Pour ne nommer que ceux-là.

Après s'être fait dire par leurs parents, soyez autonomes, travaillez fort, refusez l'oubli de soi, ne laissez quiconque décider pour vous, cette génération bien établie professionnellement et loin de l'être amoureusement. C'est le constat que l'on fait à la suite de la lecture des nouvelles. Oh! n'allez pas croire que tout est noir et qu'il n'y a pas d'espoir. Ce recueil fait simplement l'état de la situation amoureuse de cette partie de la population. Bien sûr, si l'on veut toujours être en contrôle, être au-dessus de ses affaires, il est difficile d'atteindre le degré de lâcher-prise nécessaire à la relation de couple. Il faut accepter de ne pas tout contrôler et notre génération n'a pas bien appris cela. Notamment les femmes, plusieurs ayant vu leur mère dépouillées de pouvoir, ou à tout le moins en avoir moins que l'homme. Elles s'étaient bien juré que cela ne leur arriverait pas. Mais voilà, l'amour est une rencontre, un lieu où l'on se rejoint, où l'on partage un espace et un certain nombre d'éléments avec l'être aimé. Et dans cette zone de partage, on est deux maîtres à bord. Premièrement, il faut accepter le partage, c'est là où entre en scène la peur de l'engagement, dont il est question dans plusieurs nouvelles. Une fois que cette intimité est créée encore faut-il s'entendre sur la façon de la gérer ENSEMBLE. Puis il faut également accepter que les autres zones ne nous appartiennent pas et que nous puissions suggérer, émettre des commentaires, mais ultimement, c'est à l'autre de décider pour et par lui-même.

Puis il y a ces fois où l'on s'est laissé aller à aimer. Totalement, follement, puis... rupture. Une rupture qui déchire. Une onde de choc qui, parfois, fait imploser l'être sous sa force. À travers 14 nouvelles, mes collègues générationnels transposent ces notions dans leurs écrits. Certains les trouveront défaitistes, parfois cyniques. Pourtant elles font preuve d'un réalisme d'une précision quasi chirurgicale.

La toute première nouvelle, celle de Véronique Marcotte Je vous aime tous, met en scène une femme ayant croisé par hasard dans le train un couple, qui s'est suicidé quelque temps après. La femme est devenue obsédée par ce couple soudé tant dans l'amour que dans le suicide. Elle entame des recherches afin de mieux connaître le couple célèbre et comprendre pourquoi ce geste, comprendre l'ampleur de cet amour. Le point fort de cette nouvelle en est la chute qui est très réussie. L'invention de Paul-Guillaume Corbeil nous présente une croqueuse d'homme qui ne cherche que la conquête. Sophie Cadieux, dans son joli texte nommé Comment devenir Madame Bovary, aborde l'amour sur internet et ce faux sentiment de sécurité et d'intimité d'une femme pas si confiante qu'elle ne le paraît. Bien écrit, le texte est à la fois drôle et cynique. Tristan Malavoy-Racine, lui, traite de la monogamie d'une façon très particulière dans un texte assez original. J'avoue qu'il m'a laissé pantoise. De la nouvelle Les nocturnes, d'Émilie Dubreuil, je ne vous citerai qu'une phrase : «La vie n'est qu'une vaste séance de préliminaires qui attend l'orgasme violent».

J'avoue avoir été particulièrement touchée par le texte de Claudia Larochelle Les mains d'Elena Ceausescu. Quel beau titre. Avec son écriture délicieuse, elle aborde ces amours auxquels on s'abandonne et dont on sort écorché vif et qui requièrent beaucoup, beaucoup de temps pour guérir.

D'autre part, j'ai également été troublée par Monogames en série d'India Desjardins. Je ne parie pas, mais je suis convaincue que toute personne ayant déjà vécu plus de deux déceptions amoureuses se reconnaît dans cette façon d'analyser et de prévoir la relation. Prédisant son échec avant même que la relation ne soit réellement établie, ne s'autorisant pas à se faire des idées, à croire, à faire confiance. Finalement à s'engager dans le processus sachant qu'une blessure, perçue comment imminente, surviendra. On sabote donc, consciemment ou non, cette relation embryonnaire. Puis lorsqu'elle termine, on se conforte en se disant qu'on le savait bien, qu'on l'avait vu venir.

Une force de ce recueil réside dans la présence de textes écrits par des hommes. Cela permet d'avoir deux perspectives. Oui, les hommes ont déjà écrit l'amour. Cependant dans ce cas-ci, cela rend le livre plus complet. Les hommes trentenaires ont, à mon avis, moins parlé d'amour que ceux des générations précédentes. Et pourtant ils ont vécu les mêmes changements que les femmes. Ils sont confus affectivement, tout comme les femmes. Maxime Catellier nous exhorte de cesser de croire aux contes de fées si nous voulons laisser exister l'amour. Mathieu Simard, dans La licorne en short shorts rouges nous relate une histoire sur le combat que se livre l'amour et le quotidien. Qui gagnera d'après vous? Et Stéphane Dompierre complète le tableau masculin en abordant les rencontres aussi fortuites qu'éphémères.

Il y a peut-être une certaine dose de cynisme dans ces textes, mais également de réalisme et j'irais jusqu'à dire d'espoir. Certains personnages retrouvent l'amour, d'autres continuent d'y croire. Les repères sont perdus, nous devons nous en recréer. Mais pour cela, il faut redéfinir les notions d'amour et de couple. Je me répète, l'amour pour toujours, c'était quand l'espérance de vie était de 50 à 60 ans. Cela servait à assurer la filiation de l'homme ( et de l'assurer qu'il s'agissait bien de ses descendants). De telles définitions ne devraient-elles pas être remises à jour? Individuellement, puis ensuite en couple. On met à jour nos ordis, nos iPhones, nos iPads, nos couleurs et coupes de cheveux, nos garde-robes, nos maisons, etc. Et nos relations, elles? Osez cesser de vous soumettre aux vieux cadres des anciennes générations. Vous verrez vous vous sentirez mieux par rapport à votre réalité. Si les anciens cadres vous conviennent réellement, gardez-les. Mais lisez ce livre. Nous sommes des milliers à vivre ce qui y est relaté. Il n'y a plus une seule norme. Embrassons notre différence. Pour moi ce livre se veut un cri de ralliement pour cette génération. Assumons-nous. Soyons cohérents. Les temps ont changé, intégrons-le!


Mon appréciation : *** 1/2

2 commentaires:

  1. En effet ce livre semble se vouloir une forme de baume pour une situation pas évidente : les relations amoureuses pour la génération X. surtout dans un monde très individualiste.

    Pour ma part, je ne sais pas si tu l'as lu sur mon fil de nouvelle Twitter, mais mon blogue a fêté son premier anniversaire! et je t'invite, si ce n'est pas déjà fait à venir lire mon parcours de blogueur culturel.

    À bientôt sur Twitter! et sur mon blogue :)

    RépondreSupprimer
  2. Oui, félicitations pour ton premier anniversaire en tant que blogueur!

    J'ai lu ton texte sur ton parcours. Très intéressant!

    Au plaisir!

    RépondreSupprimer