dimanche 6 mars 2011

La chambre : condamné à (s') écrire

La chambre

Simon Lambert

VLB Éditeur

173 pages




Un homme se réveille dans une chambre crasseuse et puante. Il n'a aucune idée de la façon dont il s'y est retrouvé ni depuis combien de temps il y est. En regardant autour de lui et constate qu'il n'y a qu'un bureau, une chaise, le lit dans lequel il est allongé et toute cette saleté. La seule fenêtre de la pièce est tellement sale que la clarté peine à y poindre. Sur le bureau, il distingue tant bien que mal une pile de feuilles et une plume. Il a alors l'intime conviction qu'il a été enfermé dans cette pièce pour écrire, mais il ignore de quoi il est coupable. L'accuse-t-on à tort ou à raison? Quoi qu'il en soit, il est détenu pour écrire et il se résout à faire ce pour quoi il est en ce lieu.

On l'accompagne dans ses réflexions sur ce qu'il a vécu, sur ce qu'il écrit, sur l'attitude à adopter avec les gens qui le tiennent captif. Il est décidé à ne pas leur donner satisfaction autre que la tâche dont il doit s'acquitter. On assiste à la lutte de pouvoir qu'il se livre afin de ne pas en concéder plus qu'il n'en faut à l'autre. Il est fascinant de voir les nombreux efforts de maîtrise de soi pour arriver à cet objectif. On le voit modifier sa relation avec Martha, la seule personne avec qui il a des contacts et qui lui apporte ses repas. De façon très rapide, il s'impose à celle-ci et devient le dominant. Notamment en ne la regardant pas, en ne lui adressant très peu la parole et en exigeant d'elle des choses. Un minimum de choses, car il ne veut surtout pas lui donner trop de pouvoir. Et il écrit, sans relâche.

Il écrit l'histoire du bistro, l'histoire de la bibliothèque et d'Élisabeth, ces histoires de son enfance. Il écrit pour rester sain d'esprit, pour exister, pour laisser sa trace. Puis lorsque le papier vient à manquer, Martha lui apporte des feuilles sur lesquelles il est déjà écrit une histoire à propos d'un chevalier. Ce texte sera au cœur de la lutte de pouvoir qu'il a établi avec Martha. À travers l'écriture, sa lecture de l'histoire du chevalier et sa relation avec Martha, il arrive à faire la paix avec certains événements de son enfance et de sa vie d'adulte. Comme quoi une expérience de prime abord négative peut parfois s'avérer salvatrice.

À la lecture des premières pages, on a l'étrange impression d'être devant une autre histoire bien connue. Il faut cependant aller au-delà de cette impression. L'écriture de Lambert est soignée, agréable. Les réflexions sont d'une profondeur et les personnages, particulièrement le personnage principal est complexe et pourtant si bien défini. Leurs interrelations sont bien étudiées. Le texte riche, malgré son apparence bien simple. C'est un livre à multiples lectures, en ce sens que l'on retire de différentes choses à chacune d'entre elles. Notamment sur la notion de culpabilité, sur le fait qu'il ne sert à rien de s'épancher sur nos circonstances, mais qu'il faut déterminer un plan de match et le réaliser. Sur les mécanismes de défense que l'on met en place pour éviter de souffrir nous empêchent, en fin de compte, d'être nous-mêmes et d'actualiser notre plein potentiel, et que pour cela, il faut risquer de souffrir, car la vie n'existe pas sans une part de souffrance. Un livre qui nous appelle à devenir l’acteur de sa vie et écrire sa propre pièce avec ce dont on dispose.


Mon appréciation : ****



4 commentaires:

  1. Ça tombe tout à fait dans mon genre de livre ça: je le note dès maintenant! ça me fait aussi penser à ce film: http://www.imdb.com/title/tt0364569/

    très trash...

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  2. Ça peut y ressembler en effet, moins l'action ;-)

    J'ai beaucoup apprécié la lutte intérieure et les prises de conscience du personnage principal. C'est finement écrit.

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  3. La façon dont tu en parles me fait penser, moi, à une pièce de Wajdi Mouawad, "Reves". De la même manière, un gars écrit, dans une pièce sombre, tout ce qui lui vient à l'esprit. Ses personnages prennent parfois vie et viennent le saluer. Bref, j'avais vu cette pièce sur scène et elle m'avait marquée. Ce livre me tente donc aussi. :-)

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  4. @Critéïne Je n'ai pas vu cette pièce de W. Mouawad. Mais elle semble fort intéressante. J'adore ses œuvres, je vais essayer de me procurer au moins le texte de cette pièce. Merci de l'info!

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