mardi 22 février 2011

La quête d'amour au centre de tout.




Isabelle Le Pain a publié ce mois-ci son premier roman L'autre moitié du lit chez AdA. Ancienne travailleuse sociale ayant œuvré à la Protection de la jeunesse durant plusieurs années, elle est maintenant enseignante au programme de Techniques de travail social du Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu. C'est avec générosité qu'elle a accepté de me rencontrer à son bureau pour discuter de son livre.


La quête

Comment décririez-vous votre livre?

Ce roman est un mélange d’une multitude de thèmes, en lien avec notre humanité. Que ce soit le côté noir, blanc ou encore celui qui est gris. Il parle de la quête amoureuse, de questionnements, de constats ou encore de l’absence de réponses et ce, peu importe l’âge. Il parle d’amitié, de l’influence qu’exercent les autres sur soi. Il parle d’amour envers sa personne et les autres, sans oublier le deuil, qui se vit parfois d’une façon plus insidieuse ou plus visible. Il parle de colère, d’impuissance et de solitude puis, en sens inverse, de persévérance, d’espoir, de confiance et d’idéaux.

L’autre moitié du lit, porte aussi un regard sur l’ironie de la vie, qui à sa façon, nous retourne à notre humilité, lorsqu’elle devient plus efficace que nous, afin de mieux travailler en notre faveur. Bref, on peut lire ce livre de plusieurs façons. Tout dépend de ce qui nous touche, nous fait rire ou encore nous attriste.


Cette quête d'amour dont il est question est principalement portée par Gabrielle, le personnage principal. Pourriez-vous nous la décrire?

Elle est entière, sensible, rêveuse, excessive parfois. Elle est loyale, pleine d’espoir, ironique, cérébrale. Elle est également persévérante, particulièrement lorsqu’elle veut changer le cours des choses, tout en conservant son « statu quo »! Alors, sa capacité d’autodérision devient utile lorsqu’elle n’arrive pas à lâcher prise. Il y a aussi une grande partie d’elle qui vit de l’ambivalence, une crise au niveau de ses croyances, de ses choix et de ses valeurs. Cette crise lui fait vivre de la colère, de la tristesse, de l’impuissance.


En quoi Gabrielle vous ressemble-t-elle?

Probablement avec les caractéristiques de l’auto-dérision et sa façon d’exprimer simplement des choses ou des sujets parfois complexes. Il y a aussi la persévérance, l’idéalisme et le côté cérébral. Comme moi, Gabrielle tolère peu les injustices et les incohérences de ceux qui se permettent de faire « la leçon », tout en n’appliquant pas les mêmes principes sur eux-mêmes. Toutes les deux, nous sommes également interpellées par les êtres qui abusent de la faiblesse et de la crédulité des autres.


En quoi est-elle différente de vous?

Dans un premier temps, son âge et les questionnements qui s’en suivent. Il y a également des différences au niveau des attentes, des valeurs et des croyances. Elle est davantage dans l’absolu, plus excessive, plus « grande que nature ». Elle est aussi un peu plus fleur bleue que moi. Gabrielle tolère peu son sentiment d’impuissance. Elle ressent très rapidement la culpabilité, elle se demande continuellement si ce qui lui arrive est de sa faute, si elle le mérite. Aussi, elle tolère plutôt mal la solitude, alors qu’il s’agit pour moi de moments privilégiés, importants et nécessaires.


Dans L’autre moitié du lit, on ressent la souffrance vécue par Gabrielle qui, malgré ce qu’elle dit, n’assume pas totalement son célibat. Croyez-vous qu’il est possible qu’un célibat soit totalement assumé, bien vécu, voire désiré?

Tout à fait. Je pense même qu’il est préférable d’être seule que mal accompagné. Pour certaines personnes, il est facile de s’accompagner soi-même et ce, peu importe les motifs justifiant cette préférence. Alors, imaginez particulièrement lorsque l’on se trouve soi-même de bonne compagnie! D’ailleurs, j’ai parfois l’impression que la « pesanteur » du statut de célibataire serait moins lourde pour un grand nombre de personnes. De quelle façon? Simplement en faisant taire l’environnement immédiat et les valeurs de la société qui indiquent qu’on ne peut être heureux qu’en couple.


Comment peut-on réussir à faire fi des pressions de l’environnement, selon vous?

En fait, ce sont les gens et les événements qui nous rappellent que nous sommes célibataires. La notion de enlevait tout ça, beaucoup de gens choisiraient d’être célibataires. Je pense que pour cela il faut d’abord accepter que ce soit ton choix d’être célibataire, protéger ton autorité intérieure, se faire confiance et mettre ses limites. Il faut également cesser de se percevoir comme une victime.


Gabrielle est peut-être à la recherche d’un compagnon, mais elle a cependant de fortes amitiés. Elle a entre autres tissé une profonde amitié avec Ariane. Quelle est l’importance de l’amitié dans votre vie?

Elle est importante et faisant partie d’un tout. L’amitié commande un type d’amour différent de celui en lien avec la famille, les enfants, celui du couple, de ses passions ou encore de son travail (lorsqu’il est un facteur de bonheur). Les enjeux ne sont pas les mêmes et l’influence qu’elle peut exercer sur la personne est également différente. L’amitié pour moi, permets d’enrichir la personne, de l’équilibrer, de répondre à certains besoins à diverses périodes de la vie. L’amitié à travers le temps, peut être à la fois un port d’attache tout comme un miroir confrontant. Je pense que le cœur est un muscle extensible et que l’amour peut se multiplier au lieu de se diviser.


Le chemin vers l’écriture


Après avoir travaillé plusieurs années en tant que travailleuses sociales, vous enseignez en techniques de travail social. Maintenant, vous nous offrez votre premier roman. D’où provient ce désir d’écrire?

Peut-être était-ce la suite logique des choses dans ma vie professionnelle. Après avoir écrit de nombreux rapports psychosociaux, un mémoire de maîtrise, de nouveaux contenus de cours. J’avais envie d’écrire d’une façon plus légère, moins scientifique, plus accessible, plus amusante pour moi et le lecteur. Ma famille me soulignait dernièrement que lorsque j’étais enfant, je voulais devenir tout cela… intervenante, professeure et auteure. Alors, je suis dans la ligne de mes rêves et aspirations. Aussi, j’ai toujours vu ma mère écrire…


Qu’aimez-vous dans le fait d’écrire?

Ça permet le recul, en ce sens que l’on peut toujours revenir sur l’écriture. Comme lorsque je travaillais en intervention, les notes d’évolution me permettaient de prendre du recul par rapport aux interventions. L’écriture c’est libérateur, c’est la passion. Ça m’amuse quand j’écris une ligne pleine de « punch ».


Votre profession vous a sûrement permise d’être témoin de plusieurs dynamiques relationnelles. Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire sur la quête amoureuse, plutôt qu’autre chose?

En tant qu’ex-travailleuse sociale (ne faisant plus partie de l’ordre), l’amour et l’attachement m’apparaissaient être souvent à la base du bonheur ou du malheur. Il s’agit d’un besoin fondamental universel. À partir du degré d’amour ressenti, de la gestion, de l’importance qu’accordent les individus quant à l’amour, selon leur perception et leur vision de la chose, toute l’unicité et la complexité de la personne apparaissent. Comme l’individu est continuellement en interaction avec son environnement, les croyances très influentes dans notre société vont également avoir un impact sur la personne. Il était donc intéressant de démontrer un peu ce phénomène, à travers les interactions et le regard que Gabrielle posait sur son environnement et réciproquement eux sur elle.

Votre roman est rédigé sous forme de chroniques. Qu’est-ce qui vous a fait pencher pour ce type de rédaction?

Deux raisons particulières. D’abord, parce que le style de rédaction s’est imposé de lui-même. Il convenait bien pour l’histoire de Gabrielle. Comme sa vie ne se résumait pas seulement à cette quête, il était plus simple de mettre l’accent sur cette portion qui lui permettait d’explorer différentes notions en lien avec l’amour. Mon idée initiale était de faire découvrir Gabrielle sous d’autres angles un peu plus tard, mais à travers l’histoire des autres personnages, pour qui j’aimerais offrir une attention plus particulière et plus en profondeur.

Ensuite, parce qu’à travers les années et différentes conversations, je trouvais que certains thèmes, en lien avec la quête amoureuse, se retrouvaient chez plusieurs personnes, et ce, d’une façon presque universelle. Il était donc intéressant de pouvoir donner un point de vue et un certain sens, selon la personnalité de Gabrielle.



Retrouver le chemin vers soi


Qu'aimeriez-vous que vos lecteurs retiennent de votre livre?

Que l’aventure commence par soi-même dans un premier temps et que la vie travaille souvent mieux que nous! Aussi, que l’humilité et l’humour sont des outils puissants pour faire face aux revers de la vie.


Vous prévoyez écrire un autre roman. De quoi parlera-t-il?

Je pense qu’il s’agira de l’autre moitié du lit du personnage d’Ariane. Ariane est totalement différente de Gabrielle. Sa quête de l’amour se ressent et s’actualise de façon totalement opposée. Elle n’est pas aussi cérébrale, mais davantage dans l’action. Ariane aime la solitude et subit peu l’influence de l’environnement.



Questions/Réponses avec Gabrielle

Qu’est-ce qui vous fait rire?

L’ironie de la vie, mes réactions et ce qui peut me passer par la tête…

Qu’est-ce qui vous enrage?

D’avoir l’impression de faire tout ce que je peux et que la situation ne donne pas nécessairement ce que je souhaitais. Je peux également être explosive devant l’intolérance et la cruauté des autres.

Qu’est-ce qui vous émeut?

Les petites attentions, la générosité gratuite, la souffrance de l’autre.

Qu’est-ce qui vous inspire?

Mon environnement, les petits événements qui se produisent autour de moi, le courage (en petit comme en grand format).

Quelle est votre devise?

Merci, j’ai l’impression d’avoir compris en partie… on continue et je ferai mieux la prochaine fois.

Seule sur une île, qu'apportez-vous?

Je ne serai jamais seule! J’apporterais tout mon environnement (ami [e] s, chum, bébé, famille) et le nécessaire pour reconstruire un lieu accueillant, sécurisant, confortable et paisible.







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