lundi 29 novembre 2010

Un peu de «Chick lit». Suite d'une de mes lectures d'été

Éléonore
2. Les détours nécessaires





Il s'agit bien évidemment de la suite du premier roman de Nadia Lakhdari King Éléonore 1. Le quartier de l'orgueuil. La quatrième couverture résume le livre ainsi : «Éléonore est enceinte et célibataire quand Malik, l'homme de ses rêves, lui propose de l'épouser. Mais sa vie amoureuse demeure compliquée. Tiraillée entre raison et passion, Éléonore devra se définir en tant que femme, mère, amante, et femme d'affaires. Allegra a vu ses rêves de célébrité new-yorkais réduits en poussière. Saura-t-elle se reconstruire pour faire face au plus grand défi de sa carrière? De son côté, Yasmina se plonge dans la littérature à Paris et devra mettre ses principes et son cœur à l'épreuve.

À Montréal, Paris et New York, ces trois jeunes femmes se battent pour créer une vie à leur image, dans le deuxième tome de cette captivante trilogie moderne.»


On retrouve Éléonore exactement où on l'avait laissée, l'arrivée précipité de Malik, lui demandant le l'épouser. J'ai toutefois eu un peu de mal à me rappeler l'histoire, un bref récapitulatif, brillamment et discrètement intégré aurait été utile, à mon avis.


Suite à ma lecture du premier tome, mon constat principal était ceci : livre intéressant, mais au rythme inégal, notamment à cause de la période couverte par le roman (neuf ans). Cette fois-ci, heureusement, le roman ne couvre qu'une période d'environ 3 ans. Ceci permet de stabiliser le rythme et d'asseoir l'histoire comme il faut. Ceci dit, cette dernière est bien simple : les tribulations amoureuses, professionnelles et familiales des trois filles. Avis aux amateurs de suspense, il n'y en a pas beaucoup ici. C'est un livre qu'on lit en laissant son cerveau de côté.

La plume de Lakhdari King est légère et le suit l'histoire tel qu'on se laisserait dériver sur un gonflable dans la piscine. On est clairement en présence d'un livre s'adressant aux jeunes adultes. D'ailleurs, celles-ci se retrouveront tout à fait dans les trois personnages. Mis à part qu'il s'agisse ici de filles de familles aisées, les mésaventures dont il est question sont tout de ce qu'il y a de plus commun. La quête de soi et la nécessité de se forger une place dans la vie. On constate d'ailleurs toute l'insécurité qui inhérent à ces quêtes.

En ce qui a trait aux personnages, on sent très bien les différences de personnalité et de caractère des trois femmes, bien que l'on apprenne à connaître Éléonore davantage que les deux autres. La psychologie des personnages est juste. Si juste que je ressentais parfois de la frustration devant la difficulté d'Éléonore à «être avec l'autre», comme tout bon enfant unique ayant eu des parents absent et ayant dû se débrouiller seule très jeune.

Un bémol à souligner : les couvertures des deux tomes ne sont vraiment, mais vraiment pas attirantes. J'avoue qu'elles m'ont rebutée au départ.


J'ai lu quelques livres (4) de chick lit québécoise, et je trouve que, jusqu'à maintenant, ceux-ci se distinguent de la chick lit américaine, française ou encore anglaise, par la moins grande tendance à la «catastrophisation». À mon avis, c'est très culturel. Au Québec, de façon générale, on est moins «drama queen» qu'en Europe, ou encore aux États-Unis. Cela fait des récits plus tranquilles, mais pas nécessairement ennuyants.

Somme toute, un livre de chick lit qui plaira sûrement à son public-cible : les jeunes femmes de 15 à 30 ans.


Note : ***



jeudi 25 novembre 2010

Jusqu'où aller par principe? ... On jase, là.

On en parle depuis plusieurs jours, Gil Courtemanche a refusé sa nomination au Grand Prix littéraire Archambault (Québécor). Il dit dans son communiqué de presse, tel que cité par Jean Barbe : «Écrire est essentiellement un geste de liberté et je ne peux accepter que mon nom ou un de mes livres soit associé à des gens qui foulent cette liberté au pied.

Je refuse donc d'être en lice pour ce prix et demande aux librairies Archambault de retirer mon nom et mon livre de la liste des finalistes.

J'espère que d'autres finalistes poseront le même geste de solidarité avec les employés du Journal de Montréal.»

On jase, là...

Cette décision est la sienne et on peut ne pas être d'accord, mais on ne peut que la respecter.Ce sur quoi je me questionne par ailleurs, c'est qu'en autorisant le Groupe Archambault (Québécor) à vendre ses ouvrages, il lui est en quelque sorte associé. Bon d'accord, il ne fait pas leur promotion, mais il permet à l'entreprise de toucher de l'argent de la vente de ses ouvrages. Ces retombées sont sûrement plus importantes que le fait de sa mise en nomination pour le prix en question.

Je sais que je fais ici une analyse simpliste. Bien sûr, s'il retirait ses livres des magasins Archambault, il se nuirait à lui même, perdant des revenus. Le prix à payer serait trop grand et on le comprend aisément. Cependant, pourquoi refuser la nomination? Geste d'éclat ou non, reste qu'il est libre de prendre les décisions qui lui chantent. Ceci dit, nous sommes tous remplis de petites contradictions. Qui peut se targuer d'être constamment cohérent?

dimanche 21 novembre 2010

Quand le vernis se désagrège.

Théâtre du Nouveau Monde (TNM)



Le Dieu du carnage de Yasmina Reza au TNM

Du 16 novembre au 11 décembre 2010

Mise en scène : Lorraine Pintal

Distribution :
Anne-Marie Cadieux, James Hyndman, Guy Nadon, Christiane Pasquier


Dans un petit salon bourgeois de Paris, nous retrouvons les parents de Hugo et Ferdinand, 11 ans. Hugo a été agressé par un collègue de classe, Ferdinand, le laissant sans incisives. Les Houillé, parents de l'enfant blessé désirent rencontrer les Reille afin de discuter de la situation. Une rencontre qui se veut, au départ, totalement civilisée, se transforme, au fil des discussions en entretien où le vernis se désagrège tranquillement. Les bonnes intentions du départ, étant subrepticement remplacés par le désir d'imposer ses vues de la choses sur la «partie adverse».

Nous avons droit à de brillantes interprétation de tous les comédiens. J'ai bien apprécié le jeu de Christiane Pasquier, qui m'a vraiment fait croire qu'elle était française. Elle est hypocrite et coincée à souhait! Vous savez cette politesse, presque (;-)) pédante, qui au fur et à mesure que la conversation avance et que les contrariétés s'accumulent, lutte pour garder le contrôle, mais qui le perd, doucement. Ceux qui ont déjà passé suffisamment de temps en France saisissent ce à quoi je fais allusion.

Guy Nadon est, comme de coutume, magistral! Vraiment. Il est savoureux dans son interprétation de ce grossiste en articles de cuisine, complètement terrorisé par le hamster familial. C'est un de premier dont le vernis explose.

James Hyndman nous livre une belle interprétation d'un avocat greffé à son téléphone cellulaire. Complètement je-m'en-foutiste, simplement préoccupé par les affaires, avouant tout de go que son fils est un sauvage. Et ce, au grand dam de Anne-Marie Cadieux, sa gentille épouse, toute timide, atterrée par le comportement de son fils. Enfin, au départ. Car ensuite, elle se révèle moins docile qu'elle ne le laissait paraître.

C'était tellement réaliste, que j'ai vécu un retour en arrière, alors que j'étais témoin de telles «discussions civilisées» en France. Somme toute, on se bidonne tout le long, et parfois on peut même rire un peu jaune, si l'on est capable d'auto-critique, car, qui n'a pas profité d'une discussion sur un sujet, pour régler des comptes avec son conjoint ou sa conjointe. Une très belle critique de l'hypocrisie et des comportements «socialement souhaitables», mais pas si facilement applicables. De façon intégrale, en tout cas.

Concernant l'ambiance musicale, sous la responsabilité de Michel Smith, je dois avouer que celle-ci m'a quelque fois dérangée. Je trouve que parfois la musique ne venait pas appuyer le jeu, mais au contraire, elle brisait le rythme et l'ambiance.

Le décor d'Anick La Bissonnière était fort agréable. Très épuré, propre à la petite bourgeoisie parisienne. Cependant, le seul bémol, les gens en première et deuxième rangée à la droite de la scène ne pouvait pas entièrement voir cette dernière. En fait, moi, de la deuxième rangée, je perdais le fond de la scène. Par contre les gens de la rangée A devant moi, non presque rien vu de la pièce, parce que la table à café placée très à l'avant de la scène, à droite, leur cachait presque tout. Si j'étais eux, j'aurais exigé un remboursement, ou des billets pour une autre représentation.

Quant aux éclairages de Claude Cournoyer, tout comme pour la musique, j'avais parfois l'impression que l'on voulait en rajouter plus que nécessaire. Parfois la simplicité est plus indiquée que de tenter de marquer des moments de façon superflue.

Je m'en voudrais de ne pas adresser un petit clin-d'œil à Lorraine Pintal et Anne-Marie Cadieux pour l'effet spécial à environ trente minutes du début. Pour les curieux : allez voir la pièce, vous verrez!

Fait à noter, la pièce dure environ une heure trente. Certaines personnes sont parties déçues parce qu'elles ne s'y attendait pas.

Je vous suggère d'aller voir cette pièce, elle est savoureuse.



Note globale : ****



vendredi 19 novembre 2010

Harry Potter et les reliques de la mort - première partie

©WarnerBros


La dernière production issue du 7e tome des aventures de Harry Potter dure 2 h 30, mais on ne voit pas le temps passer.
Ce film noir met en valeur le jeu des trois jeunes acteurs principaux, car ils sont seuls pendant une très grande partie du film. Les trois acolytes sont à la recherche des horcruxe manquants afin de les détruire dans l'objectif ultime d'éliminer Lord Voldemort. Cette quête est rendu difficile car non seulement Voldemort et ses sbires sont à leur trousse, mais également parce que Harry a été déclaré Indésirable #1 par le ministère de la Magie. Or donc, tout le monde cherche à mettre la main sur la rançon offerte. Au travers tout cela, les relations entre eux se complexifient et on assiste au passage à l'âge adulte des personnages.

C'est un film résolument noir et ce n'est pas, à mon avis, un film pour jeunes enfants. De toute façon, ils n'en saisiraient que le simple premier niveau : Harry le bon cherche à tuer Voldemort le méchant. Outre cela, trop d'éléments sont hors de leur capacité de compréhension.

Décidément, plus on avance dans l'aventure, plus j'aime ça, dommage que cela se termine bientôt. J'ai bien hâte à l'épisode final, pour lequel ce film-ci met la table.


Note : **** 1/4

jeudi 18 novembre 2010

La ballade de Lila K, par Blandine Le Callet, chez Stock

Contenu de la quatrième couverture :

«La Ballade de Lila K, c'est d'abord une voix : celle d'une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l'ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l'a prise en charge.

Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n'a qu'une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue.

Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d'un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n'ont plus droit de cité.

Au cours d'une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu'est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels : un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d'enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore...

Roman d'initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d'amour, La Ballade de Lila K est aussi un livre qui s'interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.»



J’ai trouvé le début de l’histoire très troublante. J’étais terriblement bouleversée par l’état et les difficultés de cette petite fille. Notamment de son incapacité à vivre entourée des autres. J’ai failli abandonner la lecture, mais j’ai persisté. Cela m’a permis de constater que La Ballade de Lila K est une très touchante histoire d’amour, celle d’une enfant pour sa mère. Mais une histoire pas ordinaire. Cet amour qui permet de survivre et de surmonter la douleur intense. Celui qui nous permet de faire fi de tout.

C’est un roman audacieux, parce qu’un des messages de cet ouvrage n’a pas été abordé fréquemment. Sans vouloir trop dévoiler d’éléments de l’histoire, je dirai ceci : on parle peu de l’amour que peuvent ressentir les enfants victimes de mauvais traitement pour le parent qui en est à l’origine. On n’a généralement pas envie de ressentir de l’empathie pour les bourreaux, c’est trop troublant, on a l’impression d’excuser les comportements, alors qu’ils sont inexcusables. J’aurais envie de vous en parler plus longuement, mais je ne veux pas trop dévoiler l’histoire.

Outre cela, on sent tout au long du livre, la critique sur la société qui prend en charge. Elle surveille tout et contrôle tout. Des caméras et micros sont présents partout, dans les rues, les appartements, les chambres, et j’en passe. Les toilettes font des analyses d’urines. Le Centre a offert à Lila, lorsqu’elle avait environ 13 ans, un « Sensor » et un tube de lubrifiant, car il est jugé bénéfique de satisfaire en moyenne deux fois par semaine les besoins sensuels. Enfin, bref, vous voyez le topo.

Je dois cependant noter que j’ai tiqué à quelques endroits. Notamment parce que Le Callet fait parler cette enfant, qui au départ a 8 ans, comme une adulte. Même en France, même une enfant exceptionnelle ne dirait pas à son tuteur des trucs tels que « la métaphore est usée », et autres.

Il y a également autre chose qui cloche. La psychologie du personnage est truffée de manque de justesse. À la page 94, notamment, Lila complimente la personne, disant que « ça fait toujours plaisir et cela entretien la convivialité ». Or, à cet âge, et surtout en l'absence d'habiletés sociales de base, cette analyse de la part de Lila est fort peu plausible.

Malgré tout, c’est une belle histoire sur le pouvoir de l’amour et la détermination qu’il procure.

Note : ****1/2



vendredi 12 novembre 2010

Féroces de Robert Goolrick, chez Anne Carrière




«Les Goolrick étaient des princes. Et tout le monde voulait leur ressembler.

C'était les années 50, les femmes se faisaient des coiffures sophistiquées, elles portaient des robes de taffetas ou de soie, des gants et des chapeaux, et elles avaient de l'esprit.

Les hommes préparaient des cocktails, des Gimlet, des Manhattan, des Gibson, des Singapore Sling, c'était la seule chose qu'ils prenaient au sérieux. Dans cette petite ville de Virginie, on avait vraiment de la classe, d'ailleurs on trouvait son style en lisant le New Yorker.

Chez les Goolrick, il y avait trois enfants, tous brillants. Et une seule loi : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe à la maison. À la maison, il y avait des secrets. Les Goolrick étaient féroces.»

Voici ce que nous dévoile la quatrième couverture.

J'avoue que lorsque j'ai débuté la lecture, j'avais déjà entendu des commentaires sur le livre. Pas assez pour me vendre la mèche, mais assez pour savoir à quel moment se dévoilait l'énigme.

J'ai mis plus de temps à terminer le livre. J'avais parfois l'impression que le récit partait dans tous les sens et j'avais, à quelques reprises, du mal à le suivre. Il y a également quelques longueurs, notamment lorsqu'il relate son enfance. Certains passages me semblait superflus. J'ai cependant persisté à lire, coûte que coûte, curieuse de comprendre ce qui avait façonné ainsi le narrateur.

Goolrick nous raconte l'histoire de cette famille, qui semble exemplaire, de ces apparences si importantes pour elle. Mais c'est surtout l'histoire de ce jeune homme, brisé, morcelé, irrémédiablement. On se promène entre l'enfance et à l'âge adulte de cet homme, dans un va-et-vient qui peut déstabiliser.

L'auteur a toutefois eu l'habilité de nous présenter sa souffrance graduellement. Nous la survolons de loin au départ, pour nous en rapprocher tranquillement, jusqu'à ce qu'on arrive pile dessus. Et quand ça arrive, ça frappe. Fort. Certains lecteurs ont mentionné que Goolrick aurait pu éviter de tomber dans le gouffre à la fin, d'aller aussi loin dans le récit. Pour ma part, j'estime que cela était correct, voire nécessaire. Je crois que des choses ont besoin d'être dites, malgré qu'elle soit d'une horreur innommable. L'impact n'aurait pas été le même.Ne nous racontons pas d'histoire, l'être humain a parfois malheureusement besoin d'être ébranlé pour saisir pleinement l'impact de certaines choses. Je pense que nous voulons trop souvent effleurer certaines éléments trop difficiles. Nous ne voulons pas toucher à la souffrance. Celle-ci étant un réel tabou. Par contre, elle existe indéniablement.

Somme toute un livre qui, malgré la difficulté à m'y plonger, m'a plu. Notamment parce que Goolrick a su, dans les quatre dernières pages, me convaincre de la nécessité de celui-ci.

Ma note : ****

mardi 2 novembre 2010

Contre Dieu de Patrick Senécal, chez Coup de Tête




Bouleversante histoire que celle racontée par Patrick Sénécal. Il s'agit du destin tragique d'un homme dont la vie bascule par un soir d'hiver.

J'ai lu d'une traite ce petit roman au rythme rapide, haletant presque. Pas de paragraphe, tout déboule, à la vitesse de la détresse, de la folie temporaire qui s'installe. Ne pas penser, surtout ne pas toucher à la souffrance. Cela rendrait le tout trop réel. Pourtant ces sentiments indescriptibles sont là et si bien rendus par Sénécal. On descend dans le summum de l'abysse avec cet homme perdu. On l'accompagne, impuissant, dans sa haine et sa vengeance de celui qui a rendu sa souffrance possible.

Cette lecture ébranle et heureusement que le roman est si court, car sinon cela aurait été insoutenable. On contacte la colère qui nous habite et une période de décantation peut être nécessaire pour certains. Ce n'est peut-être pas la meilleure des idées de lire cette histoire le soir, tel que je l'ai fait ;-) .

J'ai cependant été déçue par la fin. Elle était prévisible et ça a quelque peu terni mon expérience de lecture, mais si peu, rassurez-vous.

Note : *** 1/2