jeudi 7 octobre 2010

Je voudrais qu'on m'efface de Anaïs Barbeau-Lavalette, chez Hurtubise




Ne vous fiez pas à la grosseur du livre, ce n'est pas une petite lecture légère. Il y a dans ces 179 pages, le récit de la souffrance vécu par trois jeunes (début de l'adolescence)du quartier Hochelaga-Maisonneuve et de leurs parents. L'écriture de Barbeau-Lavalette permet de bien sentir les personnages, d'aborder une dure réalité, sans nous assommer. Elle traduit bien l'esprit dans lequel ils sont. Par contre, cela prend un certain temps à s'habituer au rythme du livre, rythme très cinématographique, où on change rapidement de personnage.

Sans être abordée de façon trop lourde, on y découvre la douleur, le désespoir... héréditaire. Oui, héréditaire en ce sens que l'on voit très bien comment le désespoir des parents se transmets aux enfants et cause un cercle vicieux. Ce cercle peut être brisé, mais ici, on n'assiste pas à cette transcendance de l'héritage familial. En fait, ici, on ne voit que la souffrance. Les personnages essaient de s'accrocher à quelque chose, mais ne s'en sortent pas. Et je comprends très bien pourquoi. Premièrement, on suit ces enfants de douze ans, et à cet âge, ils n'ont pas encore eu la chance de constater réellement à quel point le monde peut être différent de la réalité qu'ils vivent. Deuxièmement, il n'est pas si fréquent que cela que ce cercle se brise, pour de nombreuses raisons, toutes aussi complexes les unes que les autres, en passant par les pressions de l'entourage et les schèmes de comportements appris. Troisièmement, Barbeau-Lavalette n'est pas folle, elle sait très bien que si elle termine son livre à la façon «ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants» : 1-cela ne représente pas la réalité et 2- une belle fin gommerait le malaise et nous ferait oublier à quel point la vie de ses enfants est tragique et qu'il faut faire quelque chose pour les aider, afin qu'ils brisent le cercle vicieux.

Roman bouleversant de réalité, qu'on lit rapidement ou lentement, pour bien comprendre la complexité des émotions vécues par ces enfants.


Ma note : 3,5 / 5

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